La saison 10 de Dexter (ou 11, selon les points de vue) vient d'être diffusée en France, et il fallait absolument en parler. Depuis la fin désastreuse de la saison 8 en 2013, la série a pris des directions pour le moins hasardeuses. En 2021, New Blood m'avait pourtant redonné espoir : Clyde Phillips, le showrunner des premières saisons (et de loin les meilleures, 1 à 4), reprenait enfin les commandes. Sur le papier, tout annonçait un retour aux sources. Et au début, j’y ai cru : cette nouvelle proposition m’avait franchement emballé. Mais la déception n’a été que plus grande. J’ai terminé New Blood avec une amertume encore plus forte que celle laissée par la conclusion bâclée de 2013. On nous avait vendu cette saison comme “la vraie fin”, censée offrir à la série la conclusion qu’elle méritait. Au final, ce n’était qu’une entourloupe, et je me souviens de mon énervement face à ce gros pétard mouillé.
Attention, je vais spoiler l'intégralité de la saison.
Dans Dexter Resurrection, le projet commence à devenir plus clair : il n'est plus question de chercher une "vraie fin" au personnage, mais plutôt de continuer tranquillement la série en développant de nouveaux arcs – Harrison, principalement. Dexter reste le personnage principal et ça tient complètement la route, d'autant que les fans de la première heure peuvent se satisfaire des différentes participations exceptionnelles que cette saison propose. En effet, dès le premier épisode, quelques têtes connues surgissent sous forme d'hallucinations, et ça fait plaisir de retrouver le Trinity Killer, Miguel Prado, ou encore Doakes (Surprise motherfucker !), même s'il ne s'agit que de quelques secondes. Quant à Harry, il continue d’accompagner son fils sous forme d’ange gardien tout au long des 10 épisodes, ce qui permet de préserver une partie de l’ADN originel de la série.
Parmi les personnages encore bien vivants, j'ai été comblé de retrouver Batista aux trousses de son ancien collègue. Ce personnage a toujours fait partie de mes petits chouchous et je trouve qu'il a été très bien écrit pour cette saison. Le chapeau va toujours aussi bien à David Zayas, et la conclusion de son personnage est globalement réussie. Pourtant, je dois l'avouer, j'en attendais davantage. J'avais rêvé d'une vraie confrontation, voire d'une longue discussion entre Dexter et Batista, mais nous n'avons finalement rien de plus que quelques secondes de retrouvailles et de vérités. Sa fin est touchante, certes, mais elle aurait pu – et dû – nous dévaster davantage. Un petit goût d'inachevé, encore.
De même, le retour de Quinn et Masuka est franchement décevant : on les aperçoit dans une ou deux scènes tout au plus. Je ne vois pas l'intérêt d'avoir réussi à ramener les deux acteurs, Desmond Harrington et C. S. Lee, si c'est pour les utiliser de la sorte. On peut espérer les revoir dans une prochaine saison, peut-être... Mais pour l'instant, le mot qui domine reste le même : frustration.
Malgré tout, si Dexter: Resurrection ne satisfait pas vraiment sur le plan de la nostalgie, cette saison possède de sacrés atouts. Uma Thurman et, surtout, Peter Dinklage, offrent une véritable valeur ajoutée à la série. L'actrice culte de Kill Bill est malheureusement sous-exploitée : elle reste en arrière-plan, presque secondaire, et c'est dommage. Par contre, le personnage de Dinklage est une brillante idée. Leon Prater, admirateur ultime des tueurs en série, est fascinant et apporte parfois une vraie tension. Côté montage, j'ai adoré les petites vignettes rapides juste après le générique, au début de chaque épisode : quelques images nous sont révélées en avance, accompagnées de cliquetis, ça donne l'eau à la bouche et l'idée est géniale.
Cependant, ce n'est pas suffisant. Je ne peux pas mentir : j'ai suivi Dexter Resurrection comme un fan de la première heure, et la saison est réussie dans son ensemble. Mais nous sommes bien loin du temps où Dexter était capable de me crisper nerveusement. A l'époque, Dexter marchait constamment sur un fil, à deux doigts de se faire repérer. Dans les saisons 1 à 4, la tension était palpable, chaque épisode était stressant. On craignait à chaque instant que le Bay Harbor Butcher soit démasqué. Aujourd'hui, cette intensité a disparu. Dexter est devenu pratiquement invincible : il sort de n'importe quelle situation sans risque, souvent grâce à des ficelles scénaristiques ridicules (un personnage qui intervient comme par magie, présent au bon endroit au bon moment). Dans cette saison, impossible d'avoir peur pour Dexter, il est tout-puissant, maîtrise tous les éléments... Trop simple, peu palpitant. Je regrette l'époque où il faisait des erreurs, emporté par sa rage ou son manque de contrôle. Là résidait l'adrénaline qui rendait la série unique.
Pour conclure, j'ai apprécié cette nouvelle saison de Dexter, mais il en faudrait beaucoup plus pour me satisfaire pleinement. Dans Resurrection, on dit au revoir à Batista sans émotion et je reste frustré par le manque de présence des anciens personnages. J'attends plus de rage émotionnelle dans la suite... pour un final explosif attendu depuis plus d'une décennie.