Après quelques semaines de vacances, le blog aussi fait sa rentrée des classes. On reprend justement avec une leçon de cinéma signée Paul Thomas Anderson : There will be blood figurait dans ma liste des "films à découvrir d'urgence" depuis plus de 15 ans. Pas étonnant que ce chef d'œuvre soit aussi encensé.
La première réplique de There Will Be Blood n'arrive qu'au bout de 15 minutes, et la fréquence des dialogues ne fera qu'augmenter progressivement tout au long du film. Au début, Daniel Plainview travaille silencieusement dans la mine, il creuse la terre pour en puiser ses trésors. On nous montre le personnage dans son élément, sans vraiment le cerner. Puis, petit à petit, sa soif de pouvoir et son avidité se révèlent. Pour posséder la terre et ses richesses, il va devoir posséder les hommes, et c'est là que les dialogues interviennent.
There Will Be Blood ne parle pas vraiment de puits de pétrole, au fond, mais plutôt de la transformation d'un homme, de ce qu'il est capable de faire pour devenir puissant et riche. On peut rapprocher Daniel Plainview de Walter White dans Breaking Bad, car les deux personnages ont la même trajectoire et le même destin. Ils en veulent toujours plus, tentent d'écraser les autres, et finissent par crouler sous l'argent mais au prix fort : les personnages sont seuls et méprisables.
Daniel Day-Lewis est évidemment exceptionnel dans ce rôle, le film a participé à lui donner ce rang d'acteur monumental. Il est d'ailleurs impossible de parler de There Will Be Blood sans mentionner sa performance lors de la scène de l'église, où son visage transpire à la fois la domination et l'humiliation. On ressent toute la violence intérieure du personnage, c'est magnifique.
Sa dualité avec le personnage de Paul/Eli Sunday est également passionnante grâce au jeu plus effacé et subtil de Paul Dano. Beaucoup moins théâtral, cet acteur a un don pour jouer les personnages ambigus et faussement innocents. Il faut dire que sa silhouette et les traits de son visage lui donnent cet air de petit garçon parfait en apparence, mais dont les intentions ne sont pas si claires. Chacun des deux personnages utilise des instruments différents pour tenter de dominer : Daniel Plainview est méprisable mais Eli Sunday aussi, car il est également capable de renoncer à ses principes religieux contre un petit pactole.
Côté casting, j'ai été ravi de revoir le visage de Kevin J. O'Connor (l'inoubliable Beni de La Momie), mais c'est bien le face-à-face Day-Lewis / Dano qui fait toute la force du film. La confrontation finale est un beau moment explosif, entre la rage débordante de Daniel Day-Lewis en plein monologue et la figure recroquevillée de Paul Dano en pleurs. Cette scène est une conclusion puissante et cohérente pour les personnages. Une fois de plus, ça se termine dans le sang.
There Will Be Blood n'épargne personne, il dénonce à la fois le capitalisme, la religion, l'Amérique, tout ça à travers un seul homme, rendu fou par le pouvoir et l'avidité. On ajoute à ça la musique de Jonny Greenwood, qui m'a souvent marqué pour ses ambiances presque horrifiques (Spencer), et on obtient bien un chef d'œuvre. Si je ne suis pas aussi emballé par la "PTA mania" que la plupart des cinéphiles, je dois bien admettre que There Will Be Blood est un grand film, que je placerais juste en dessous de Magnolia. Il me reste donc à voir Punch-Drunk Love et Phantom Thread, et j'en aurai enfin fait le tour.