4 mars 2011 5 04 /03 /mars /2011 11:24

         Ca faisait un moment que je voulais le voir et c'est enfin fait. Comme je m'y attendais, ce film de 1957 est absolument génial et jubilatoire. Ce premier long-métrage de Sidney Lumet est un huis clos prenant, passionnant même si légèrement prévisible dans sa trame. Pendant 1h30, on suit le débat de 12 jurés au coeur d'une affaire de meurtre. Un jeune homme originaire de quartier pauvre est accusé d'avoir assassiné son père avec un couteau. Toutes les preuves sont contre lui. Les 12 jurés se retirent dans une salle et procèdent alors à un vote. Tous lèvent la main pour la culpabilité du garçon sauf un, le juré numéro 8, bien décidé à ne pas le condamner à mort sans avoir pris le temps de réfléchir un peu. Et le vote doit se faire à l'unanimité.

 

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12 hommes en colère

 

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         Superbe film dont j'avais déjà vu un remake dans un épisode de la série Dead Zone. Pendant 90 minutes, on se plonge dans une affaire dont on ne sait rien, mais au fil du temps on apprend les faits, les accusations, les témoignages et les revendications de chaque personnage. 12 hommes en colère est vraiment un coup de maître, car il parvient, à partir d'une simple scène de crime, à nous tenir en haleine jusqu'au bout alors que tout se passe au centre de la même pièce. Un huis clos bien pensé, bien écrit, auquel on participe également puisqu'on réfléchit, on se demande comment tel argument peut être réfuté afin d'arriver au "Doute Légitime".



12 hommes en colère 2         Premièrement, le film nous montre à quel point un jugement basé sur la démocratie peut être bancal et litigieux. On réalise que sans le juré n°8, les autres seraient passés à côté d'un nombre incroyable de détails et auraient condamné un homme à mort sans prendre la peine de réfléchir plus de 3 minutes 30. Le film appuie sur le fait que la vie d'un homme ne dépend de pas grand chose dans ces moments-là, car elle ne tient qu'au jugement de 12 personnes prises au hasard, or l'erreur est humaine. Dans le cas présent, le juré n°8 se trouve être un bien meilleur avocat que celui du jeune homme accusé, et on ne peut qu'être émerveillé par son esprit de déduction et de persuasion. Tour à tour, il confronte chaque membre de juré à ses problèmes personnels et parvient, à l'aide d'exemples simples mais puissants, à les faire douter. Il est intéressant de voir toutes ces personnes se confrontent et se prendre la tête sur un même problème, et de ce côté il faut dire que les dialogues sont grandioses. Les répliques sont bien pensées, elles nous dévoilent petit à petit les personnalités de chaque juré ainsi que leurs idées. Et nous aussi, on est à fond dedans. Car en voyant la solidité des preuves existant contre l'accusé, on se demande bien par quel miracle un doute peut être posé. Mais chaque élément de l'accusation est examiné et s'avère réfutable. C'est jouissif et certaines situations sont franchement bien trouvées, le juré n°8 poussant les autres à bout afin de démontrer ce qu'il avance (il pousse le n°3 à crier "je vais le tuer !" ou à penser que le témoin âgé de 75 ans n'est pas infaillible, démontrant ainsi que les arguments de l'accusation sont discutables. L'histoire du couteau est également géniale et inattendue, je me suis dit "Ah la vache, c'est très fort !"). Le thème de la démocratie est très présent, puisqu'on se rend compte à la fin, lorsque deux d'entre eux échangent leurs noms à l'extérieur, qu'on n'a jamais su comment ils s'appelaient, renforçant ainsi l'idée d'anonymat des jurés. On réalise que les noms, qui caractérisent habituellement les personnages, ne sont ici pas importants.



12 hommes en colère 3        Car effectivement, les personnages sont ici entièrement définis par leurs caractères et leurs opinions. Le film traite du racisme et du jugement hâtif, des préjugés qui peuvent peser contre un homme, mais également du débat et de la confontation d'idées. Le réalisateur explore tous les traits de caractère, comme la colère, le doute, l'émotion qui submergera le juré n°3 à la fin, anéanti. Chaque personnage va réaliser, grâce à l'argumentaire du juré n°8, qu'il n'a vraiment pas réfléchi assez à la question et que des choses toutes bêtes qu'ils croyaient acquises s'avèrent douteuses (plus particulièrement le juré n°4 - photo - avec l'histoire des lunettes sur le nez). Les acteurs sont grandioses. C'est la première fois que je vois Henry Fonda et je le trouve génial. Il a la classe et il faut dire qu'il est absolument parfait pour le rôle. Un homme assez calme, cool, réfléchi et terriblement intelligent. Martin Balsam est également excellent, je l'ai déjà vu dans quelques films comme Psychose, La Classe Américaine ou Little Big Man et j'ai hâte de le retrouver dans Diamants sur Canapé et Le Crime de l'Orient Express. Je ne vais pas tous les citer mais que ce soit John Fiedler, Lee J. Cobb, Jack Warden, E.G. Marshall ou Joseph Sweeney en petit père respectable, ils sont tous parfaits. On apprend à connaître chacun d'entre eux, et il est marrant de voir à quel point Sidney Lumet peut rendre ces 12 personnages aussi captivants, là où d'autres réalisateurs peinent à faire de même avec 3. Le cinéaste maîtrise également sa caméra, et il vaut mieux. En effet, à part la caméra, les dialogues et les acteurs, le film n'a rien d'autre pour séduire. Aucune musique, un fil narratif assez attendu (bien que palpitant). Et pourtant, la tension est présente, à travers cette confrontation des personnages, dont la plupart ont des idées bien arrêtées sur la question. Le film est optimiste concernant l'intérêt d'un débat, et la possibilité de modifier l'avis d'individus convaincus qu'ils ont raison. La tension passe aussi par la caméra, donc, Sidney Lumet commençant son film en plongée et le terminant progressivement en contre-plongée, donnant ainsi un effet de claustrophobie. Les plans durent parfois assez longtemps, ce qui leur donnent une valeur incroyable.



        Ce film est donc un sacré chef d'oeuvre, peut-être trop prévisible aujourd'hui car on a l'habitude de ce genre de trames et que le synopsis annonçait fortement la couleur, mais le scénario parvient néanmoins à nous surprendre constamment. Et on se dit que si nous avions fait parti des jurés, non seulement on n'aurait jamais pensé à tout ça, mais en plus on aurait été convaincus par les arguments du juré n°8. Ca fait peur vis-à-vis du système juridique un peu bancal.






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Published by Sebmagic - dans Critiques de films

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Commentaires

Leo M 19/01/2015 15:15

Ce film est un très grand classique qui nous fait réfléchir qu’un jugement de la cour peut être erroné.

Cindy 29/05/2014 21:13

Je me suis demandée, pourquoi aucun des 12 jurés ne sont-ils pas des filles, bien qu'aucune présence féminine est présente tout au long du film mis a part à là fin où l'on aperçoit au loin une femme portant une robe blanche. Serait-ce parce que les femmes n'avaient pas encore le droit de participer à la vie politique en 1957 ?

Lulu 06/12/2014 11:20

Je me pose la même question. Il semble que les femmes aient pu être jurées dès 1946. Alors pourquoi pas dans ce film ?

MP 26/07/2013 16:06

Merci pour le conseil, j'ai beaucoup aimé le film ;)

Maloue 14/11/2012 22:54


J'ai vu que tu avais La Haine dans ta liste de films à voir : Il est sublime.


De plus, je te conseille "Las Vegas 21", je pense que ca pourrait te plaire.


Très bon gout filmographique en tout cas. Bonne continuation.

Sebmagic 14/11/2012 23:14



Merci ! Je note pour plus tard ;)



ideyvonne 18/11/2011 20:12


Tiens voilà un blog ciné très intéressant et je n'ai fait que survoler cette rubrique! D'ailleurs, je repasserai pour d'autres films de cette liste mais pour le moment je vais parler de ce film
qu'est "23 hommes en colère"


Tout d'abord, une critique à la hauteur de ce film cad bien menée et détaillée! Pour ma part, je dirai que Lumet nous donne une superbe leçon de prise de conscience car être juré ne semble pas si
simple qu'il n'y paraît... Ici, les joutes verbales sont tellement ciselées qu'on pourrait même dire quasie chirurgicales et comme tu le soulignes, c'est en ça que le film nous tient en haleine
jusqu'au bout. Henry Fonda nous prouve encore une fois qu'il est un excellent acteur avec son personnage qui mène la danse. Le N&B donne un cachet supplémentaire entre les gros plans et
la vue d'ensemble de ces 12 hommes qui finissent par douter de leur idée première.


Voilà, c'est tout  pour aujourd'hui (comme le disait les Shadoks) et "I'll be back" (merci Schwarzi pour la citation) pour un autre film de ta liste


Ah oui, je vais te mettre dans ma liste des blogs ciné. Bonne soirée!

Sebmagic 19/11/2011 01:28



Merci d'être passé, c'est vrai qu'il est excellent ce film, une belle surprise pour ma part !



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