Vainqueur du dernier jeu du samedi, Boris The Blade m'a proposé de découvrir Sept ans au Tibet, qu'il me tardait de voir depuis ma jeunesse. Le travail de Jean-Jacques Annaud me touche à chaque fois de manière différente : traumatisme d'enfance avec L'ours, mystère et froideur avec Le nom de la rose, émotion avec Deux frères. Je ne savais donc pas exactement à quoi m'attendre avec Sept ans au Tibet, mais j'imaginais quelque chose dans l'esprit du Dernier Samouraï : le parcours d'un occidental propulsé dans une culture radicalement différente de la sienne.
Verdict : je remercie sincèrement Boris pour cette proposition. Ce fut une belle découverte, et surtout l’occasion de combler une lacune dans la filmographie de Brad Pitt.
Brad Pitt porte une grande partie du film sur ses épaules, mais Sept ans au Tibet va bien au-delà de la simple performance d'acteur. J'ai d'ailleurs été agréablement surpris de retrouver un deuxième visage familier : celui de David Thewlis. Ensemble, ils forment un excellent duo, incarnant deux alpinistes qui, durant la Seconde Guerre Mondiale, sont faits prisonniers en Inde avant de s'évader vers le Tibet.
Le récit est adapté du roman autobiographique d'Heinrich Harrer, mais Annaud ne signe pas seulement une fresque historique : il est aussi question de voyage intérieur, celui d’un homme arrogant et égocentrique confronté à une culture qui l’oblige à s’ouvrir aux autres et à évoluer.
Visuellement, le film est superbe, en grande partie grâce aux décors majestueux. Jean-Jacques Annaud nous sert de grands panoramas de "l'Himalaya" – entre guillemets puisque le tournage a été réalisé en Argentine et au Canada. La production, confrontée à des pressions diplomatiques, n'a pas été autorisée à filmer sur place. Cela n'empêche pas l'immersion, avec des plans de grande ampleur et une photographie très soignée, d'autant que la musique de John Williams renforce le côté contemplatif. De ce point de vue, j'ai absolument adoré la première moitié de Sept ans au Tibet, axée principalement sur l'errance des deux personnages au milieu d'étendues désertiques.
La dernière partie du film m'a moins convaincu. Bien que ce voyage initiatique d'Heinrich Harrer est moralement passionnant – le personnage s'assagit au contact des tibétains et de leur philosophie –, j'ai ressenti certaines longueurs. Sa relation avec le jeune Dalaï Lama aurait mérité plus de puissance émotionnelle, et le jeu tout en retenue de Brad Pitt entrave un peu cette émotion.
Par ailleurs, le film aborde l'invasion du Tibet par la Chine en 1950 de manière assez manichéenne, mais je ne peux pas vraiment en vouloir à Annaud pour ce manque de nuance. Le point de vue pro-tibétain me satisfait pleinement et contribue à faire du film une belle fresque humaniste.
Pour conclure, j'ai beaucoup aimé Sept ans au Tibet et je suis ravi que Boris m'ait poussé à le découvrir cette semaine. Un film simple et pacifiste, au beau milieu de paysages grandioses. Je ne peux que vous encourager à le découvrir.