Wouaw, que c'était mauvais. Le synopsis de cette romance dramatique réalisée en 2022 était pourtant intrigant : une jeune femme vivant dans les marais est accusée de meurtre par une communauté qui aime colporter des rumeurs à son propos. Ce film "à énigmes" (hum...) est d'une niaiserie à toute épreuve, enchaînant cliché sur cliché durant deux heures. On souffle, on soupire. Tout le temps.
Cet article spoile toute l'intrigue.
Là où chantent les écrevisses est un film qui coche toutes les cases du mélodrame lisse, immobile et artificiel. Le scénario accumule les clichés les plus lourds du genre : petite fille battue par son père odieux, puis abandonnée au milieu de la nature, harcelée par toute une ville sans raison. Mais Kya est pleine de courage, et d'une pureté inégalable. Voyez, elle aime les papillons, les oiseaux, les coquillages, au point de les dessiner et d'en publier des livres.
Elle rencontre un joli garçon extrêmement gentil, avec qui elle échange son premier baiser au ralenti au milieu d'un tourbillon de feuilles mortes, avant d'être à nouveau abandonnée et de se rabattre sur un autre garçon beaucoup moins gentil. Celui-ci est violent, stupide, agressif, il ne respecte pas ses limites et souffre d'une absence de délicatesse, de sensibilité. Il se moque ouvertement de sa passion pour la nature et les animaux, puis lui ôte sa virginité en à peine quatre va-et-vient. Bref, le blaireau basique. Pourtant Kya, la jeune femme débrouillarde, forte, "spéciale", ne va jamais vraiment se révolter contre ce type. Ah si, une fois, mais ça sera hors-champ, dans une révélation finale complètement ridicule. D'ailleurs, mon seul plaisir de ces 5 dernières minutes fut de retrouver Sam Anderson (Bernard dans Lost). Car le "twist" n'en est pas un : il est ronflant et attendu depuis le tout début.
Concernant le tribunal, les clichés vont également bon train : chaque réplique de chaque témoin est accompagnée de "ooooh" de l'audience, les tirades d'avocats ont déjà été entendues mille fois, c'est ennuyeux et ça manque cruellement d'originalité, de tension, de révélations. La mise en scène, elle aussi, est si banale qu'elle ne sert jamais particulièrement les enjeux dramatiques. Là où chantent les écrevisses est un film d'une platitude extrême, où chaque événement est téléphoné et, pire que tout : rien ne sort des sentiers battus. Tout est décrit ou décrété avec de gros sabots : des silhouettes sous le soleil ou sur la plage pour montrer l'amour, un personnage féminin sans profondeur, qui court à travers la forêt avant de lâcher un cri de désespoir qu'elle retenait jusqu'alors... Kya n'existe jamais : elle ne doute pas, elle ne se révolte pas, elle subit juste les événements qui lui arrivent sans réfléchir, sans comprendre. Les personnages masculins, eux, font partie des plus caricaturaux que j'ai pu voir : un garçon merveilleux et gentil contre un autre, méchant et menteur. Aucune relation ne sonne juste. C'est mièvre, c'est faible.
Même Daisy Edgar-Jones est mauvaise, et c'est à mon goût le pompon. L'actrice britannique m'avait ému aux larmes dans Normal People, où je l'avais découverte. Elle avait été pour moi une immense révélation et j'attendais avec impatience son interprétation. Malheureusement, j'ai vécu un ascenseur émotionnel catastrophique. La comédienne surjoue en permanence, tout simplement. Mais ce n'est pas de sa faute : elle est extrêmement mal dirigée et elle n'a rien pour lui permettre de briller : répliques débiles, scènes d'une lourdeur accablante, personnage lisse et inoffensif. On s'emmerde sec.
Bref, Là où chantent les écrevisses est un film dramatique, dramatiquement mauvais, où les personnages n'ont aucune profondeur, où les musiques n'ont aucune puissance émotionnelle, où le récit est vide de tension, affreusement plat. Déçu d'avoir perdu deux heures devant ce truc.