Je poursuis et termine sur cette thématique de la pédophilie au cinéma, histoire de passer en revue des œuvres qui ont traité – plus ou moins bien – ce sujet au cours des décennies.
Certains films de cette sélection ont été particulièrement difficiles à regarder, et pas toujours pour les bonnes raisons. Il y a une différence entre dénoncer des choses choquantes... et choquer réellement en les exploitant. Parfois, le cinéma est beau, et parfois il est simplement dégueulasse.
La petite (1978)
de Louis Malle
Rentrons dans le vif du sujet et débarrassons-nous dès le début de La petite, signé Louis Malle. On y suit l'histoire de Violet, 12 ans, qui vit avec sa mère prostituée dans un bordel de La Nouvelle Orléans, jusqu'à suivre la même voie qu'elle.
La petite fait partie de ces films que certains regardent avec bienveillance parce qu'il appartient à une autre époque et que les mœurs ont changé (blablabla). Pour moi, c'est tout simplement du cinéma de tordu. Brooke Shields, 11 ou 12 ans lors du tournage, est sexualisée à chaque minute, à tel point que j'ai dû passer certaines séquences en avance rapide car ça devenait trop abject à regarder. Tout comme Ariel Besse dans Beau-Père de Bertrand Blier, la très jeune actrice est montrée nue à de multiples reprises. La caméra se pose sur elle, et la pauvre enfant est tenue de prononcer des répliques inappropriées pour son âge, d'embrasser des adultes, et rien de tout ceci n'est remis en cause par qui que ce soit dans le récit. La mère de l'enfant l'encourage, la forme. Tous les hommes adultes la désirent du regard, puis la gosse se marie avec l'un d'entre eux, dans le plus grand des calmes.
Derrière la caméra, on ne peut imaginer qu'un regard pervers, ce qui rend le visionnage profondément difficile à soutenir. Je m'interroge sincèrement sur la santé mentale des critiques qui apportent des louanges à ce truc.
Noce Blanche (1989)
de Jean-Claude Brisseau
On continue avec les gamines exploitées au cinéma avec, cette fois, un film bien plus subtil que le précédent. Noce Blanche est plus intéressant, car cette relation entre un professeur de 50 ans et une lycéenne de 17 ans aborde la psychologie des personnages à travers quelques discussions.
Le film, en réalité, est plutôt bon, car la validité de cette relation amoureuse est constamment remise en question : par la femme de François, par ses collègues, mais aussi par lui-même. Cet enseignant est jugé durant tout le film et le dénouement ne sera d'ailleurs pas heureux, ce qui rend le message plus digne.
Malgré tout, on en revient à la même chose : Vanessa Paradis est montrée totalement nue à l'écran, à l'âge de 16 ans, et ça reste un problème d'envergure. Je sais que la protection des mineurs sur les tournages n'avait rien à voir avec celle qu'on connait aujourd'hui, mais ça n'excuse rien. Il faut remettre en question, il faut changer d'attitude face à ce genre de choses. Il faut cesser d'apporter ce regard nostalgique sur les films de l'époque, j'en ai marre de lire que "c'était normal il y a 40 ans".
Ce genre de films montre simplement que certains cinéastes profitaient de leur statut pour avoir une emprise sur leurs actrices. Impossible de regarder Noce Blanche sans avoir à l'esprit que Jean-Claude Brisseau a été condamné en 2005 pour harcèlement sexuel contre deux comédiennes.
Malgré tout ça, Noce Blanche est tenu par deux acteurs brillants, notamment Vanessa Paradis qui incarne à merveille cette adolescence insolente, cette vie détruite par une enfance difficile. Contrairement à Beau-Père ou La petite, on ressent ici toute la détresse psychologique de cette jeune fille, et les yeux de Paradis font passer beaucoup d'émotion.
Grâce à Dieu (2019)
de François Ozon
Pour ces trois derniers films, on termine cette rétrospective glauque en parlant de pédophilie contre les petits garçons. Grâce à Dieu revient sur l'affaire Preynat / l'affaire Barbarin qui se penche sur les actes pédophiles au cœur de l'Eglise.
Cette fois-ci, pas de dégueulasserie à l'écran, pas d'acteurs-enfants exploités. François Ozon prouve qu'on peut parler de pédophilie et d'actes odieux sans jamais les montrer. En 2h15, le réalisateur retrace la création de l'association La Parole Libérée à Lyon, qui a permis de réunir plusieurs victimes de Bernard Preynat de le traduire devant la justice à partir de 2016.
Grâce à Dieu est passionnant et porté par un casting exceptionnel. Ozon étudie trois victimes en découpant son film en trois parties. D'abord, les prémices de La Parole Libérée avec la première plainte (Alexandre, joué par Melvil Poupaud), puis la création de l'association avec François (Denis Ménochet), pour finalement se pencher sur une troisième plainte (Emmanuel, interprété par Swann Arlaud). Chacun des trois comédiens est absolument brillant dans son registre – je suis, à chaque fois, toujours plus impressionné par les multiples talents de Denis Ménochet.
La mise en scène est sublime, le montage est malin et Grâce à Dieu a permis de mettre sur le devant de la scène l'affaire Barbarin, pile au moment où les jugements allaient avoir prononcés (le film est sorti en février 2019, Barbarin a été condamné en mars 2019 et Preynat en mars 2020). Un superbe film.
La classe de neige (1998)
de Claude Miller
Avec La classe de neige, ce n'était pas la première fois que Claude Miller parlait de pédophilie au cinéma. En 1981, dans son chef d'œuvre Garde à vue, un homme était interrogé pour le viol et meurtre de deux fillettes. Ici, le cinéaste aborde le sujet de l'intérieur, en se concentrant sur un jeune garçon qui semble mal dans sa peau : timide, sujet à l'énurésie, Nicolas se retrouve en classe de neige et les symptômes de ce qu'il vit chez lui se font de plus en plus ressentir.
La classe de neige est un film spécial, avec un montage et des choix visuels très particuliers. Les séquences de rêves, notamment, sont étranges à regarder et le spectateur est rapidement mal à l'aise devant le mal-être que semble subir ce petit garçon. Rien n'est explicite, car Nicolas ne parle quasiment pas, mais tout dans son attitude montre que quelque chose ne va pas. À travers quelques flashbacks, on comprend rapidement la source de toute cette gêne, jusqu'à un dénouement paradoxalement attendu et surprenant.
Bref, Claude Miller signe ici un film fascinant mais aussi un peu désagréable.
Black Phone (2021)
de Scott Derrickson
Là, c'est une surprise totale. Ça faisait plusieurs années que je voyais passer l'affiche de Black Phone, et qu'elle ne me donnait pas du tout envie. J'imaginais un film d'horreur à la con, sans originalité, sans âme. Et pourtant, il s'agit en réalité d'un excellent thriller.
Black Phone, c'est l'histoire de Finney, un garçon de 13 ans qui se retrouve kidnappé par un sadique qui a déjà enlevé plusieurs garçons dans la région (on ignore s'il s'agit d'un pédophile, mais c'est plus ou moins suggéré). Dans un sous-sol insonorisé, l'adolescent doit trouver un moyen de s'en sortir sans réveiller la bête qui se cache derrière le masque de son ravisseur. À sa disposition : un matelas, des toilettes rudimentaires, et un vieux téléphone qui n'est pas branché. Pourtant, dès son arrivée, l'engin se met à sonner : les précédentes victimes de l'Agrippeur veulent aider Finney...
Le film est tellement original que j'ai eu envie de le faire passer dans mon top 500. J'ignore si cette décision tiendra dans le temps, mais je pense que le film le mérite, surtout à une époque où les films d'horreur sont devenus si superficiels. Black Phone est malin, très bien ficelé, il mélange fantastique et thriller avec habileté. Et c'est sans parler du casting, franchement génial : Ethan Hawke est flippant sous les traits du tueur, et le jeune Mason Thames m'a époustouflé durant 90 minutes. Il incarne à la perfection ce gosse cool et intelligent, j'étais à fond avec lui de la première à la dernière minute.
Bref, Black Phone est très réussi, avec une belle ambiance qui m'a rappelé Split de Shyamalan. Je vous le recommande.