Loin d'être ma trilogie préférée, je dois admettre que cette saga est prenante et représente pour moi l'un des meilleurs pavés d'action réalisés récemment. Une sacrée histoire avec un scénario parfait, un personnage principal en béton et de l'adrénalyne. Même si, contrairement à la tendance générale (visiblement), je préfère d'abord La Mémoire dans la Peau, puis La Mort dans la Peau, puis La Vengeance dans la Peau, ils sont pour moi tous les 3 d'excellents films bourrés de qualités.
Jason Bourne est un personnage atypique et attachant, parce qu'il ne sait absolument pas qui
il est, ayant perdu la mémoire suite à une balle dans la tête. Ce qui fait la force du film et du personnage, c'est que Bourne est un personnage voué à la solitude. Les seules personnes qui
connaissent les détails de sa vie sont les mêmes qui ont voulu le tuer et qui cherchent toujours à le tuer. Ainsi, il est obligé de découvrir la vérité par lui-même, en fouillant son passé à
partir des très minces indices mis à sa disposition. Qui plus est, comme le spectateur découvre tout en même temps que Jason Bourne, on est concentrés sur les maigres informations afin de
débrouissailler ce mystère avec lui. En plus, le scénario est fait de telle façon qu'on n'a aucun coup d'avance sur Jason Bourne (on ne sait pratiquement jamais rien avant lui), alors que lui a
souvent un coup d'avance sur nous concernant ses méthodes de recherche et de combat (entraînant de grosses surprises assez jouissives). C'est à mon avis ce système qui fait la plus grande force
de la saga. L'attention est d'autant plus canalisée que le scénario est parfois compliqué à suivre.
Et ce réalisme vient non seulement du caractère du personnage, mais aussi de la mise en scène brillante. Le montage
rapide et efficace offre des scènes d'une tension et d'un suspense hallucinants, comme les diverses courses-poursuites à travers les pays. Certaines scènes sont hautement improbables mais passent
comme des lettres à la poste, car le personnage principal est tellement doué et imparable que ses actes en deviennent crédibles. Et la crédibilité vient du fait qu'à aucun moment de la trilogie
on ne sait quel entraînement il a subi pour devenir aussi polyvalent : capable de se battre avec n'importe quel objet (même un magazine), de parler au moins 5 langues couramment, de réagir vite
et silencieusement, etc. Bref, toutes ces compétences liées aux montages et aux rythmes des films (qui donnent l'étrange impression que l'histoire se tourne en temps réel alors qu'elle s'étend
sur 3 ans) en font des thrillers haletants et fluides qui m'ont franchement attiré. Le seul réel défaut de réalisation est l'omniprésence de la caméra à la main. C'est certes une initiative
nécessaire pour marquer la rapidité de la trame et des combats, mais l'image en souffre parfois.
Le succès de La Mémoire dans
la Peau, en plus du scénario bien mené, réside indiscutablement dans la mise en scène. Doug Liman fait preuve d'une grande
virtuosité derrière la caméra qui donne un rythme effréné à la trame du film, celui-ci n'en devenant que plus puissant et énergique. C'est grâce à ce bon maniement de la caméra et des prises de
vue que le premier volet de la saga se démarque de ses suites, je trouve en effet Paul Greengrass en dessous pour les deux suivants. Ici, les
combats sont parfaitement bien filmés, de manière propre et concise, montrant toutes les capacités du personnage principal et de ses assaillants, tout en nous faisant entrer progressivement dans
ce monde très privé des services spéciaux. Le rythme essoufflé est parfois adouci grâce à des scènes plus sensibles, le scénario s'attardant discrètement sur la relation obligatoire entre Marie
et Jason. En résumé, même si le film est parfois difficile à suivre et qu'il ne faut pas le regarder en faisant autre chose, il représente pour moi une bonne petite référence en terme
d'action.
Mais Jason Bourne n'est efficace que s'il agit seul, et c'est seul qu'on le retrouve pendant le plus gros du film.
Cet épisode est lourd en révélations, avec des dialogues percutants, malgré quelques détails scénaritiques compliqués. Le film offre des scènes d'une tension et d'un suspense hallucinants, comme
la course-poursuite en taxi à Moscou à la fin du film, sublimement orchestrée. Cette séquence est peut-être l'une des meilleures du film car elle un peu grosse mais jamais ridicule (effet que
certains réalisateurs ne parviennent pas à rendre). Le nouvel adversaire de Bourne est donc joué par Karl Urban, qui fait un très bon boulot
et dont le personnage parvient à rivaliser avec Jason Bourne. C'est encore un détail très positif de la saga : le héros n'est pas exactement identifié à un "super-héros exceptionnel", puisqu'on
découvre qu'il existe des tas de personnages ayant les mêmes capacités que lui. Quant à la compagnie du héros, exit donc Franka
Potente, c'est l'actrice Julia Stiles qui prend la relève (encore une actrice qui peine à sortir mais qui pourrait bien
exploser au ciné) et apporte son lot de révélations à l'intrigue. Le film offre également une scène d'émotion extrêmement touchante (lors de laquelle Bourne va voir la fille de ses anciennes
victimes pour tout lui expliquer), servie par une musique de qualité, qui montre que cette saga a priori "bien formatée" et rapide laisse également place à l'émotion. Effectivement,
l'émotion et les baisses de tension sont rares et quand elles arrivent, on savoure. La conclusion du film sur fond de Moby est littéralement
jouissive, d'autant que Extreme Ways est l'une des musiques les plus planantes qui soient. Le dénouement de La Mort dans la Peau est riche en révélations et signe déjà le début de la paix pour Jason Bourne (oula, faut que je me
relise parce que "Jason Burne" ça le fait moyen).
A mettre dans les points (très) positifs : le retour de Julia
Stiles qui a un personnage à double tranchant toujours aussi intéressant. L'opposition entre Pamela Landy et Noah Vosen est également plaisante à suivre (même si le film insiste
parfois trop dessus, ce qui implique des longueurs évidentes). Mais surtout, toutes les révélations de la fin de la saga, qui permettent de mieux comprendre l'histoire de Jason Bourne. Cependant,
j'ai eu un arrière-goût un peu amer concernant la fin de cette histoire. En effet, on connait maintenant les origines de Jason Bourne (via une scène puissante que je ne vais pas révéler ici),
mais la question qui suit est inévitable : qu'en est-il de David Web ? Le personnage de Matt Damon a eu finalement "trois vies" différentes.
La troisième est celle de l'après perte de mémoire qui fait l'objet de toute la saga. La deuxième est celle de Jason Bourne version 1, "l'après-David Web" qui est dévoilée tout au long du film.
Mais il subsiste la première vie du personnage, celle qui m'intrigue énormément mais ne voit aucune réponse. Il me parait pourtant indispensable de savoir ce qui a poussé David Web à lâcher toute
sa précédente vie pour devenir quelqu'un d'autre, et c'est justement ce qui ne nous est jamais révélé. Légèrement dommage car je suis du coup inévitablement resté sur ma faim. Autre détail : il
nous est suggéré un instant que Nicky était importante dans la vie sentimentale de Jason Bourne (avant sa perte de mémoire), mais ce petit mystère qui semble faire souffrir Nicky n'est jamais
élucidé ou réglé. Cependant, le film est brillant et fort en émotion, et achève la saga sans grosse déception de ma part, d'autant que La Vengeance dans la
Peau se conclut encore sur Extreme Ways de Moby, qui me file
des frissons.