Mon petit renne est une série en 7 épisodes sortie l'année dernière. C'est l'histoire de Donny, un barman qui tente de percer dans le monde de l'humour sur scène, sans succès. Un beau jour, il offre gentiment un thé à une cliente, que celle-ci prend pour une déclaration d'amour. S'ensuit alors un harcèlement qui va échapper au contrôle de Donny. Ce récit autobiographique de l'acteur-réalisateur est prenant et surprenant, malgré quelques fautes de goût.
Mon petit renne est fascinant et stressant durant les trois premiers épisodes, où l'auteur met en scène les faits qui lui sont arrivés il y a quelques années. Je me suis senti tendu par l'atmosphère toxique créée par le personnage de Martha, dont la personnalité effraie dès les premières minutes. Richard Gadd, qui interprète et raconte ici sa propre histoire avec un sacré courage, utilise la voix-off pour renforcer le côté intime et personnel de cette démarche et ça fonctionne à merveille, au début. Toute la série est placée du point de vue de Donny : ses inquiétudes, ses traumatismes, mais aussi quelques pistes pour expliquer les raisons de ses actes parfois irrationnels. Mon petit renne fut clairement thérapeutique pour l'auteur et ça se ressent à chaque épisode, dans lesquels il se dévoile de plus en plus pour faire état de son parcours psychologique.
L'épisode 4, ensuite, fut particulièrement difficile et dérangeant à regarder. Malgré une réalisation très soignée, Richard Gadd en montre trop, ce qui place le spectateur dans une situation d'inconfort prononcé. Ce côté exhibitionniste flirte avec le glauque, j'ai ressenti comme une rupture avec le contrat initial. En effet, je m'étais doucement laissé embarqué dans cette histoire de harcèlement insidieux. Basculer ainsi dans l'horreur fut déstabilisant et étrange. Une fois la série terminée, j'ai pu digérer tranquillement toutes ces informations et je reconnais que cet épisode fait sens : les décisions de Donny deviennent cohérentes. Malgré tout, j'y vois un manque de pudeur sur la forme.
Ensuite, la mise en scène a commencé progressivement à me lasser, notamment pour les trois derniers épisodes. A force de n'être centré que sur lui-même, Richard Gadd utilise des clichés du genre un peu datés, qui m'ont détaché du personnage principal. Je pense notamment à toutes ces séquences au ralenti, sur de la musique rock dans la veine de Supertramp ou Simon & Garfunkel (ils ne sont pas utilisés, mais vous voyez le style). Ces plans, focalisés sur Donny qui marche ou entre en introspection avec une voix-off qui décrit toutes ses émotions, deviennent systématiques à mesure que le récit avance. J'ai trouvé ça surfait, assez balourd. Ce genre de trucs me semblent éculés au cinéma depuis une petite dizaine d'années. J'ai donc un peu soupiré.
Les derniers épisodes sont tout de même de qualité, tout particulièrement la conclusion qui tente de dresser le profil psychologique de Martha (le message vocal est bouleversant) et montre que les traumatismes ne s'effacent jamais réellement. L'ensemble est aidé par la qualité du casting, exceptionnel du début à la fin. Richard Gadd s'en sort admirablement, accompagné par des acteurs secondaires tels que Nava Mau (géniale) ou Tom Goodman-Hill (flippant). Mais c'est évidemment Jessica Gunning qui tire son épingle du jeu : on a envie de compatir pour Martha puis, la seconde d'après, de l'étriper. L'actrice est sensationnelle et c'est grâce à elle si Mon petit renne m'a happé à ce point.
Petit bonus : l'adresse mail de Martha, dans l'épisode 1, n'est pas une "suite de chiffres aléatoires" comme l'annonce le personnage principal. Il s'agit de la célèbre suite de numéros de la série Lost : 4 8 15 16 23 42. Le clin d'œil était rigolo, mais totalement inutile, à part pour indiquer que Martha est "perdue" dans sa vie, tout comme Donny...
Pour conclure, Mon petit renne fait quelques erreurs (manque de subtilité, effets de mise en scène réchauffés), mais le récit est suffisamment intime et palpitant pour maintenir l'attention et la tension jusqu'au bout. Je vous la conseille si, comme moi, vous étiez passés à côté.