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Shame (2011) - de Steve McQueen

          Le regard de Michael Fassbender : voilà à quoi pourrait être résumé ce film en quelques mots. Ce n'est pas un acteur que j'ai pu voir souvent, mais il m'a fait ici l'effet d'un choc, tout au long de Shame. Il y interprète Brandon, un trentenaire victime d'une addiction particulière : l'addiction sexuelle. J'avais peur avant de voir ce film, car je m'attendais à un film légèrement vulgaire, voire un peu banal. Le sujet est tellement casse-gueule que je ne pensais pas assister à un tel chef d'oeuvre de réalisation, d'ambiance. Avec des plans savoureux et des acteurs qui m'ont impressionné (Michael Fassbender, Carey Mulligan, Nicole Beharie), Steve McQueen livre ici un film dénué de tout cliché et surtout de tout jugement, en maîtrisant sa caméra exactement comme j'aime qu'elle soit maîtrisée et en abordant ses personnages avec humanité, vérité et émotion.

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shame

 

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                Dès le début du film, j'ai été transporté par l'ambiance du film, qui est à l'image de cette musique douce et immersive qui fait de chaque plan une merveille. L'atmosphère est posée d'emblée : on ne va pas rire mais on va savourer chaque plan, chaque regard, chaque dialogue, et c'est typiquement le genre d'expériences qui me font aimer le cinéma. Pendant presque 9 minutes d'introduction presque sans dialogue (chose que j'avais rarement vu avant pour ce genre de films, à part chez Lars von Trier), j'ai savouré les images tout comme la bande-son. Le personnage nous est présenté : solitaire, vivant dans un grand appartement sobre. En 9 minutes, beaucoup de choses sont dites. Steve McQueen nous montre le désir, l'addiction sexuelle chez Brandon de façon harmonieuse et réservée, avec la retenue qu'il est nécessaire d'appliquer lorsqu'on ne veut pas faire de son film un truc trop grotesque. Cette introduction nous montre que cette obsession presque maladive provoque chez lui un renfermement. Il vit seul, visiblement très seul, au coeur d'une vie morne et très ordonnée, régie par son addiction qui constitue l'essentiel de ses préoccupations. Tellement préoccupante qu'il ne prend pas la peine de répondre à sa soeur au téléphone, préférant écouter ses messages au réveil que de la laisser chambouler son petit monde bien rangé. Finalement, cette introduction se termine par une séquence de regards dans le métro absolument envoûtante, où les non-dits et la subtilité annoncent un film astucieux et implicite. Cette scène de regards est accompagnée d'une magnifique musique de Harry Escott ressemblant à s'y méprendre à la musique de La Ligne Rouge de Hans Zimmer. On pourrait quasiment appeler ça du semi-plagiat, mais qu'importe : la musique colle à merveille à la scène et met en évidence toute la tension qui opère psychologiquement sur le personnage principal. Une musique qui monte en puissance et met en valeur avec beauté l'une des scènes qui m'a le plus troublé cette année. La séquence dure pratiquement 3 minutes. Trois minutes à filmer deux personnages qui s'observent fixement dans le métro. Pas de dialogue, mais seulement des plans fixes sur les regards fixes des personnages. La scène est subtile car le talent des acteurs permet au spectateur de saisir avec exactitude les pensées qu'impliquent ces regards, et j'admets que je ne voulais pas que cette scène se termine. Le regard de Fassbender, extrêmement profond et évocateur, m'a fasciné dans cette scène comme dans les suivantes, et il est clair que l'acteur a été exploité de façon magistrale tout au long de l'intrigue.


shame 3


                La suite contient également son lot de plans somptueux et intelligents, et le film ne perd jamais en force malgré un début aussi percutant. Essentiellement, le film est constitué d'un assez grand nombre de plans-séquences, chose dont je raffole au cinéma. Ne serait-ce que pour un dialogue, quand je regarde un film je me dis régulièrement : "mais pourquoi le mec aux commandes des caméras se fait chier à changer de plan constamment entre les deux interlocuteurs, alors qu'un plan sans coupure réunissant les deux acteurs est plus malin et plus intéressant ?". Shame fait ça à la perfection, les plans n'étant coupés que si nécessaire, nous laissant le ravissement de savourer chaque séquence, comme par exemple le footing de nuit avec le long travelling. On peut citer également tout le passage entre Michael Fassbender et Nicole Beharie, au restaurant puis dans la rue, qui sont absolument délectables avec des dialogues extrêmement bien écrits.


shame 4

                Marianne (le personnage de Nicole Beharie) est l'un des deux éléments perturbateurs de la vie de Brandon, avec évidemment sa soeur Sissy. Toutes les deux font naître chez lui des sentiments, et Brandon montre qu'il ne peut pas laisser entrer l'amour dans sa vie, que ce soit le sentiment amoureux comme fraternel. Pour ceci il souffre, condamné à la frustration et à continuer cette vie qui l'accable. En ceci, le personnage est travaillé et Steve McQueen nous le présente avec humanité et sans jamais porter de jugement sur ses actes, ce qui fait du film un véritable drame et non une banale intrigue rapidement oubliée. C'est vraiment très fort. Et pourtant... Brandon a certainement tout pour changer ses habitudes, il lui suffit d'avoir le déclic nécessaire pour offrir un tournant à sa vie. La scène dans le bar, où Brandon regarde sa soeur chanter "New York", est un grand moment de sensibilité cinématographique. Encore une fois, le regard fixe et profond de Michael Fassbender fait des miracles et la larme du personnage principal n'a d'autre effet que de montrer au spectateur que la sensibilité de Brandon est bien présente, et peut-être même bien plus présente que chez la plupart des gens. La scène est véritablement sublime.


shame 2

            Qui plus est, Shame ne s'attarde pas seulement sur le personnage de Fassbender, mais également sur celui de Carey Mulligan, qui elle aussi fait preuve de tout son talent pour émouvoir jusqu'à la fin. A l'opposé de Brandon, elle est en manque d'amour et d'affection, qu'elle recherche auprès de son frère mais qu'elle se voit refuser. La relation entre les deux est parfaitement bien traitée, avec vérité, et la scène de la dispute est notamment un brillant passage du film qui est déjà lui-même brillant dans son intégralité. Sans révéler la fin qui est de toutes façons sujette à de nombreuses interprétations, je pense personnellement que Sissy est le "déclic" dont je parlais plus haut. Le dénouement du film est encore brillant, lui aussi. L'effet de symétrie avec la scène du métro au début du film est saisissant, car (selon moi), le regard de Brandon a changé. La séquence se coupe juste suffisamment tôt pour qu'on puisse se faire notre propre idée sur la question, mais ma vision des choses est pleine d'espoir pour ce personnage.


              Bref, Shame est pour moi un pur bijou de réalisation premièrement, et de profondeur vis-à-vis du traitement des personnages et notamment du personnage principal (la scène où il s'assoit sous la pluie est magistrale). Une grosse découverte que je ne suis pas prêt d'oublier !



 


 




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P
Tres beau commentaire
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W

J'ai découvert Fassbender et McQueen dans Shame (bien que j'ai vu Fassbender dans Inglorious Basterds, mais il ne m'a pas plus interpellée que ça), et quelle surprise, aussi bien pour l'acteur
que le réalisateur. Visuellement, je crois bien que McQueen réunit absolument tout ce qui me plaît. J'ai donc regardé Hunger récemment, pour y retrouver un Fassbender métamorphosé mais pas moins
époustouflant, et un McQueen qui te sort des images belle à en pleurer. J'ai donc hâte de découvrir 12 years a slave, où se retrouve ce duo qui marche décidément très bien, mais également Brad
Pitt. :)
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S


Mince alors, faut vraiment que je voie ce Hunger alors ! Merci pour le message ;)



S

Un gros coup de coeur pour ce film, dès le début la musique nous plonge directement dans le film et on reste scotché jusqu'à la fin. Acteur découvert dans Jane Eyre, j'ai ensuite voulu regarder
sa filmographie et le film Shame m'a tout de suite attiré. A voir.
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S


Je ne l'ai pas vu dans grand chose mais il apparait un peu dans Inglourious Basterds, excellent aussi !



B

Ok, pas grave ! J'aime lire tes articles donc j'aurais voulu avoir ton avis...Mais tant pis, y'en aura d'autres :)
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S


Désolé ^^ Peut-être un jour quand il passera à la TV, mais je préfère pas dépenser mon "budget ciné" pour un James Bond



B

Excuse moi pour le commentaire hors sujet, mais est ce que tu vas faire la critique de Skyfall ? 


 
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S


Non désolé ! Tout simplement parce que je n'ai jamais été intéressé par l'univers de James Bond, donc je n'irai pas le voir, mais si t'as un avis à me donner je prends !


 


EDIT : Ben en fait je viens de le lire sur ton blog !



M

Eh bien Seb. je te conseille vivement de voir Fassbender dans Hunger de ... Steve McQueen.


Tu pourras amplement juger son engagement d'acteur dans ce film.


(quant à moi je reste fan inconditionnelle de l'autre ... McQueen  )


 
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S


Héhé je ne connais pas bien l'autre McQueen ! Enfin j'en connais aucun des deux en fait... Mais c'est vrai que Hunger m'intéresse beaucoup maintenant !


 


En ce moment j'suis entrain de me faire Le Prisonnier, ça a un peu vieilli mais pour l'instant j'accroche bien !



F

J'avais déjà remarqué ce film depuis un moment et tu m'as oté le doute qui me faisait repporter son visionnage à plus tard : celui d'un film vulgaire. Je suis bien contente que ce ne soit
apparemment pas le cas et je vais m'empresser de le voir. :)


En tout cas j'ai vu Michael Fassbender dans peu de films mais il m'a toujours donné cette impression : celui d'un grand acteur. Ca ne m'étonne pas qu'il soit aussi excellent dans ce film !
Répondre
S


Oui j'ai aussi douté pour cette raison donc je comprends totalement !