Et voilà un autre grand chef d'oeuvre de Kubrick que je viens tout juste de découvrir au cinéma (oui je me suis fait 4 cinés en 2 jours et alors ?).
Visuellement tout d'abord, Barry Lyndon est une merveille. Les décors irlandais sont
vraiment magnifiques, avec une photographie époustouflante et rien que pour ça, le film mérite les honneurs. La reconstitution des décors, des costumes, est absolument époustouflante. On s'y
croirait vraiment, et on a réellement l'impression de voir des aristocrates évoluer à la fin du 18e. C'est vraiment très soigné, avec des plans et des mouvements de caméra magiques, une lumière
parfaite (presque pas de lumière artificielle il me semble, le seul éclairage résidant dans les bougies et la lumière naturelle, captée par un objectif de caméra bien précis), bref : du grand
art. Les plans sont accompagnés (comme souvent avec Kubrick) d'une BO de toute beauté, à base de musique classique et de musique très 18e siècle. Sarabande, de Haendel, est bien sûr la musique culte de ce film et apparaît toujours au bon moment
(notamment les scènes de duels) sans jamais nous agacer. Il est peut-être légèrement dommage que cette musique n'explose jamais vraiment et reste un peu trop en sourdine. Ca aurait été vraiment
un pur délire de frissons, mais ce n'est pas bien grave. Autre musique mémorable : le Trio Piano N°2 de Schubert, que j'adorais déjà avant de voir le film et qui colle à la perfection aux scènes concernées. Du pur génie auditif collé sur du pur génie
visuel. Que du bonheur, que des frissons.
On ajoute aux qualités du film une complexité des personnages impressionnante.
Aucun manichéisme dans ce film où les personnages (y compris Barry Lyndon lui-même) sont assez difficile à cerner. On ne sait pas trop que penser du personnage principal jusqu'à la toute fin, car
finalement on ne s'y attache pas vraiment. Le personnage auquel je me suis le plus attaché est incontestablement Lady Lyndon. Alors là, l'actrice Marisa
Berenson a été pour moi une sacrée révélation. Que de grâce, de beauté, cette femme est vraiment sublime et m'a captivé d'un bout à l'autre, avec très peu de répliques mais un
sacré regard. Les jeux de regard sont d'ailleurs très présents dans ce film et magnifiques. L'une des scènes qui m'a le plus marqué est la première rencontre entre Lady Lyndon et Redmond Barry,
qui s'échangent des regards pendant un bon moment. Et le pire, c'est que ça n'ennuie pas le spectateur qui reste là, subjugué devant la beauté de la scène qui n'a pourtant en soi rien
d'exceptionnel. Mais on sent passer les émotions des personnages, leurs pensées même, et c'est très fort. Kubrick semble avoir un don pour ça, car ça me fait penser à une scène de Eyes Wide Shut, lorsque Nicole Kidman balance son monologue à Tom Cruise et que j'étais supendu à ses lèvres. Bref, ici le duo Marisa Berenson / Ryan O'Neal est
génial, et cette scène va faire partie des mes scènes cultes.
De même, on a beaucoup d'émotion dans ce film lorsque le petit Brian meurt lentement sur son lit, entouré de ses
parents. Là encore le travail des acteurs est incroyable (ils sont vraiment très touchants, émouvants, que ce soit l'un comme l'une). Un moment intense qui est certainement l'un des plus
marquants. Autre scène culte et absolument sublime : le dernier duel entre Barry Lyndon et son beau-fils Lord Bullingdon, incontestablement un énorme moment de cinéma sur fond de Haendel. La scène dure longtemps, Kubrick prend tout son temps pour la filmer, pour notre plus
grand plaisir. Il est rare de voir ainsi les réalisateurs prendre leur temps (souvent, les plans sont coupés rapidement comme s'ils avaient peur de nous ennuyer), et ils devraient faire ça plus
souvent car c'est du pur bonheur pour moi (je repense à Sergio Leone et M.Night
Shyamalan que j'adule). Bref, cette scène de duel est assurément géniale et j'aurais même aimé qu'elle dure deux fois plus longtemps.
