Ken Loach est un cinéaste qui ne m'intéresse pas beaucoup. Même si j'ai vu peu de ses films, j'en ai une image bien définie : celle d'un cinéma froid mais authentique, dur et naturaliste. Moi, Daniel Blake est parfaitement fidèle à cette idée, et je remercie Boris the Blade pour m'avoir poussé à explorer un drame social qui ne m'aurait pas forcément tenté à la base. Si ce n'est pas un immense coup de cœur, j'ai néanmoins beaucoup apprécié la mise en scène sobre et le réalisme des situations.
Attention, cet article dévoie la fin du film.
Lorsque Moi, Daniel Blake a été tourné, Ken Loach avait 80 ans, et c'est une sacrée prouesse de sortir un tel film à cet âge. Sa façon de travailler est assez fascinante : il cherche constamment l'authenticité, que ce soit dans le choix de son casting (ici, des têtes inconnues), dans la direction de ses acteurs (parfois prévenus au dernier moment des scènes et dialogues qu'ils devront jouer), ou encore dans sa mise en scène froide et implacable. Tout comme chez les frères Dardenne ou Mike Leigh, les images ne cherchent pas à nous rendre les choses agréables. Et pour cause : les personnages eux-mêmes sont dans des situations misérables, parfois au bout de leurs forces.
Il arrive que je sois touché par ce naturalisme, mais ça me laisse souvent totalement de côté (Deux jours, une nuit en est un exemple). Moi, Daniel Blake, lui non plus, n'échappe pas trop à cette règle, mais j'ai tout de même adoré mon visionnage du début à la fin. En plus de parler de précarité et d'un système qui étouffe les plus démunis, Ken Loach explore les absurdités des services sociaux britanniques : Daniel est malade, et seul face à une machine administrative inhumaine qui le contraint à sombrer de plus en plus.
Niveau casting, il n'y a rien à dire. Dave Johns et Hayley Squires font leurs débuts au cinéma avec ce film, et pourtant ils sont criants de vérité dans chaque scène et chaque dialogue. On ressent la détresse de Katie comme le désespoir de Daniel. Chacun d'entre eux semble vouloir se battre jusqu'au bout, mais ils finiront par céder face à l'absence de choix proposés. Dans ce film, pas d'amour, pas de joie, pas même réellement d'amitié : il n'est question que de survie, et c'est particulièrement pesant.
Là où j'aurais des réserves, c'est peut-être justement dans cette description trop marquée. Daniel Blake est un stéréotype de l'ancien qui sait tout réparer et qui aime aider les autres, complètement dépassé par un monde numérique qu'il juge absurde. Le type n'a jamais vu de sa vie une souris d'ordinateur, et n'a jamais utilisé internet. C'est un ouvrier proche de la retraite, bienveillant et solidaire, que la vie – qu'on imagine difficile – a rendu malade : femme décédée, travail épuisant... De son côté, Katie est une mère célibataire qui se bat pour ses deux enfants, quitte à se priver elle-même de nourriture. Obligée, même, de voler ses serviettes hygiéniques dans les magasins... C'est tout de même vachement misérabiliste.
En plus, Ken Loach monte le curseur à fond et n'épargne aucun cliché, jusqu'à pousser la jeune femme vers la prostitution et le vieil homme vers la mort, son cœur ne pouvant plus supporter une telle lutte acharnée. La conclusion du film est aussi pessimiste qu'attendue, surtout lorsqu'on connait la réputation de Ken Loach, souvent accusé de démagogie ou de manichéisme. De mon côté, j'aime beaucoup cet engagement presque militant, qui permet à Ken Loach de dénoncer les absurdités de notre société, mais il faut admettre qu'il n'y va pas avec le dos de la cuillère, et que c'est parfois un peu too much.
Bref, encore merci à Boris pour cette découverte. Je n'ai malheureusement été ni ému, ni choqué par cette histoire, car Ken Loach va exactement là où on l'attend, sans surprise. Mais j'ai été ravi de découvrir un autre film de ce cinéaste, dont la démarche est tout de même passionnante.