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Quelques films en vrac #70 - Deux longs, trois courts

Quelques films en vrac #70 - Deux longs, trois courts

       Dans cet article, parlons brièvement de deux films découverts récemment, ainsi que de trois courts-métrages qui valent le coup d'œil. 

 

Pluie noire (Shôhei Imamura - 1989)

Quelques films en vrac #70 - Deux longs, trois courts

      Ce drame japonais date de la fin des années 80, mais on pourrait croire que ce noir & blanc sublime vient tout droit des années 50. Pluie noire est une adaptation d'un roman de Masuji Ibuse à propos des hibakusha – les survivants du bombardement d'Hiroshima en 1945. On y suit Yasuko, une jeune femme de 20 ans qui, suite à l'explosion, passe au travers des retombées radioactives de la bombe : la "pluie noire". Cet événement aura des répercussions sur sa santé et le regard des autres.

      Visuellement, comme je l'écris plus haut, le noir et blanc est somptueux, avec un joli travail de certaines ombres et lumières. Mais la force du film réside davantage dans la description précise et documentée des effets de la bombe sur les habitants. À l'aide de flashbacks, Imamura reconstitue des témoignages authentiques de l'époque : des centaines de victimes qui déambulaient dans Hiroshima tels des fantômes, et dont la peau brûlée pendait en lambeaux comme des vêtements. Les images de ces êtres humains squelettiques et abasourdis sont choquantes. Le noir et blanc donne un aspect "images d'archives" qui rend l'ensemble d'autant plus percutant.

      En dehors de ces quelques scènes, le film veut surtout parler de la marginalisation sociale des rescapés, souvent exclus car considérés malades. Ces deux heures souffrent malheureusement de quelques longueurs ou répétitions qui allongent l'histoire inutilement, mais Pluie noire reste un film important en mémoire de ces hibakusha. Je vous le conseille fortement.

 

Manhattan (Woody Allen - 1979)

Quelques films en vrac #70 - Deux longs, trois courts

      Je n'avais vu que la filmographie "récente" de Woody Allen (c'est-à-dire 6 ou 7 films post-2000), et je n'ai jamais été vraiment convaincu par son cinéma. J'ai longtemps cru – comme on s'évertuait d'ailleurs à me le dire – que je préfèrerais ses débuts de carrière, c'est donc confiant que j'ai inséré le DVD de Manhattan dans le lecteur. Malheureusement, je ne comprends toujours pas l'engouement. Manhattan, en dehors du célèbre (et joli, certes) plan sur le pont, est davantage une succession de dialogues qui se veulent intellectuels, mais qui ne sont finalement que les errances sentimentales d'un pauvre type.

     Le cœur du récit pose d'emblée un problème qu'on ne peut plus négliger 45 ans plus tard : il s'agit ici d'une relation entre un quadragénaire et une gamine de 17 ans qui sort tout juste du lycée. Même si Woody Allen prend régulièrement soin de remettre en question cet écart d'âge, grâce aux doutes de son personnage ("quand même, elle n'est pas mûre !"), Manhattan finit malgré tout par en faire une idylle romantique, jugée parfaitement saine et jolie. Isaac / Woody Allen est présenté avec une indulgence qui frise l'auto-justification, et ça en devient très rapidement gênant. Mariel Hemingway, tout juste 17 ans lors du tournage, semble ne pas vraiment savoir où se mettre. 

     De toutes façons, même en passant sous silence cette "romance" problématique, tout cet entre-soi intellectuel et bourgeois m'a gonflé. Entre les références littéraires et artistiques en veux-tu en voilà, difficile de se mettre de bons dialogues sous la dent. Tout est vide, et mon image de Woody Allen ne s'est pas améliorée avec ce film : ça ressemble juste à de l'égocentrisme, de l'autosatisfaction. Restent quelques belles images de la ville, grâce à la photographie de Gordon Willis, et une Meryl Streep délicieuse mais bien trop rare (quelques minutes de présence, tout au plus).

     Bref, je tenterai sans doute Annie Hall un de ces quatre, mais si le verdict est le même, alors j'abandonnerai totalement la filmographie de ce cinéaste largement surcoté.

 

Storytime (Dylan Clark - 2024)

Quelques films en vrac #70 - Deux longs, trois courts

      7 minutes, une idée glaçante : l'univers du court-métrage me passionne de plus en plus. Storytime, c'est l'histoire d'une jeune femme qui écoute un podcast. Tout se passe bien, jusqu'à ce que le narrateur se mette à décrire ses moindres faits et gestes... Je ne vais pas en dire plus, mais je vous conseille de jeter un œil à ce court qui, en plus d'être original, est doté d'une mise en scène très soignée. 

 

 

Home Movies (Dylan Clark - 2020)

Quelques films en vrac #70 - Deux longs, trois courts

      Une fois de plus, une brillante idée de Dylan Clark qui, en 5 minutes à peine, m'a tétanisé. Une femme regarde des vidéos qu'elle a prises avec son caméscope. Ce moment sympathique se transforme en vent de frayeur lorsque l'image change : elle n'est pas seule dans la pièce, mais la chose qui avance vers elle n'est visible que sur l'écran... Ici, l'horreur vient de la double position de l'entité menaçante : visible sur l'écran, mais invisible dans la pièce. L'idée est simple mais terriblement efficace. 

 

 

The Changing Room (Sam Evenson - 2022)

Quelques films en vrac #70 - Deux longs, trois courts

      Je termine avec ce court-métrage de 5 minutes au concept original et inventif. Une femme se retrouve dans une cabine d'essayage un peu particulière : elle est entre deux miroirs qui se font face et qui multiplient son image à l'infini. Si l'endroit l'intrigue au départ, l'angoisse va rapidement monter lorsqu'elle va découvrir ce qui se tapit dans cette cascade infinie... et qui s'approche doucement. Encore une fois : simple et efficace, The Changing Room va droit au but et fournit le petit frisson qu'on attend. J'ai beaucoup aimé.

 

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R
Très sympa de nous proposer des court-métrages, et l’horreur se prête bien au format court, ça donne envie.<br /> J’ai aussi vu Pluie Noire et Manhattan, assez peu de souvenirs du deuxième, et pour le premier, si je ne savais pas qu’il était sorti juste avant ma naissance, je l’aurais daté des années 60, pour le ton général et le noir et blanc ! J’ai plutôt le même souvenir d’un récit bien mené mais avec des longueurs sur un sujet important. À voir dans tous les cas !
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S
Exactement, le format court permet de bons pitchs d'horreur, idéal pour éviter les films à rallonge qui n'ont pas d'autres idées que leur concept... J'aime bien m'en mater quelques uns de temps en temps, surtout lorsque je n'ai pas le temps de voir un long-métrage !