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Exit 8 - de Genki Kawamura - Critique

Exit 8 - de Genki Kawamura - Critique

      Concept génial, résultat foiré : voilà comment je résumerais Exit 8, adaptation paresseuse d'un jeu vidéo pourtant intrigant. L'idée est simple : un homme se retrouve coincé en boucle dans un couloir de métro, forcé de prendre encore et encore les mêmes virages. Pour progresser et sortir de ce labyrinthe, il doit suivre une règle bien précise : s'il voit une anomalie, il doit faire demi-tour. Je précise que je n'ai jamais joué à Exit 8, j'en ai seulement vu des extraits sur Youtube et le film semble très fidèle au décor de base ainsi qu'aux divers éléments de surprise. Ainsi, cette critique se consacrera uniquement au film.

 

Exit 8 - de Genki Kawamura - Critique

      Malheureusement, Exit 8 n'aurait jamais dû être adapté en long-métrage. L'idée est brillante pour un jeu vidéo, mais elle ne fonctionne pas du tout sur grand écran. Dans un jeu, traquer minutieusement les petites erreurs dans un décor minimaliste est probablement très ludique. Au cinéma, par contre, ça n'est plus le même amusement. Devant ce film, je me suis senti terriblement passif. Là où j'aurais aimé trouver les différences moi-même, tout est montré par la caméra, qui insiste parfois lourdement sur ce qu’il faut voir. De temps en temps, ça tente de nous faire réfléchir, mais on passe rapidement à autre chose. Le plaisir du jeu n'existe plus : on regarde et on attend.

     De plus, la mise en place est extrêmement longue. J'ai compté une bonne demi-heure pendant laquelle le protagoniste arpente les couloirs en répétant 30 fois "une porte, une affiche, une aération"... C'est un passage obligatoire pour que le spectateur ait les clés, certes, mais c'est horriblement long et ennuyeux. Pour ne rien arranger, le personnage de départ est MOU, bordel. Il traîne des pieds, s'arrête toutes les trois minutes pour reprendre son souffle, tousse sans arrêt... Je ne comprends pas du tout l'idée d'avoir pris un personnage asthmatique. Ce détail, qui semble au départ central, n'aura strictement aucune incidence sur l'intrigue. Vraiment aucune. Au début, on le voit s'épuiser et utiliser sa ventoline. Et puis, au bout de 45 minutes, on abandonne totalement cette histoire, et le gars arpente les couloirs sans aucune gêne. 

     A quoi sert cette interminable introduction ? Tout simplement à gonfler artificiellement la durée du film pour atteindre tant bien que mal les 80 minutes pour une sortie en salle. C'est de la paresse d'écriture. Il fallait bien justifier le fait de sortir ça au cinéma, vous comprenez... Sur le plan scénaristique, l'adaptation est catastrophique. Aucune thématique intéressante, un dénouement absurde, tout est paresseux. Quant aux personnages, ils sont creux, inexpressifs, on ne s'y attache jamais. Même l'enfant, qui aurait dû inspirer de la frayeur ou de la peine, ressemble davantage à un fantôme sans âme qu'à autre chose. M'enfin, c'est peut-être un clin d'œil au jeu, je n'en sais rien.

 

Exit 8 - de Genki Kawamura - Critique

     Ce que je sais, par contre, c'est que rien ne justifie d'avoir porté cet univers sur grand écran. Rien. Le réalisateur fait juste joujou (un peu) avec le concept, sans forcément imposer d'idée neuve. On est trimballés dans ces couloirs et on suit passivement un mec en se demandant s'il va repérer ou non les anomalies. Mais on s'en fout un peu. 

    Et pour continuer dans les idées abandonnées en cours de route, le montage manque de cohérence. Au début, on croit qu’on va suivre plusieurs personnages, grâce aux titres (“The boy”, etc). Mais après avoir vaguement exploré le parcours du deuxième protagoniste (le gars avec la mallette), l’histoire bascule sur l’enfant… uniquement pour revenir au personnage de départ. 

     A un moment donné, je m'emmerdais tellement que j'ai essayé de trouver un sens caché à tout ça. Je me suis imaginé que les 9 sorties (de 0 à 8) représentaient les 9 mois de grossesse, le personnage étant perdu dans un labyrinthe mental sans savoir s'il veut en ressortir père ou non (c'est d'ailleurs l'unique enjeu scénaristique de ce film, et c'est bien nase). Tout ça ne vaut pas grand-chose.

     Je conclus en parlant de l'aspect "horrifique" du film, que je trouve également raté. Les quelques moments d'horreur sont plombés par des effets spéciaux franchement dégueulasses (les rats notamment). A aucun moment on ne sursaute, à aucun moment on n'a peur de ce qu'il peut arriver au personnage principal. En effet, peu importent ses choix, il ne risque rien d'autre que revenir au niveau 0 et tout recommencer... Le seul réel danger, c'est de rester coincé ici, ce qui aurait pu fonctionner si le suspense n'était pas si mal géré. 

 

     Bref, j'ai passé un bon moment au début, car le concept est très amusant. Mais à partir du moment où j'ai compris que le film ne serait pas particulièrement ludique, j'ai compté les minutes avant le dénouement (lui aussi bien foiré). Je vous déconseille Exit 8, même si ça passe tout seul et que ça reste "sympatoche". Vous n'en retiendrez pas grand-chose.

 

 

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E
Je suis désolé que tu te sois autant ennuyé. Pour ma part, j'ai beaucoup aimé la manière de tirer le concept sur 1h30. Je trouve que ça se tient très bien, qu'il y a un très bon dosage entre la déclinaison de l'idée de base (qui joue sur la répétition) et les ouvertures vers autre chose (notamment les moments plus oniriques ou horrifiques). C'est pour moi une belle surprise, un exercice de style très maîtrisé que j'ai trouvé assez réjouissant ! Mais je comprends tes réserves. Peut-être que c'est parce que je ne joue pas aux JV que je n'ai pas ressenti cette frustration de ne pas être aux manettes.
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S
Je ne sais pas... J'ai eu l'impression qu'une fois l'idée validée, il ne savait pas trop quoi faire avec ce concept, ni de quoi parler exactement... J'aurais peut-être préféré qu'il n'y ait aucun contexte autour et que ce soit totalement stupide et cantonné à l'idée de départ, plutôt que d'essayer de broder quelque chose autour qui n'a pas trop de sens.<br /> <br /> Ceci dit, après quelques jours le film me reste en tête pour son côté "bien foutu" : j'aime beaucoup la gestion de l'espace, on sait toujours à quel endroit on se trouve et c'est réussi de ce côté là. Je vais sans doute augmenter un peu ma note (j'ai mis 1,5/5, je vais monter à 2,5).