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Mercredi - Mon coup de gueule

Mercredi - Mon coup de gueule

        Je l'avais dit pourtant, je l'avais dit ! "Seb, arrête avec les séries Netflix et Amazon, vraiment, arrête." Mais je suis buté et je me fais avoir comme un couillon à cause des images alléchantes, du nom de Tim Burton, des records de visionnages, et surtout d'un fantasme que j'ai depuis de nombreuses années : voir Burton à la tête d'un projet sur la Famille Addams. Mais quel affreux gâchis...

 

Mercredi - Mon coup de gueule

       J'y ai cru bordel, c'est ça le pire ! La toute première scène, montrant le coup classique de Pugsley ligoté et enfermé dans un casier, m'a mis directement dans le bain. Les premiers épisodes m'ont excité et, je ne sais pas si c'est parce qu'ils ont été réalisés par Tim Burton (contrairement à la deuxième partie de la saison), mais j'ai vraiment senti que Mercredi allait me réjouir du début à la fin. Malheureusement, j'ai vite vu dans quoi la série allait s'embarquer lorsqu'on comprend qu'en dehors de Mercredi, les autres membres de la Famille Addams ne feraient office que de guests. Et puis, surtout, que la série ne serait qu'un repompage grossier de tout ce qui existe déjà dans le milieu audiovisuel depuis 20 ans, avec cette volonté Netflix de produire un univers "pour ados".

 

       Mais mettons un peu d'ordre dans cet article et voyons point par point tout ce que je reproche (ou non) à Mercredi.

 

L'atmosphère et les idées pompées partout ailleurs

Mercredi - Mon coup de gueule

        La seule chose qui est, à mon goût, un point positif de Mercredi (en dehors de l'actrice principale, mais on y reviendra) c'est son atmosphère qui permet aux fans de Tim Burton de retrouver enfin son univers. Comme je le disais en intro de cet article, je rêvais de voir le cinéaste adapter la Famille Addams à sa sauce, tant l'univers de cette série semble coller à la perfection au sien. De ce point de vue, Burton n'a pas eu beaucoup d'efforts à faire puisqu'il lui a suffi de reprendre les codes visuels qui ont fait ses succès. Personnages pâles aux yeux cernés de noir, décors d'Halloween, protagonistes en marge de la société et monstres solitaires : tout était déjà réuni pour faciliter sa démarche. 

 

      Du coup, rien de bien étonnant dans le monde de Tim Burton, on a droit aux habituels décors et idées visuelles dont il raffole depuis toujours, nul doute qu'il y a pris un certain plaisir. Tout y passe : escaliers en colimaçon, arbres tordus et découvertes dans la forêt... C'est probablement un choc visuel pour le public visé (les adolescents) qui n'ont pas forcément vu Beetlejuice, Edward aux mains d'argent ou Sleepy Hollow. Pour les autres, ce n'est pas désagréable mais ça n'a rien d'extraordinaire. C'est d'ailleurs tout le problème du réalisateur qui ne parviendra probablement jamais à se renouveler, comme coincé 30 ans en arrière. Bref, ça fait tout de même le job : les décors sont enchanteurs et la magie opère sans problème.

 

      Malheureusement, Mercredi n'emprunte pas seulement aux anciens succès de Tim Burton, mais à tout un tas d'autres univers qui ont également fait leurs preuves. Impossible, effectivement, de ne pas voir du Harry Potter là-dedans, lorsque le personnage principal entre dans une nouvelle école fondée spécialement pour des êtres dotés de pouvoirs, lorsqu'une opposition est faite entre ces gens bizarres et les "normis", ou encore lorsqu'on découvre que les élèves de l'école sont séparés en 4 groupes (les Poilus, les Ecailles et je ne sais plus quoi d'autre). Mercredi fait référence à Harry Potter tout le temps et ce ne serait pas grave s'il ne s'agissait que de simples références. Malheureusement, au-delà de ces quelques éléments de script, la série adopte les mêmes codes visuels. De nombreuses scènes s'avèrent être des copier-coller de la célèbre saga. L'académie Nevermore semble calquée sur Poudlard et certaines séquences sont presque identiques, comme pour les scènes de loups-garous qui font étrangement penser au travail d'Alfonso Cuaron sur Le prisonnier d'Azkaban.

 

      De même, il n'est pas difficile de penser à Umbrella Academy dans cette idée de réunir des êtres "hors normes" au sein d'une même académie, et de nombreux décors y font également référence. La différence, c'est qu'Umbrella Academy avait un tant soit peu travaillé ses personnages, là où dans Mercredi...

 

Des personnages fades et des clichés en pagaille

Mercredi - Mon coup de gueule

       C'est une catastrophe, et je ne veux pas croire que Tim Burton soit à l'origine de tout ce panel de personnages creux et sans relief. Alors attention, je préviens : à partir de ce paragraphe, je spoile à outrance. Tous les personnages de Mercredi sont des clichés ambulants, qu'on a déjà vus dans des dizaines d'autres films ou séries. Je ne parle pas des membres de la Famille Addams, bien sûr, mais de tous ceux qui ont été créés pour les besoins de la série. Nous avons tout d'abord l'archétype de la jeune héroïne que personne ne veut jamais croire - sans qu'on sache vraiment pourquoi. Il y a la grande rivale de l'école, forte et méchante au début qui, bien évidemment, s'avérera être une alliée parce que hein, sa famille c'est de la merde et elle a eu une enfance difficile donc c'est pour ça qu'elle est forte et indépendante. On a aussi le petit moche qui est toujours tout seul parce que bon, il élève des abeilles et il sait bien qu'il n'intéresse personne. Heureusement, l'héroïne, elle aussi, est solitaire et elle va l'adopter immédiatement. Il est surpris qu'on ose lui parler d'ailleurs, à lui. Il deviendra alors une sorte de larbin rigolo qui va se faire attaquer par le grand méchant, classique.

 

       Nous avons, évidemment, la jeune fille sympa, joyeuse et colorée qui, même si elle est constamment rejetée par l'héroïne et qu'elle est son exact opposé, va remuer ciel et terre pour devenir sa meilleure amie. On ne sait pas pourquoi. Poursuivons la galerie des clichés avec la directrice d'école immense et respectable, mais aussi un peu sévère, ou encore le maire de la ville qui, comme tous les maires du monde, ne vit que pour la réputation de sa ville et traîne dans diverses magouilles. Bah oui, il tire les rênes de la ville, alors il est forcément un peu corruptible. Continuons avec les deux beaux gosses qui vont tous les deux s'enticher de l'héroïne. L'un est le gentil mais on croit qu'il est méchant. L'autre est le méchant mais on croit qu'il est gentil. L'héroïne, qui est présentée comme extra-perspicace, lucide, observatrice, à l'intelligence diabolique, ne va pourtant jamais se douter de cette supercherie.

 

       J'en passe et des meilleures, car la série est gâchée et bouffée intégralement par tous ces clichés qu'on voit venir des heures à l'avance. C'est con, mais ça plombe tout le récit. Un spectateur un peu alerte aura compris dès le premier épisode que Mercredi va tomber amoureuse du gentil garçon de café, avant de découvrir 7 épisodes plus tard qu'il n'était pas gentil. C'est vraiment con, parce que je croyais en Mercredi en tant que personnage. L'actrice est très efficace et incarne la jeune fille avec un réel talent. Elle ferait presque de l'ombre à Christina Ricci, qui était déjà parfaite pour le rôle en son temps. Je salue vraiment le travail de Jenna Ortega qui semble avoir tout compris à son personnage et l'incarne sans une seule fausse note. La comédienne est clairement le point fort de la série, car tout repose sur elle. Elle est d'une efficacité redoutable et je pense que je n'aurais pas terminé cette première saison sans elle.

 

       Malheureusement (encore), son personnage est gâché par un scénario débile et très "Netflixien".

 

Un scénario aux pâquerettes

Mercredi - Mon coup de gueule

        Je ne comprends pas l'intérêt de la série scénaristiquement. L'idée d'intégrer Mercredi à une école de gens "bizarres" était très intéressante mais elle s'essouffle très rapidement devant l'absence totale d'enjeux pour le personnage, qui n'est finalement plus si "bizarre". On a affaire à une banale affaire de monstre meurtrier, liée à une obscure société ancestrale dont tout le monde se fout, que la fine enquêtrice va devoir résoudre seule ou à l'aide de ses fidèles amis (qui font absolument tout ce qu'elle leur demande sans poser de questions). A aucun moment, cette intrigue ne va être utile à Mercredi pour évoluer ou pour creuser sa propre histoire. Pourtant, l'idée de créer un background au personnage de Mercredi était très excitante, mais force est de constater qu'elle n'évolue pas durant ces 8 épisodes. Calme plat. C'est même pire que ça : au fur et à mesure que le temps passe, des éléments complètement débiles sont rajoutés ici et là, comme pour nous faire croire que Mercredi va doucement se transformer en jeune fille sociable et "normale". 

 

       On arrive, à mon goût, au problème principal de la série : son côté teenager. Pourquoi, BORDEL, est-on allé foutre des histoires de romances là-dedans ? Pour faire de Mercredi un énième personnage d'adolescente soumise à des émois sentimentaux alors que c'est à l'opposé de l'essence de la petite Addams ? Je vais quand même l'écrire pour que ce soit plus clair, mais dans cette série, Mercredi Addams est au coeur... d'un triangle amoureux ! Y'a pas quelque chose qui cloche ? Elle, qui est fascinée par la mort, la torture, le macabre, se met subitement à craquer pour un petit blondinet ? 

 

       Comble du comble : la fin du dernier épisode est tombée sur moi comme une guillotine. Déjà, Mercredi se prend un coup de poignard dans le ventre et, quelques minutes plus tard, est miraculeusement guérie par son ancêtre fantomatique et le collier qu'elle a autour du cou. J'ai failli rigoler tellement c'est con. C'est typiquement le coup du "ta gueule, c'est magique", envoyé droit dans le visage du spectateur. Puis, pour finir la saison, Mercredi craque tellement pour le gentil beau gosse qu'elle accepte son cadeau - un smartphone - pour pouvoir avoir de ses nouvelles pendant les vacances. Mais c'est quoi ce bordel ? A mon goût, la série dénature progressivement le personnage de Mercredi au fil des épisodes et se termine en grand n'importe quoi. Doit-on comprendre que, dans la saison 2, nous suivrons les aventures de Mercredi sur Tik Tok et Instagram ? Désolé, mais je pense passer mon tour avant que ça commence.

 

      Alors certes, en surface, Mercredi respecte les codes et l'univers fantastique de la Famille Addams. Mais à vouloir rentrer également dans les codes Netflix, la série se perd totalement dans des sous-intrigues débiles qui, en plus, sont ultra-prévisibles. Tiens, levez la main si vous n'avez rien à foutre de la relation entre Enid et Ajax. Bon, voilà, ça veut tout dire. Cette romance n'apporte aucune sorte d'émotion. D'ailleurs...

 

L'émotion : elle est où ?

Mercredi - Mon coup de gueule

      Tim Burton m'a apporté, dans ma vie de cinéphile, une multitude d'émotions. Je me souviens pleurer devant Edward aux mains d'argent, Ed Wood est touchant à sa manière, Big Fish apporte son lot d'émotions, même Charlie et la Chocolaterie parvient à me faire remonter quelques larmes lorsque Willy Wonka repense à son enfance. Mais là... y'a quoi là ? Mercredi, en 6 heures, ne parvient pas à créer la moindre petite émotion. Alors, certes, le vide abyssal des personnages n'aide pas, mais il y avait quand même un espoir du côté de la jeune héroïne. Il y avait différentes façon de la faire craquer (et nous avec !), autre qu'un émoi amoureux débile. Même si ce personnage est réputé pour son absence de sentiments, pour être inébranlable, l'émotion aurait pu surgir de n'importe où, afin de lui apporter un peu de profondeur. Après tout, c'est une enfant. Elle doit bien avoir un point faible AUTRE QU'UN PETIT BLONDINET.

 

      La série pousse le ridicule à l'extrême lorsqu'elle tente une séquence émotion... sur l'enterrement du maire. Repassez en revue la saison, je vous jure que c'est l'unique moment où la musique est poussée un petit peu pour susciter l'émotion du spectateur. L'enterrement du maire, oui, c'est-à-dire du type que les spectateurs ne peuvent déjà plus blairer au bout de quelques minutes. On a droit à une musique tire-larmes, aux personnages secondaires qui pleurent (pourquoi ??), et à un plan sur Mercredi qui reste impassible, comme pour nous prouver que rien ne peut la faire pleurer. Ca n'a aucun sens puisque, comme nous tous, Mercredi se tape complètement de la mort du maire.

 

La musique de Danny Elfman

 

      Je terminerai là-dessus parce que je n'ai pas envie d'épiloguer encore une heure, mais où est passé Danny Elfman ? C'est bien simple : j'ai eu le sentiment que le compositeur avait été piocher des bouts d'anciennes musiques pour les intégrer ici et là. Alors oui, on reconnait que c'est du Danny Elfman, ça c'est sûr. Mais est-ce que quelqu'un a retenu ne serait-ce que trois notes caractéristiques de la série ? Vous vous rappelez encore de la musique du générique, vous ? J'ai enchaîné les 8 épisodes en un week-end, et je peux vous assurer que ce n'est pas mon cas ! Mercredi, contrairement aux films qui ont fait le succès de Burton et Elfman dans les années 90-2000, n'a aucune identité sonore. On a droit à des chœurs et des musiques d'Halloween entendues 1000 fois, c'est généralement inutile et ça prend même la tête. 

 

      Ah, si ! A un moment donné, dans l'épisode 3, Mercredi se rend au square et elle est accompagnée du début de la chanson "Space Song" de Beach House (ci-dessous). J'ai cru, l'espace d'un instant, que la scène allait décoller et se transformer en moment musical inoubliable et vibrant. Et bien non, la musique s'évanouit dans un fondu au bout de 20 secondes.

 

         Bref, la musique dans Mercredi ne m'a pas emballé, tout comme la série dans sa globalité même si elle démarrait diablement bien. Elle m'a plutôt donné envie de me refaire Edward aux mains d'argent en souvenir de l'époque où Tim Burton avait des messages à passer et, surtout, de l'émotion, ou de me réécouter cette superbe chanson de Beach House :

 

         Vous l'aurez compris, je passe mon tour pour la saison 2 et je dis "au revoir" à Netflix. Dommage, Jenna Ortega était cool.

 

 

 

 

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