La moitié des films proposés lors de ce concours ont été visionnés, et le choix des gagnants s'annonce déjà extrêmement difficile. J'ai apprécié ces dix premiers films de manière quasiment égale et je n'ai pour le moment aucune idée précise des vainqueurs potentiels. Baby Driver m'a été conseillé par Jim. C'est un film que je souhaitais voir depuis sa sortie en salles en 2017 et je l'ai adoré. Merci pour ta participation !
Baby est un jeune homme solitaire et silencieux. Il a une dette envers un chef de gang de braqueurs (Kevin Spacey), pour qui ses talents de chauffeur sont une aubaine : Baby conduit comme un as et nul n'est meilleur que lui pour semer la police à la sortie d'une banque fraîchement braquée. Lorsque Baby rencontre Debora, une serveuse pour qui il s'éprend, son désir de changer de vie se fait de plus en plus urgent.
Quand on voit la scène d'introduction de Baby Driver, il est impossible de ne pas penser à celle de Drive, 6 ans plus tôt. Le personnage est similaire (mutique, solitaire, conducteur hors pair), et le spectateur est plongé dès la première seconde dans son univers et son activité. Rien ne vaudra jamais l'ouverture de Drive, ce sont dix minutes de perfection, mais celle de Baby Driver ne démérite pas. Dans un style plus énergique et musical, Edgar Wright rend hommage au film de Winding Refn sans tenter de le copier.
Ansel Elgort n'arrive pas à la cheville de Ryan Gosling dans ce rôle (d'ailleurs, l'acteur est à mon goût un point faible du film), mais la mise en scène du réalisateur de la trilogie Cornetto est hyper cool : chorégraphiée, synchronisée avec la musique. Tout le sel de Baby Driver réside dans la BO et le rythme, ce qui rend le visionnage du film particulièrement ludique, voire jouissif par moments. Outre les scènes de course-poursuite, superbement montées, nerveuses, Edgar Wright nous offre des fusillades uniques en leur genre en calquant les bruits des tirs sur la musique. C'est presque une comédie musicale pour flingues, j'ai adoré l'effet.
Même les séquences plus calmes deviennent cool grâce à la mise en scène élégante d'Edgar Wright, je pense notamment à quelques plans-séquences dont celui du générique de début, lorsque Baby arpente les rues avec 4 cafés dans la main. Le montage est lui aussi malin, avec des transitions rapides et efficaces qui permettent au récit de ne pas s'éterniser : Baby entre dans une pizzeria pour postuler à un job, et ressort la seconde suivante en tenue de livreur, c'est fluide et on ne perd pas de temps.
Là où le film pêche un peu, c'est plutôt en termes de casting et d'écriture de certains dialogues. Déjà, le couplet du jeune prodige tenu en otage par un mafieux, interdit d'accéder à la vie de ses rêves, etc, est assez cliché, c'est dommage. Kevin Spacey ne surprend pas beaucoup dans ce rôle, finalement assez lisse. Quant à Ansel Elgort, on ne peut pas dire qu'il soit particulièrement fascinant. Même s'il parvient à rendre son personnage cool et impressionnant par son calme et sa force silencieuse, j'ai eu un peu de mal à entrer en empathie avec lui.
Par contre, Edgar Wright fait tout ce qu'il faut pour créer de l'émotion et ça fonctionne par moments. Par exemple, les scènes de flashback en début de film sont magnifiques et inattendues pour un film de ce genre. Malgré tout, il manque une étincelle chez l'acteur, dont les expressions m'ont semblé bien fades. Autre élément étrange : on ne comprend pas trop pourquoi Baby n'est jamais intégré à la bande, constamment moqué ou chamaillé par les autres. Ça n'a pas trop de sens.
Pour continuer à parler des personnages et du casting, j'ai trouvé les braqueurs très stéréotypés et sans intérêt. Jon Hamm et Eiza González sont des clichés ambulants, notamment cette dernière dans un numéro de petite-amie impulsive et sexualisée. Ce sont des archétypes de criminels instables et sexy, qui ne surprennent pas vraiment. Il manque l'humour et le décalage nécessaires pour justifier toute cette caricature, et c'est étonnant de la part d'Edgar Wright, pourtant habitué des parodies. De même, Jamie Foxx exagère tous les traits du bad boy imprévisible mais sans nuance, avec beaucoup de surjeu. J'aurais aimé voir ce qu'une inversion des rôles aurait pu donner (Jamie Foxx en Buddy et Jon Hamm en Bats).
Néanmoins, il y a Lily James. Je ne connaissais pas du tout cette actrice, que j'avais simplement aperçue dans Broken de Rufus Norris (son premier film). Ici, elle apporte énormément de charme – et d'âme ! – à cette intrigue : chacune de ses apparitions est un délice. Elle est pétillante, émouvante, et je n'ai pas pu m'empêcher de penser à Shelly dans Twin Peaks. Tout comme Shelly, Debora est une jeune femme pleine de rêves qui travaille dans un diner mais souhaite être arrachée à cette vie, et la ressemblance entre Lily James et Mädchen Amick est frappante. J'ignore si cette référence était voulue par Edgar Wright, mais je n'ai vu que ça pendant deux heures. Et j'ai adoré ça.
Bref, malgré quelques faiblesses d'écriture ou de casting, Baby Driver est un film d'action solide qui m'a apporté beaucoup de plaisir. On est loin de la classe et de la tension de Drive, ou de l'humour de la trilogie Cornetto, mais Edgar Wright se distingue par l'élégance de sa mise en scène et certaines idées géniales (synchronisation musique / action). Merci encore à Jim pour cette agréable découverte !