Dans cet article, parlons de quatre films qui méritent largement le coup d'œil : un thriller énigmatique qui offre (enfin !) un grand rôle à Rose Byrne, un film d'horreur bien mené, une comédie en plan-séquence sur fond de boucle temporelle, et un court-métrage d'une réalisatrice prometteuse.
If I had legs I'd kick you
Une thérapeute débordée doit gérer seule une vie de plus en plus impossible. Epuisée par la mystérieuse maladie de sa fille, mais aussi par ses relations professionnelles éprouvantes, la charge mentale de Linda s'amplifie lorsque sa maison subit un catastrophique dégât des eaux, provoquant un trou béant dans le plafond de sa chambre.
J'ai eu envie de voir If I had legs I'd kick you depuis l'annonce de sa sortie. Outre le scénario qui s'annonçait passionnant sur le plan psychologique, le film m'attirait principalement pour Rose Byrne. Ça faisait plusieurs années que j'attendais qu'elle brille dans un rôle principal. En effet, l'actrice a une carrière plutôt discrète, parsemée de seconds rôles intéressants certes, mais rarement à la hauteur de ses talents.
Ici, Rose Byrne est magistrale, d'autant qu'elle tient le film sur ses épaules. Linda est un personnage crédible, attachant, fragile, pleine de contradictions. La réalisatrice et scénariste Mary Bronstein choisit de placer Rose Byrne au centre de toutes les scènes, occultant volontairement d'autres personnages importants, comme la fille malade de Linda. Le choix de dissimuler le visage de l'enfant durant 1h50 est extrêmement malin : Linda ne voit plus sa fille comme une personne à part entière mais plutôt comme une charge du quotidien. Elle voit les machines qui supportent médicalement sa fille, elle fuit les médecins qui semblent vouloir l'accabler, elle subit le gérant du parking qui ne lui simplifie pas la tâche. Mais sa fille, elle, n'existe plus vraiment.
Pour couronner le tout, If I had legs I'd kick you est traversé de séquences plus oniriques, proches de l'horrifique, dans lesquelles on comprend subtilement que Linda a eu une relation difficile avec sa propre mère. Rien n'est réellement montré, mais j'ai adoré toutes les scènes suggestives qui nous plongent dans une sorte de cosmos enivrant, où dansent de petits lueurs orangées. Elles apportent au film une saveur toute particulière, c'était absolument fascinant.
Et puis, bien sûr, d'autres scènes nous tétanisent sur place, comme celle du "tuyau" (je n'en dis pas plus), qui montre à quel point Linda est terrassée par sa charge mentale. La séquence finale sur la plage va également me rester en mémoire pour sa puissance. C'est fort.
Bref, je vous conseille le visionnage de If I had legs I'd kick you, qui aurait très bien pu finir parmi mes coups de cœur.
Hokum
Emballé par une vidéo de François Theurel qui donnait envie de découvrir Hokum, je me suis lancé dans le visionnage de ce thriller d'épouvante très bien construit. Hokum, réalisé par Damian Mc Carthy, m'a rappelé des histoires à la Stephen King : un écrivain recherche le calme dans une auberge en Irlande pour avancer sur son roman, mais aussi pour disperser les cendres de ses parents, qu'il a conservées durant des années. Très vite, Ohm Bauman se rend compte que l'hôtel est moins calme que ce qu'il espérait...
J'avais peur d'Adam Scott, comédien qui ne me passionne pas franchement, mais ce fut une belle surprise. L'acteur interprète ici un romancier désagréable qu'on a envie de détester immédiatement, avant de comprendre progressivement les raisons qui l'ont poussé à devenir aussi acariâtre. Hokum fonctionne parfaitement sur le plan de l'horreur, il est parcouru de scènes tantôt mystérieuses, tantôt terrifiantes. Le côté huis clos du film est un atout considérable, d'autant que ce décor d'auberge hantée est presque claustrophobique.
Là où Hokum pêche, ce n'est pas vraiment dans son atmosphère très réussie, mais plutôt dans son scénario hasardeux, qui nous mène sur différentes pistes sans vraiment s'affirmer. La conclusion du film m'a déçu, mais l'ensemble tient tout de même en haleine et je recommande le visionnage du film sans hésiter.
Deux minutes plus tard
Agréablement surpris par le vent de fraîcheur qu'avait apporté En boucle au cinéma l'année dernière, j'ai eu envie, un an plus tard, de découvrir le précédent film de Junta Yamaguchi. Deux minutes plus tard propose en effet un concept complètement fou qui mérite le détour. Tourné en (faux) plan-séquence, le film qui dure 1h10 est absolument impressionnant de maîtrise, notamment dans le minutage des différentes séquences. Un petit mind fuck comme on les aime.
L'histoire est simple : Kato, propriétaire d'un petit café à Kyoto, découvre que l’écran de son ordinateur affiche ce qui se passera exactement deux minutes dans le futur. Lorsqu'il tente de comprendre ce phénomène avec ses amis, ils réalisent qu'ils peuvent communiquer avec leurs versions futures. Mais jouer avec le temps devient rapidement plus compliqué qu'il n'y paraît : chaque action entraîne de nouvelles conséquences, créant un jeu vertigineux entre présent et futur, le tout en temps réel et en plans-séquences ! Le film mélange ainsi science-fiction, comédie et concept temporel complètement fou, véritable puzzle à dénouer pour le spectateur.
D'ailleurs, le concept est un casse-tête pour le public, mais je n'ose imaginer à quel point il a dû être délicat de mettre en place l'écriture du scénario et, surtout, le tournage du film. Le générique final montre quelques images d'un making of que j'adorerais découvrir dans une version complète : le tournage était chronométré à la seconde près... en putain de plan-séquence ! Ou plutôt en 6 ou 7 plans-séquences, habilement raccordés pour donner l'illusion d'une action qui ne s'arrête jamais. À plusieurs reprises, j'ai minuté les différents intervalles d'action, et la plupart du temps, je comptais précisément 2 minutes entre la première action (visible sur les écrans des personnages) et les suivantes. C'est complètement dingue, et malin.
Deux minutes plus tard, en fait, est extrêmement similaire à En boucle. Ce sont des films qui misent toute leur trame sur une boucle de 2 minutes, qui sont construits en plans-séquences, dont l'humour fonctionne à merveille, mais qui restent finalement assez anecdotiques dans leur propos. Les personnages, en effet, ont peu de profondeur, ils servent davantage comme éléments de gags. Ceci dit, la conclusion de Deux minutes plus tard demeure tout de même très charmante.
Je vous conseille En boucle et Deux minutes plus tard les yeux fermés, ce sont des films-concepts ludiques et amusants. J'ai hâte de voir comment Junta Yamaguchi va pouvoir se renouveler pour la suite de sa carrière.
Tuesday
Lors de mon revisionnage d'Aftersun, j'étais tombé sur le premier film de Charlotte Wells dans les bonus du DVD : Tuesday est un très joli court-métrage de 11 minutes que je vous invite à découvrir. Il s'agit d'Allie, une adolescente de 16 ans qui a pris pour habitude d'aller chez son père tous les mardis soirs. Tuesday contient déjà les prémices d'Aftersun, que ce soit dans les thématiques comme dans la sensibilité de la mise en scène. Un court-métrage fabuleux.