Il existe des films qu'il est impossible de transposer par écrit, et Stay fait partie de ces rares expériences exclusivement réservées au cinéma. C'est-à-dire qu'une bonne partie de sa trame et de sa construction sont dépendantes de la mise en scène et du montage. Le scénario assez simple intrigue dès le départ : un homme dépressif annonce à son psy qu'il va se suicider 3 jours plus tard. Celui-ci va tout faire pour en connaître les raisons et essayer de l'en empêcher, mais va faire des rencontres pour le moins étranges.

C'est également un bijou de mise en scène et d'ambiance. Certaines scènes sont visuellement tellement belles que je me demande encore comment un réalisateur peut avoir de si bonnes idées. Les gens qui n'ont pas aimé le film (ou pire : qui le critiquent parce qu'ils ne l'ont pas compris) qualifient souvent cette mise en scène de prétentieuse. J'ai beau me torturer l'esprit, je ne comprends pas comment on peut utiliser cet adjectif pour qualifier le travail d'un cinéaste. "Prétentieux" signifierait que le réalisateur aime utiliser tous ces talents et ses idées pour "montrer tout ce qu'il sait faire". Et alors ? N'est-ce pas l'un de leurs buts ? Si je vais au cinéma, c'est en partie pour admirer tout le savoir-faire de certains artistes comme Lars von Trier ou Terrence Malick qui sont souvent les cibles de ce genre de critiques. Pourtant mince : s'ils savent manier la caméra et s'ils ont de brillantes idées de réalisation, je veux évidemment voir tout ça, et pas me taper une mise en scène banale sous prétexte que ça fait plus modeste. D'autant qu'ici, cette mise en scène et le brillant montage (très impressionnant) sert totalement le bon déroulement du film. Mais passons. Stay offre des transitions fluides entre les scènes grâce à des artifices visuels magnifiques et brillants (comme de ceux qu'on a pu voir ensuite dans Mr Nobody). La fin du film, notamment, dispose d'un montage excellent, afin de donner à cette histoire toute sa dimension émotionnelle. Le film a également une atmosphère efficace, à la fois sombre et poétique, renforcée par les personnages troublés et troublants que j'ai adoré suivre pendant 1h40.