17 janvier 2011 1 17 /01 /janvier /2011 13:33

           Sorti en 1998, Festen est un film suédois et danois (inutile de dire qu'il faut le voir en VO), réalisé par Thomas Vinterberg. Premier film créé sous les règles du Dogme95, un mouvement cinématographique inventé par Vinterberg et Lars Von Trier, c'est à mes yeux l'exemple type du film parfait. Poignant, choquant, terriblement humain et dramatique, Festen (qui signifie "Fête de famille") nous montre comment, en l'espace de quelques minutes, un douloureux passé et de sordides révélations peuvent surgir sans prévenir et rendre un repas de famille complètement cauchemardesque.
 

   

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festen



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festen 5         Tout d'abord il faut évidemment s'attarder sur la réalisation de ce film. Je ne connaissais pas le Dogme95 avant de voir Festen et il est nécessaire que j'en touche un mot. C'est donc un mouvement lancé le 20 mars 1995 par deux réalisateurs, Thomas Vinterberg et Lars Von Trier (qui a, entre autres, réalisé le superbe Antichrist, mais pas sous le Dogme95), et qui s'est arrêté exactement 10 ans plus tard, jour pour jour. Une sorte de clan auquel pouvait se joindre tout réalisateur qui acceptait de se soumettre à certaines conditions. Ce mouvement a été lancé par les deux hommes pour lutter contre les superproductions anglo-saxonnes, riches en effets spéciaux et autres artifices qu'ils ne cautionnaient pas. Je cite : "Le but du Dogme95 est de revenir à une sobriété formelle plus expressive, plus originale et jugée plus apte à exprimer les enjeux artistiques contemporains. Dépouillés de toute ambition esthétique et en prise avec un réel direct, les films qui en découlent cristallisent un style vif, nerveux, brutal et réaliste, manifesté généralement par un tournage entrepris avec une caméra 35mm portée au poing ou à l'épaule et avec improvisation de plusieurs scènes". Une nouvelle forme de cinéma, donc, basée sur 10 règles à suivre :


1. Le tournage doit être fait sur place. Les accessoires et décors ne doivent pas être amenés (si on a besoin d'un accessoire particulier pour l'histoire, choisir un endroit où cet accessoire est présent).

2. Le son ne doit jamais être réalisé à part des images, et inversement (aucune musique ne doit être utilisée à moins qu'elle ne soit jouée pendant que la scène est filmée).

3. La caméra doit être portée à la main. Tout mouvement, ou non-mouvement possible avec la main est autorisé. (Le film ne doit pas se dérouler là où la caméra se trouve; le tournage doit se faire là où le film se déroule).

4. Le film doit être en couleurs. Un éclairage spécial n'est pas acceptable. (S'il n'y a pas assez de lumière, la scène doit être coupée, ou une simple lampe attachée à la caméra).

5. Tout traitement optique ou filtre est interdit.

6. Le film ne doit pas contenir d'action de façon superficielle. (Les meurtres, les armes, etc. ne doivent pas apparaître).

7. Les détournements temporels et géographiques sont interdits. (C'est-à-dire que le film se déroule ici et maintenant).

8. Les films de genre ne sont pas acceptables.

9. Le format de la pellicule doit être le format académique 35mm.

10. Le réalisateur ne doit pas être crédité.


         Quelques uns de ces principes n'ont pas été respectés totalement pour les 50 films qui se sont prêté au "jeu" (ce n'est pas un jeu mais bien sûr une technique de réalisation innovante et plus intime), en particulier le 10e, mais les films estampillés d'un label Dogme95 tentent de se rapprocher le plus possible de ces critères restrictifs. Ainsi, ces règles permettent de définir un cinéma beaucoup plus personnel, plus réaliste et donc, forcément, plus puissant.


        C'est exactement le cas de Festen, qui est superbe d'un bout à l'autre et nous captive. C'est le genre de films qui choquent, qui émeuvent, bref : qui laissent sur le cul. On a ici des images qui paraissent terriblement réelles, crues, et d'ailleurs Pardonnez-Moi, le film incroyablement bouleversant de Maïwenn, s'en inspire directement y ressemble fortement (en moins bien, ceci dit). Festen est difficile à décrire mais il dépeint la démantibulation d'une famille due à un passé monstrueux. Le principe est le suivant : toute la famille et les amis sont venus pour fêter les 60 ans d'
Helge Klingenfelt dans son manoir. Christian, le fils aîné de Helge, est chargé de dire quelques mots pendant le dîner afin de parler de sa soeur jumelle, Linda, décédée un an plus tôt. Au cours de la soirée, Christian se lève et révèle des choses terribles qui entament cette soirée de manière extrêmement tendue. Tour à tour, les divers membres de la famille vont se lever également pour réagir, jusqu'à ce qu'ils ne puissent plus contenir leur gêne et leurs émotions.



festen 2        Le film aborde deux sujets sensibles en même temps. L'un d'entre eux est le plus important, le plus captivant et nous tient accroché au film pendant toute la durée de celui-ci. Je ne vais pas révéler de quoi il s'agit afin d'intriguer ceux qui n'ont pas vu le film, mais c'est assez révoltant et ça met clairement le spectateur dans un état de captivation intense, ahuri et quasiment gêné. Les dialogues de ce film sont des pures merveilles, ils nous secouent et nous font réagir. Il est clair que devant ce genre de film, on ne peut que ressentir des choses très étranges. Une vraie expérience cinématographique pleine de puissance, une authenticité hallucinante qui nous plonge dans une fiction qu'on pourrait prendre pour un documentaire en raison de la façon de filmer et d'aborder les sujets. Le deuxième sujet est le racisme. Criant dans le film, j'ai rarement vu le racisme abordé de manière aussi percutante (à part bien sûr dans American History X). On sent toute la haine qui se dégage de cette famille, en particulier du fils cadet Michael (joué par Thomas Bo Larsen), entonnant des chants anti-noirs en les insultant de macaques. Ca m'a personnellement touché et ça montre à la perfection à quel point ces idées peuvent être moches et non fondées.



festen 3        A part ces deux sujets vraiment prenants sur lesquels s'appuie le film pendant plus de 1h30, Festen se démarque évidemment par sa justesse et sa vraisemblance incroyables. La caméra à la main nous donne l'impression d'assister à un vrai repas de famille filmé en amateur. C'est comme si nous étions nous aussi conviés à cette réunion et que nous en subissions les paroles et les actes avec tout le monde. Un film anti-superficiel, monté sans musique et sans artifices visuels. On s'imprègne donc avec grande facilité dans ce manoir, pour ne plus le quitter jusqu'à la fin de l'intrigue. Le gros point fort de ce film est le casting. Les acteurs sont impressionnants, touchants, profonds. On n'a pas des personnages plats ni fades, mais vraiment passionnants, avec un passé creusé. Tous les personnages sont accompagnés d'une énorme sensibilité, liée à un drame qui les lie tous. Ils vont vivre un enfer pendant le reste de leur soirée et ne pourront pas y échapper car Christian a bien décidé d'aller jusqu'au bout de son projet. A ce propos, Ulrich Thomsen est tout simplement stupéfiant et saisissant. C'était quasiment son premier film et son talent est démesuré. La meilleure prestation que j'ai vu depuis très longtemps, montrant à travers un unique rôle qu'il peut être on ne peut plus poignant, avec son visage fermé et sérieux. Il incarne ici un fils (et un frère) qui souffre car il cache un secret terrible depuis son enfance, un secret qui remet en cause toute la famille et en particulier la mort de sa soeur. Son personnage garde, pendant toute la soirée,  le même visage serein et calme même si on sent énormément de tension et de stress au fond de lui. Mais il prend tout sur lui, finissant son plat et buvant son vin comme si de rien n'était alors que tout le monde le fixe avec horreur, et est bien décidé à se lâcher. Bouleversant. Thomas Bo Larsen est génial lui aussi mais dans un rôle totalement différent, un vrai salaud qui se calmera uniquement à la fin du film. Quant à Henning Moritzen, que dire ? Il est épatant, touchant, et on se retrouve même dans une situation où on ne sait pas bien si on doit le plaindre (ce qui est un sentiment très étrange pour le spectateur qui en voit de toutes les couleurs).


         On a également pas mal d'humour du côté des cuisines, puisque Kim, l'ami d'enfance de Christian qui s'occupe de préparer le dîner avec son équipe de cuisiniers, fait tout son possible pour retenir les invités afin que Christian puisse aller le plus loin possible. Bref, un film parfait sans aucune longueur, aucune scène inutile, qui nous prend aux tripes d'un bout à l'autre avec un film très différent de ce qu'on a l'habitude de voir. Un véritable chef d'oeuvre, brillant, qui nous coupe le souffle. La fin est absolument magnifique et poignante. Clairement le meilleur film que j'ai vu depuis le début de l'année et ce sentiment restera peut-être jusqu'à la fin de celle-ci (qui sait ?).


       Je vous mets la bande-annonce pour vous donner une idée de l'ambiance et du jeu des acteurs. Par contre (parce que je suis sadique), je la propose volontairement sans sous-titres car j'ai le sentiment qu'elle en dit beaucoup trop. En plus, la curiosité va peut-être vous inciter d'autant plus à le voir.



 


 
          Note : ce film m'a poussé à mettre à jour mon top des meilleurs films de 1990 à 1999.


          Voir aussi : La chasse.




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Published by Sebmagic - dans Critiques de films

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Commentaires

Kévin 01/11/2013 16:52

J'ai découvert ton blog après avoir regardé Take Shelter, je cherchais à mettre des mots sur le sentiment que m'avait laissé ce superbe film et ton analyse correspondait exactement à ce que j'avais ressenti. En voyant certains de tes autres articles et (notamment ton top) j'ai pu voir qu'on avait des goûts cinématographiques assez similaires et au cours de ma lecture j'ai constaté que tu faisais souvent référence à Festen, réalisé par Vinterberg (qui m'avait déjà scotché avec La chasse) et donc j'ai foncé, sans hésiter, regarder ce film.

Et wah! quelle claque, un rythme très nerveux, une tension omniprésente, des personnages plus vrais que nature et une esthétique très "court-métrage petit budget" à laquelle j'ai adhéré dès les premières scènes. Merci à toi pour cette belle découverte

As-tu vu d'autres films du courant Dogme95 qui valent le détour ?

Sebmagic 01/11/2013 19:33

Merci pour le message !

Malheureusement non, je ne connais pas très bien le Dogme95 (très peu sont connus, en fait), mais j'aime bien Vinterberg et Lars von Trier qui, même s'ils n'ont pas fait que du Dogme95, ont fait pas mal de trucs qui me plaisent. Tu peux donc peut-être regarder du côté de Lars von Trier (Les Idiots fait partie du Dogme95 mais je ne l'ai pas vu) !

french onion 13/10/2012 12:34


Ca doit sûrement ressortir, mais chez un psy (parce que c'est bien connu , ce sont les victimes qui se font soigner pour essayer de s'en sortir et les malades qui se baladent impunément dans la
nature ) .On le voit bien , la première réaction de la famille est de rejeter la vérité , et de considérer Christian
comme un trouble-fête .Les gens détestent les emmerdes et préfèrent se dire que ça ne les regarde pas ou que c'est du mytho .


Et le bourreau qui s'excuse , ça n'existe pas .Et devant une assemblée de proches , alors là , encore moins  ! Voilà pourquoi j'ai du mal à apporter du crédit au scénario .


Enfin bref, j'arrête de critiquer :)


Rien à voir , mais j'ai ouvert un nouveau blog , bcp plus léger que le précédent ,donc si ça t'intéresse de lire mes conneries (ou pas )  , c'est ici que ça se passe  : http://frenchie.37-est-de-retour-sur-la-blogo.overblog.com/

Sebmagic 13/10/2012 13:33



Mmmh il faudrait que je revoie ce film, ça fait longtemps que je l'ai vu, mais je n'avais pas souvenir que le père s'excusait. Ceci dit, je ne trouve pas tout ça incohérent ^^ Je ne crois pas en
la nécessité d'un psy pour faire ressortir les choses. Ou en tout cas, pas pour tout le monde.


 


Merci pour le lien, j'irai visiter ce nouveau blog !



french onion 13/10/2012 02:30


Je viens de le découvrir et mon dieu , ça m'a gâché ma soirée .C'est très froid  , la manière de tourner donne le tournis et le thème abordé est juste horrible .


Contrairement à bcp de monde ici , je n'ai pas été touchée .Juste extrêment mal  l'aise .


Je pense  que le scénario ne tient pas debout et que personne , malheureusement , n'aurait le courage de Christian dans la vraie vie .


Quelque part , j'en veux au réalisateur d'avoir fait du sensationnel avec un sujet aussi grave .


Définitivement pas ma came .


Au moins , j'aurais essayé  .

Sebmagic 13/10/2012 12:04



Dommage ! Mais le but du film était également de mettre mal à l'aise je pense. Je ne trouve pas que le scénario soit chancelant, je ne connais personne ayant vécu une chose similaire à Christian
mais j'imagine qu'à un moment donné, la colère peut ressortir.



fab 10/07/2012 02:24


Je n'avais jamais entendu parler de ce film jusqu'à la lecture de ton blog... et quelle claque! C'est l'un des films qui m'aura le plus marqué! Rien à redire à ta critique, tout a été dit! Merci
aussi pour les explications du Dogme95. Décidement j'aurais peut-être dû prendre option Cinéma quand j'étais au lycée, ne serait-ce que pour découvrir ce genre de film, injustement méconnu du
grand public !

Sebmagic 10/07/2012 02:31



Oui c'est justement grâce à ma soeur qui a fait l'option cinéma au lycée que je connais ce film ! J'aurais bien aimé faire cette matière aussi.



Mona 26/05/2011 12:48



Ah moi aucune compassion pour le père même si l'acteur arrive à faire passer de l'humanité dans son personnage (mais sa réplique comme quoi "ils ne valaient pas mieux que ça" m'a flinguée !).


On imagine qd même qu'il va finir ses jours tout seul .... et ça c'est bon, hé hé !


Sinon la grande force du film c'est ce concept de caméra à l'épaule au plus près de l'action ET la rudesse des dialogues ET l'interprétation.


 



Sebmagic 26/05/2011 16:34



Ouais l'interprétation est géniale, et l'atmosphère confinée provoquée par la caméra joue énormément. Ca fait presque vidéo qu'on aurait pu faire en allant à un repas d'anniversaire.


 


La réplique "vous ne valiez pas mieux que ça" est violente c'est clair, ça m'avait fait un choc aussi, et le personnage est odieux, mais ça n'empêche qu'à la fin, penser qu'il finirait absolument
seul, sans un ami, sans famille sans rien, moi ça m'a fait pitié. La question se pose d'ailleurs beaucoup pour la mère je trouve. Elle fait un choix à la fin, mais je la trouve hypocrite, comme
si elle voulait simplement se ranger du côté de la majorité. D'ailleurs c'est ce qu'elle fait pendant tout le film, et ça m'a un peu énervé.



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