7 août 2010 6 07 /08 /août /2010 21:05

     Voilà maintenant quelques mois que ce film est sorti en DVD. Pourtant, assez peu de monde en a entendu parler. Ce qui est malheureux pour une oeuvre de cette qualité. J’ai décidé d’aller voir ce film, réalisé par John Hillcoat, qui est sorti le 2 décembre dernier, sans savoir vraiment à quoi m’attendre. Il est adapté du livre de Cormac McCarthy, intitulé “La Route“, que j'ai lu après avoir vu le film. Et quelle merveilleuse surprise !


Indice Spoiler :  Spoiler2

 

La-Route-de-Jill-Hillcoat-avec-Viggo-Mortensen

 

-> Lire la suite...

la-route      Le scénario est on ne peut plus basique. Un homme et son fils (dont on ne connait pas les noms) ont survécu, 10 ans plus tôt, à une terrible catastrophe. Absolument personne ne sait ce qu’il s’est passé, si ce n’est que les survivants ont vu un grand éclair aveuglant avant que le monde n’explose. C’est donc dans une ambiance post-apocalyptique que deux rescapés tentent de survivre et de trouver de la nourriture. Celle-ci se fait rare, la végétation a disparu. Le peu de survivants erre dans un monde complètement dévasté, gris, mort et couvert de cendre. Face à cette catastrophe, la plupart des “miraculés” ont adopté le cannibalisme. Seules les quelques personnes à qui il reste une once d’humanité essaient par tous les moyens de trouver de quoi se nourrir et se vêtir sans en venir à cette sauvagerie. C’est en poussant un vieux caddie rempli de toutes sortes de choses qu’ils ont pu sauver, que père et fils voyagent sans réel but, foulant une Terre vide de sens. Même s’ils n’ont plus aucune raison de vivre, ils continuent de se battre pour survivre et éviter de devenir les proies des autres. Ici, tout ce qui bouge est dangereux, ils vivent dans un monde de frayeur où la loi qui prime est la loi du plus fort.

la-route6     Ce film montre avec un pessimisme affolant (mais c’est ce qui en fait sa force) la nature de l’être humain dans des conditions de survie. Et certains trucs choquent, clairement. Et s’ils choquent et font peur, c’est parce qu’ils ne sont peut-être pas si loin de la vérité. Que feraient les hommes dans cette condition ? La réponse est très probablement dans ce film. C’est peut-être une des raisons pour lesquelles il a été si peu médiatisé. Car il nous rappelle que dans notre univers candide et optimiste du “tout le monde est gentil”, on oublie parfois que la vraie nature de l’homme est inconnue. Nous sommes des milliards sur Terre et nous sommes incapables de savoir comment nous réagirions dans une telle situation de crise. Jusqu’où irions-nous pour survivre ? De quoi serions-nous capables pour protéger les dernières choses qui nous restent ? Nous n’en savons rien, et c’est une réalité vraiment effrayante.

     Le film montre avec réalisme et de façon captivante un monde que nous ne connaissons pas, mais vers lequel l’être humain arrive peut-être. De nombreuses scènes nous heurtent, car on est scandalisés face à si peu d’éthique. Des scènes affreuses froissent notre bonne morale, nous gênent, nous terrifient. On se sent vraiment bizarre, on souffre de voir que ces choses abonimables sont effectivement des critères à envisager dans le caractère de l’être humain. C’est une sensation étrange, dérangeante. Le seul nom que je lui trouve est le sentiment d’un “scandale”. C’est principalement en ceci que le film est si percutant.

la-route ok     L’autre raison pour laquelle ce film est si frappant, c’est que le dénouement est d’un pessimisme rare au cinéma. Bien loin des autres films apocalyptiques comme 2012 ou Le jour où la Terre s’arrêta, La Route ne laisse pratiquement aucune place à l’espoir, sinon un espoir éphémère. Même la fin du film, presque positive, ne nous convainc pas à rester optimiste. On ressent simplement une chose : il n’y a plus aucun but, plus aucun espoir. Et quoi que les personnages fassent, ça ne reviendra pas. La seule consolation qu’il leur reste, c’est d’être unis, ensemble, pour progresser vers quelque chose d’irrémédiablement sombre. Seuls l’amour et la complicité leur permettront d’avoir envie de vivre. Pour être ensemble coûte que coûte et se protéger mutuellement.

     La confiance envers les autres a fait place à la méfiance permanente, et même à la peur de l’autre. Et finalement, c’est peut-être également un reflet de notre société actuelle. La peur de l’autre. Le film nous présente de façon crue une triste éventualité. Derrière les faux-semblants et l’impression que le monde entier est aujourd’hui uni et que les hommes sont solidaires les uns avec les autres, se cache une réalité toute autre. Lorsqu’on est livrés à nous-mêmes, tout ceci n’existe plus. Il n’y a plus de fraternité qui compte. Par contre, et fort heureusement, le film est relativement positif sur ce point. Il nous laisse penser qu’en une telle situation, certaines personnes ont la force morale nécessaire pour ne pas tomber dans la barbarie. Ce qui permet de rassurer le spectateur.

     Mais cessons toute cette réflexion et abandonnons le fond du film pour parler de sa forme.

la-route-     Esthétiquement, le film est vraiment magnifique. On voit un monde entièrement vide de couleurs, de son, et de vie. Certaines images sont époustouflantes tant elles sont belles. Les paysages offrent un univers impressionnant, dans lequel on entre immédiatement. On nous présente un homme et son fils, visiblement las et découragés, mais qui avancent précautionneusement avec un caddie rempli de toutes sortes d’objets. Ils sont sur leurs gardes, ils guettent le moindre bruit, synonyme de danger.

     Le film alterne les scènes calmes, portées sur la relation père/fils, avec des scènes palpitantes de fuites et de rencontres. En quête de nourriture, les deux personnages se soutiennent moralement et jouent un véritable cache-cache pour pouvoir s’en sortir. L’histoire est ainsi tantôt poignante, tantôt stressante et passionnante.

     Le film comporte évidemment peu d’acteurs, mais ils sont tous géniaux. A commencer par l’excellent Viggo Mortensen. Physiquement très modifié, amaigri, vieilli, il est presque méconnaissable. Avec sa barbe, ses vêtements rapiécés et son regard attristé, on est bien loin du Viggo Mortensen de A History of Violence, bien que ce titre eut été adapté au contexte de l’histoire. Il prouve une fois de plus qu’il est un grand acteur, capable d’exprimer la souffrance, la tristesse, le désespoir. Avec son sourire incomparable ou ses yeux en pleurs, il parvient à nous transmettre une foule d’émotion. Il arrive à rendre son personnage attachant, incroyablement humain, qui se pose beaucoup de questions sur lui-même. Kodi Smit-McPhee est également superbe dans le rôle du fils. On sent une réelle complicité entre les deux acteurs et leurs interprétations sont touchantes. Autre excellent élément de ce casting : Michael K. Williams. Il incarne un homme qui survit seul et qui essaie de voler le caddie de nos “héros”. Mal lui en prendra, il sera aussi source d’une infinie pitié de la part du spectateur, qui subira un autre choc scandalo-émotionnel (oui j’invente des mots !). Charlize Theron est également éblouissante.

the-road-cormac-mccarthy1      Parlons également du livre de Cormac McCarthy. Ce film est-il bien adapté ? Et bien oui. J'ai beaucoup entendu dire que cette adaptation cinématographique était largement en-dessous de la magnifique oeuvre littéraire. Je ne suis pas d'accord, pour moi les deux sont au même niveau, et je trouve que le film retranscrit l'ambiance du bouquin avec une grande justesse. Notamment sur les dialogues. Dans le livre, on est assez perturbé par l'étrange mode de communication des deux survivants. Toujours des phrases courtes, une question impliquant une courte réponse, voire la plupart du temps un "Je ne sais pas" assez désespérant. Les discussions (si tant est qu'on puisse les appeler ainsi) se terminent souvent par un "D'accord", symbole de la fin de leur conversation. Et le film est très bien adapté car on retrouve parfaitement ce problème de communication et ce manque de sujets de conversation. De plus, l'intégralité des passages importants du livre ont été mis à l'écran, sans s'écarter du sujet ni trop le modifier. En ceci, c'est vraiment l'une des meilleurs adaptations que j'ai pu voir.

     Pour conclure, la BO de ce film est absolument magnifique. Les musiques sont touchantes, poignantes, profondes et vraiment appropriées au contexte du film.

      Ce film est donc à mon goût un véritable chef d’oeuvre qui mériterait plus de considération. C’est pour moi l’un des meilleurs de 2009, sans conteste.




       Voir aussi : Les meilleurs films de 2000 à 2010.





Partager cet article

Repost 0
Published by Sebmagic - dans Critiques de films

commenter cet article

Commentaires

lilimonnn 26/03/2013 21:42


Ce film est marquant par son absence espoir. je l'ai vu à sa sortie et j'ai encore ce sentiment de fatalité et tristesse. A ne pas voir déprimé ! 

Sebmagic 26/03/2013 22:17



Oui c'est sûr, d'ailleurs il faut que je le revoie celui-là !



Ze Ring 19/11/2012 02:15


Non ça ira, maintenant que l'étrangeté de mon précédent commentaire est éclaircie il peut rester la ou il est... Sauf si ça te dérange évidemment ;)

Sebmagic 19/11/2012 02:21



Oh ben moi je m'en fous du moment que vous vous y retrouvez ! Si vous n'avez pas une mémoire trop pourrie ça devrait bien se passer ^^



Ze Ring 19/11/2012 01:42


Bin merde... Seb, je viens de me rendre compte que mon commentaire est dans le mauvais article!! Je voulais poster ça sur "Remember Me", j'ai du m'emmêler les pinceaux entre les fenêtres!

Sebmagic 19/11/2012 01:52



Euuuh effectivement ! Tu veux que je l'efface pour que tu le repostes à la bonne place ou ça ira ? J'ai pas la
capacité de déplacer ou modifier un commentaire (heureusement d'ailleurs).



Ze Ring 19/11/2012 00:45


Louison, le remake de Thomas Crown dégomme l'original sur place, autant en termes de mise en scène (Jewison est un amateur a côté de McTiernan) qu'en termes d'écriture et d'interprétation (c'est
surtout ça qu'est étonnant a vrai dire).

Louison 18/11/2012 22:48


Est ce que je vais m'en souvenir longtemps je sais pas, ça fait que depuis cet été que j'ai lu le livre, donc c'est encore asse frais. Et en plus j'ai dû en traduire un passage en cours d'anglais

Sebmagic 18/11/2012 23:48



Ah oui ? C'est toi qui l'avait choisi ou c'était imposé ?



Identity

  • : Vol au-dessus du 7e art
  • Vol au-dessus du 7e art
  • : Critiques subjectives d'un amoureux du cinéma.
  • Contact

Recherche Du Bonheur

Syndication (RSS)

http://idata.over-blog.com/3/93/29/14/hatRSS_white.png

Ne le dis à personne

 

Il est strictement interdit de redistribuer, copier, republier le contenu de ce blog sur votre site, blog ou forum

  Ce blog est sous la protection des Droits d'Auteur et de la Propriété intellectuelle. © Vol Au-Dessus du 7e Art & Sebmagic 2010 - 2014.

 

_______________

 visiteur(s) en ligne

Créer un blog gratuit sur overblog.com - Contact - CGU -