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À l'Ouest, rien de nouveau - d'Edward Berger - Critique

À l'Ouest, rien de nouveau - d'Edward Berger - Critique

      À l'Ouest, rien de nouveau. Voilà un titre qui définit à merveille ce film allemand sorti en 2022 sur Netflix, tant il manque cruellement d'originalité. Je viens après la bataille, deux ans après que le film a remporté de nombreux prix tels que l'Oscar du meilleur film étranger. En regardant ces 2h28, je me suis demandé pour quelles raisons il avait été acclamé à ce point à l'époque, car il m'a plus fait soupirer qu'autre chose.

 

À l'Ouest, rien de nouveau - d'Edward Berger - Critique

     À l'Ouest, rien de nouveau enchaîne tous les poncifs du genre, jusqu'à s'inspirer de très récents films de guerre à succès tels que 1917. Voici une liste non exhaustive de tous les clichés que ce film accumule.

     Tout d'abord, on démarre directement dans les tranchées avec un plan-séquence, sorte de passage obligatoire pour un film de guerre depuis Il faut sauver le soldat Ryan. Si j'avais salué la technique dans 1917, car ça apportait quelque chose de nouveau au cinéma de guerre notamment sur le point de vue et l'immersion, le plan-séquence ressemble ici davantage à un exercice de style "pour faire comme les grands". Ensuite, on se tape 1h15 de guerre assez interminable, avec des scènes qui n'ont strictement aucune personnalité. J'y ai vu 1917, j'y ai vu Les Sentiers de la Gloire. Dunkerque même, un peu. Mais du nouveau ? Non, rien de nouveau. 

     Tout ce que vous pouvez vous attendre à voir dans un film de guerre classique est ici, entre la désillusion des jeunes soldats, la rudesse de la hiérarchie, les amis morts au combat dans la boue... même Daniel Brühl est là ! À un moment, on a droit à des éclaboussures de sang sur la caméra, alors on soupire. Puis, le film nous présente la fameuse scène des acouphènes après une explosion, suivies du regard hébété et perdu d'un jeune homme au milieu du champ de bataille, alors on soupire encore. Tout est prévisible, parfois à la seconde près, comme lorsqu'on passe 10 minutes à suivre un soldat heureux que la guerre soit terminée, qui se prend à rêver de retrouver sa femme, sa vie d'avant. Je vous le donne en mille : l'homme meurt fusillé trois minutes plus tard, et il faut vraiment être à côté de la plaque pour ne pas le voir venir des plombes à l'avance. On soupire beaucoup.

     Niveau dialogues, ce n'est guère mieux. Par exemple : la musique se coupe, il y a un moment de flottement, puis un lieutenant hurle "Coureeeeeez !!". Oh, et on a même droit à ce magnifique : "Ecoute...! Le silence..." prononcé par un soldat lorsque l'armistice est signé. Tout ça, avec exactement la même esthétique que 1917, avec ces tons bleu-vert-gris ou ces séquences de nuit avec les silhouettes qui se dessinent devant les flammes. Les décors, également, semblent avoir été directement repris du film de Sam Mendes.

 

À l'Ouest, rien de nouveau - d'Edward Berger - Critique

       Mais le pire ne se trouve pas là, non. Le pire, c'est qu'Edward Berger n'a strictement rien à dire. Je conçois que le support d'origine – le roman d'Erich Maria Remarque – date de presque un siècle, mais à quoi bon adapter encore ce bouquin si ça ne sert pas un propos intéressant ? Malheureusement, la seule morale du film est "La guerre c'est dur, la guerre c'est moche". Pour faire passer le message (rebattu depuis plus de 70 ans au cinéma), le réalisateur envoie le paquet : bruitages dégueulasses, sols trempés de sang, boue omniprésente, membres arrachés, et même découpés à la scie à métaux. Tout ça pour quoi ? Pour dire que la guerre, c'est sale. Uniquement. Le film n'a aucun autre propos, et c'est franchement consternant. Même la partie politique dans le train n'a aucun intérêt : c'est principalement du factuel.

 

À l'Ouest, rien de nouveau - d'Edward Berger - Critique

     Je vais tout de même conclure avec deux ou trois points positifs, car le film a heureusement quelques qualités. Premièrement, la photographie est magnifique, notamment lorsqu'il s'agit de filmer de grands espaces. Je garderai un plan où deux soldats traversent un champ couvert de givre, avec une ambiance matinale très froide, que j'ai trouvé sublime. Deuxièmement, la musique fait le job. Ce n'est pas la plus intéressante qui soit (un Oscar pour ça ?), mais elle n'est pas trop lourde, ni trop présente. Niveau scénario, j'ai adoré toute la séquence lors de laquelle le personnage principal tue un ennemi, puis le regarde mourir. Le réalisateur prend le temps de traiter cette situation, ça dure, ça dure, et c'est grandiose. C'est peut-être bien le seul moment d'émotion de ce long-métrage.

 

      Bref, je m'arrête ici. Le film accumule les plus gros clichés du genre, et je n'ai même pas parlé des textes avant le générique final, qui expliquent comment s'est terminée la guerre. Comme si nous étions de gros demeurés. Et on a l'impression qu'Edward Berger trouve ça fantastique et novateur. Le succès de ce film me dépasse, surtout trois ans après le chef d'œuvre immersif qu'était 1917.

 

 

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R
Rien à voir, mais j’ai découvert les ailes de Wellman de 1927, un film dynamique aux prises de vue exceptionnelles dans les avions en combat aérien. Le meilleur film que j’ai vu sur le front ouest de la guerre de 14, avec le cheval de guerre de Spielberg, mais celui là n’en fera visiblement pas partie… as-tu d’autres idées de films sur la période ?
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S
Merci du conseil, je ne connais absolument pas le film de Wellman, je note ça dans un coin.<br /> <br /> Concernant la guerre de 14, il y a évidemment ceux que j'ai cités dans l'article (Les sentiers de la gloire, 1917), mais je n'ai pas souvenir d'en avoir vu d'autres. A part Au revoir là-haut, un très bon Dupontel !