10 août 2010 2 10 /08 /août /2010 22:09

       Voilà un film de Gus Van Sant, sorti en 2007, qu'il ne fallait pas que je loupe. J'ai décidé d'approfondir un peu sa filmographie, d'en voir un peu plus, car j'aime beaucoup ce genre d'ambiances. Paranoid Park a un scénario assez court. Il raconte l'histoire d'un adolescent, Alex, qui commet un crime accidentel en tuant un agent de sécurité. Il décide alors de ne rien dire aux autorités.

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       Après Elephant, Gus Van Sant parvient à nous créer encore un OVNI du cinéma. J'avoue que j'ai eu un peu peur de voir ce film après l'expérience Last Days qui ne m'avait pas totalement convaincu. Mais je me suis lancé dedans. Ce film est, à mon goût, un peu en dessous d'Elephant, mais largement au-dessus de Last Days. Je ne comparerai pas à Will Hunting et A la Rencontre de Forrester qui sont deux films d'une autre veine. Excellents mais où on reconnait à peine la patte du réalisateur.

      Pour continuer les comparaisons, je dirais tout simplement que Gus Van Sant est l'équivalent masculin de Sofia Coppola. Ceci pour plusieurs raisons.

paranoidpark      Premièrement, les sujets traités. Sofia Coppola a (pour le moment) créé des films concentrés sur les sujets féminins. C'est flagrant avec Virgin Suicides (voir ici) qui nous montre le mal-être de quatre jeunes filles pendant 1h30, également avec Lost In Translation (voir ici), qui concerne un homme et une femme, mais où on sent que l'émotion et le sujet sont plus portés sur le personnage de Scarlett Johansson. De même pour Marie-Antoinette (la critique ici), où tout le film est exclusivement porté par Kirsten Dunst. Quoiqu'il en soit, il est clair que la réalisatrice nous présente souvent des histoires de jeunes femmes très seules, et surtout mal dans leur peau. Et bien, Gus Van Sant fait la même chose de son côté, mais avec le genre masculin. Last Days était surtout concentré sur le personnage de Blake, joué par Michael Pitt. De même, Elephant est centré autour de John, le jeune homme blond. Enfin, pour en revenir à Paranoid Park, toute l'intrigue est posée sur l'adolescent, Alex. Et, de même, ce personnage est plutôt seul, confronté à un événement qui le dépasse. Cette solitude est vraiment bien montrée. Il vit ici un grand mal-être, et même si ce n'est pas montré clairement à l'écran, on ressent parfaitement toute la culpabilité de ce personnage. Gabriel Nevins est vraiment parfait pour ce rôle, où il reste pratiquement toujours de marbre, comme si son personnage était indifférent du crime qu'il a commis. Cependant, derrière cette facade, on imagine parfaitement l'horreur que ça doit être, et ce film devient assez psychologique, traitant finalement du passage de l'adolescence vers la vie adulte, un peu comme un Mean Creek (critique ici) mais en moins émouvant (ce qui n'est pas forcément un défaut).

      Deuxièmement, il y a bien sûr la façon dont le sujet est traité. Que ce soit pour les films de Sofia Coppola comme ceux de Gus Van Sant, un autre point commun apparaît : il ne se passe pratiquement jamais rien. Et franchement, réussir à créer des films aussi passionnants en racontant aussi peu de choses montre un énorme talent. Dans ce film, il ne se passe quasiment rien. Il dure seulement 1h20, la moitié des scènes sont au ralenti et plusieurs d'entre elles sont répétées au cours du film. De plus, il y a de nombreux plans-séquences particulièrement longs où il ne se passe pas grand chose, si ce n'est le personnage principal qui marche, qui fait du skateboard, qui écrit ou qui réfléchit. J'aime partculièrement ces films parce qu'on en ressort assez bluffés. Impressionnés de se dire que même si ça n'a pas bougé des masses, même si le film ne montre que des scènes à l'apparence ennuyeuse, on a pourtant aimé. C'est un sentiment que j'ai eu pour Elephant et Paranoid Park. Malheureusement, ça ne marche pas toujours, puisque j'ai personnellement trouvé Last Days trop lent, vraiment trop long et ennuyeux.

paranoid-park      Cependant, ce qui nous permet de tenir jusqu'au bout, il faut l'avouer, c'est la beauté des plans. De magnifiques scènes, très lentes et surtout superbement tournées. Je crois franchement que chaque scène de Paranoid Park est parfaitement bien travaillée. J'ai beau essayer de chercher, il ne me vient à l'esprit que très peu de passages qui n'aient pas été impeccablement soignés. Les plans sont d'une beauté affolante, par leur lenteur, et les prises de vue sont sublimes. La caméra est vraiment exploitée à fond, les effets sont réussis. C'est d'ailleurs ce qui fait également le charme d'un autre de ses films, Gerry.

      Dernier point commun avec Sofia Coppola (et pas des moindres, puisque c'est ce qui fait tout l'intérêt de leurs films !), c'est la photographie sublime. Car, même si les mouvements de caméra sont parfaits, encore faut-il qu'ils montrent quelque chose. Et encore une fois, c'est réussi. Les jeux de lumière sont maitrisés, les ralentis utilisés à bon escient. Certains plans sont incroyables, et je vais bien sûr citer ce plan sous la douche, lorsque Alex revient du chemin de fer et qu'il réfléchit à son acte. Le plan est de toute beauté, les gouttes coulant au ralenti sur ses cheveux comme des perles, mises en valeur par un bel effet de lumière. Ce n'est pas sans rappeler Virgin Suicides, lorsqu'on voit le personnage de Kirsten Dunst souriant au ralenti, les cheveux filtrant la lumière du soleil.


      Bref, je voulais donc absolument faire cette comparaison entre les deux réalisateurs parce qu'ils ont pour l'instant apporté du très bon au cinéma, et j'espère bien qu'ils continueront. Leurs films ne peuvent pas plaire à tout le monde, bien sûr, puisque de nombreuses personnes les trouvent ennuyeux et sans intérêt, ce qui peut se comprendre. Mais quand on apprécie la lenteur, la beauté des images et l'implicite des personnages principaux (qui ne surjouent pas et sont d'une profondeur extrême), on ne peut que considérer ces fims comme des chefs d'oeuvre.

 

       La seule chose que je pourrais reprocher à Paranoid Park, c'est de ne pas aboutir suffisamment. Le film ne délivre aucun message comme l'avait fait Elephant. Finalement, il se termine exactement comme il a commencé, si ce n'est que le personnage principal va devoir vivre toute sa vie avec un drame sur la conscience, toujours seul. C'est un peu dommage, mais ce n'est pas non plus un effet raté.
   



       Voir aussi : Virgin Suicides, Lost in Translation (fin du film).







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Published by Sebmagic - dans Critiques de films

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Commentaires

Ze Ring 04/12/2010 17:24



Au même titre que Sofia Coppola, Gus Van Sant ne me branche absolument pas...



Sebmagic 04/12/2010 18:25



Ah ça oui si t'aimes pas les films où il ne se passe presque rien, je te conseille d'éviter ;)



Mona 18/11/2010 10:05



Bof bof, c'est dans Even cowgirls get the blues pour Uma. La prochaine que j'l'ai au tél. le Gus, va falloir qu'il m'explique pour ce film  , une énigme en soi (mais que ça ne t'empêche surtout pas de le visionner).


Disons que je la préfère largement dans Bienvenue à Gattaca ou même dans Chapeau melon et tout le tintouin hein (et quand on y regarde de plus près, les Kill Bill sont des sommets, mais à
part ça, sa filmo. est très moyenne).


Alors si !, me suis mieux renseignée, monsieur Van Sant va sortir Restless sous peu. Avec son thème de prédilection, "l'adolescence-l'urgence-l'amour" , pour acteurs (et tu vas rire,
l'Alice de Burton) : Mia W...... je ne sais plus quoi et Henry Hopper (fils de Dennis, le génie est-il génétique ? That is the question).


Mission impossible pour Tarantino, ça part dans tous les sens, les infos sont noyées et il joue avec le coco.


 


   



Sebmagic 18/11/2010 11:44



Et ben dis-donc ! Je vais regarder ça de plus près merci.



Mona 17/11/2010 22:42



Alors, toujours pas vu au fait, Harvey Milk et My own private Idaho ?


Le 1er se range avec A la rencontre de Forrester et Will Hunting, bons films.


Le second est marqué à jamais par River Phoenix, là, Gus Van Sant avait su capter le meilleur du garçon.


En regardant sa filmographie à GVS, on peut lui attribuer, entres autres, d'avoir mis en lumière : M.Dillon, U.Thurman, K.Reeves, R & J.Phoenix, M.Damon, B & C.Affleck, M.Pitt et
A.Argento ... rien que ça quoi !


Sans parler de tous ceux qu'il a fait tourner et qui sont des acteurs non-professionnels, tous excellents par ailleurs.


J'sais pas si t'es au courant toi des projets du monsieur ... l'est un peu comme Tarantino, très peu d'échos sur la suite des évènements. Ils se laissent désirer les filous ! 


     



Sebmagic 18/11/2010 00:36



Non, aucune idée de la suite des événements pour GVS ! Par contre je n'ai toujours pas vu My Own Private Idaho ni Harvey Milk. En fait je suis en colocation avec quelqu'un et on regarde un film
de temps en temps. Mais il n'aime pas GVS plus que ça donc je n'ai jamais vraiment l'occasion de les voir !


 


Il faut absolument que je trouve du temps le week-end pour faire ça, mais je repousse toujours à plus tard ;) Par contre dès que je les aurai vus, sois sûre que y'aura des échos sur le blog.


 


Sinon tu parles d'Uma Thurman : ah ? Dans quel film apparaît-elle ? Parce que justement j'adore cette actrice mais je n'ai pas eu beaucoup l'occasion de la voir, donc ça m'intéresse d'autant
plus...



diatribes 11/08/2010 13:09



Ouais, ce qui caractéristique aussi bien gus Van Sant c'est le montage ! C'est tout décousu, et petit à petit ça se renoue de façon ingénieuse. C'est clair que les plans sont très très travaillés
(dans Gerry la beauté est remarquable), c'est vraiment du film d'auteur dans le sens où le réalisateur ne pense pas en priorité à "l'effet sur le spectateur", mais à la recherche
cinématigraphique, et j'trouve ça vraiment intéressant. Il se donne à fond, que ce soit dans le traitement du sujet mais aussi dans le traitement de l'image, du son, du temps (!), du
montage... Bref c'est un vrai cinéaste au sens premier du terme. Il faut bien comprendre que ce genre de films ne s'adresse pas à ceux qui veulent "en prendre plein la vue" ou voir des trucs de
ouf, ou un scénario de ouf, nan c'est juste des images, toute simple, dans une histoire toute simple, mais c'est très bien fichu, c'est original, c'est bien pensé, c'est précis, beau. Au niveau
des sujets sur les mecs, faut savoir, il me semble, que Gus Van Sant est homosexuel et pas mal de ses films tournent sur un subtilité de ce genre là (My own private idaho, Gerry - même si c'est
pas montré on peut y penser -, Elephant (certains disent qu'ils étaient homo) , Harvey Milk je crois aussi...) bref on touche à la sensibilité masculine en fait. Apparemment tu trouves les plans
séquences chouettes, alors faut que tu vois Gerry :D


 


PS : Last days qui ne m'avait pas totalement convaincuE ???? :/ Je savais pas.



Sebmagic 11/08/2010 13:53



En effet, merci



Mona 11/08/2010 08:39



Ha ha .... Gus Van Sant et Sofia Coppola .... moi je dirais presque du "culte" (en toute subjectivité bien sûr) .... Van Sant touche au génie dans la mise en scène.


On peut rajouter l'importance commune des B.O. aussi ; Paranoïd Park est truffé d'Elliott Smith, comme l'était déjà Will Hunting. 


Celles de Virgin Suicides et Marie-Antoinette sont également sublimes  ... elle a beaucoup cotoyé QT parait-il Sofia, ça se ressent à ce niveau là en tout
cas.  


Et My own private Idaho, tu l'as vu ? C'est encore un film à part de Van Sant, pas le meilleur, comme un balbutiement de ce qu'allait devenir son cinéma actuel.


Par contre River Phoenix y est boulversant tout du long, le genre de presta. qui n'arrive qu'une fois dans une carrière d'acteur.



Sebmagic 11/08/2010 10:08



Je ne l'ai pas encore vu mais ça ne saurait tarder. De même pour Harvey Milk ;)



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