Un instituteur est accusé de violence et de racisme envers l'un de ses élèves. L'affaire prend rapidement une ampleur médiatique. Malgré le sujet passionnant, le nouveau film de Takashi Miike manque cruellement de subtilité.
Je me faisais une joie de découvrir ce film japonais car je m'attendais à un thriller tendu et rusé sur la parole d'un professeur face à de graves accusations. Après un premier quart d'heure très chargé en scènes exagérées voire ridicules (musique dramatique appuyée, comportement du personnage complètement invraisemblable), Sham prend une autre tournure en proposant un deuxième point de vue. J'ai alors cru que le film allait s'engager dans une affaire trouble et ambiguë, où la vérité serait difficile à cerner. Mais ce n'est absolument pas le cas, car Takashi Miike ne laisse aucune place au doute.
L'innocence de ce professeur est indiscutable, il s'agit d'un homme dévoué et très gentil (trop). Face à lui, une mère au regard froid et aux allures de psychopathe, ainsi qu'un directeur d'école et son sous-fifre qui cochent tous les stéréotypes du genre : pas de vagues, pas de soutien, blablabla.
C'est bien là le problème principal de Sham : rien n'est crédible et les personnages sont tous exagérés puissance mille, afin que le spectateur comprenne bien la situation dans laquelle se trouve Yabushita. Tous sont lisses et barbants, car ils n'ont qu'un seul trait de caractère, sans aucune forme d'évolution. Yabushita est le cliché du professeur gentil et accusé à tort, tellement dépassé par les événements qu'il choisit de tout avouer sans trop broncher. À chaque fois qu'il veut prendre la parole, sa direction le coupe ou parle à sa place, et au bout d'un moment j'avais juste envie de me barrer de la salle car l'inaction du personnage principal est insupportable.
Ritsuko Himuro est incarnée par Kô Shibasaki, terriblement mauvaise en femme inexpressive et manipulatrice. Son personnage n'a aucun intérêt et on peine à comprendre le but de sa manœuvre. La conclusion du film ne nous aiguillera pas davantage : tout est centré sur les preuves de l'innocence de Yabushita mais la psychologie des parents accusateurs n'est absolument pas abordée. C'est comme ça, elle est méchante et folle, et puis c'est tout.
Tous les personnages secondaires souffrent du même traitement. On a droit au cliché de l'avocat magique (et gratuit) qui va oublier toutes les piles de dossiers de son bureau pour se concentrer sur cette affaire en trouvant des failles miraculeuses. À aucun moment il ne doute de son client, pas même lors de leur première rencontre. C'est un sauveur, et puis c'est tout. Je continue avec le médecin peu consciencieux qui s'assoit sur les protocoles de protection de l'enfance sans aucune raison. Et je ne parle même pas des médias et des journalistes, évidemment vus comme de vulgaires machines à scoops sans scrupules.
Sham est tristement raté, et ce n'est pas la mise en scène de Takashi Miike qui sauve les meubles : certains plans ou mouvements de caméra n'ont aucun sens. Les cadres sont faussement intelligents, j'ai eu l'impression d'entendre le cinéaste me chuchoter durant tout le film : "T'as vu, j'ai placé ma caméra ici, comme ça le directeur de l'école est sous une lampe et ça a vraiment du sens !".
Et surtout, chaque action des personnages est surexpliquée en permanence par des dialogues qui se répètent, comme si le spectateur n'était pas capable d'émettre des hypothèses ou de formuler des conclusions tout seul. Tout est rabâché et exposé, il n'y aucune place à l'ambiguïté puisque tous les personnages sont figés et manquent de relief. On obtient alors un film plat, exagéré, et peu crédible. Très décevant.