Suite au dernier jeu du samedi, j'ai visionné La légende de Bagger Vance et je remercie Lopo pour cette proposition. Regarder ce film fut un immense plaisir, un retour à un style de cinéma (90-2000) que je n’avais pas revisité depuis longtemps. C'est un véritable cocon réconfortant, un brin académique, qui enveloppe le spectateur dans une atmosphère de douceur. On sait où ça va, et on veut que ça y aille.
Le film de Robert Redford rappelle des œuvres comme Forrest Gump : ces faux biopics qui suivent des destins extraordinaires, portés par une mise en scène classique et une touche de fable. Des films de ce genre, on n'en voit quasiment plus.
L'affiche, que j'avais déjà vue plusieurs fois par le passé, ne m'avait jamais donné envie d'explorer ce film. Pourtant, en plongeant dans cette histoire, je me suis senti happé par l'ambiance, si bien que je ne pouvais plus décrocher mon regard de l'écran. La réalisation est extrêmement classique, la musique fait exactement ce qu'on attend d'elle, mais ça fonctionne à la perfection.
N'étant pas du tout intéressé par l'univers du golf, je me suis malgré tout laissé embarquer dans cette compétition entre trois golfeurs : deux professionnels réputés imbattables, et un troisième, fierté locale qui avait totalement abandonné le sport depuis son retour de la Première Guerre Mondiale. Matt Damon est investi et émouvant dans la peau d'un vétéran dépressif, incapable de se libérer de ses traumatismes même 10 ans plus tard. Il n'est pas seul à porter le film, d'ailleurs, car Charlize Theron donne un peu de piment à l'ensemble avec un personnage assez extravagant. Et puis Will Smith, comme d'habitude, est rayonnant dans un rôle qui lui va à ravir : sourire doux, regards accueillants. Son personnage est presque fantomatique, mais pourtant sa présence est solide et nécessaire. Le duo d'acteurs fonctionne à merveille.
Côté scénario, comme je le disais plus haut, il n'y a guère de surprises. Redford nous offre un film "sous contrat" : le spectateur n'a aucun mal à anticiper le déroulement du récit, il est facile de prévoir comment ça va se terminer... surtout qu'on connait le réalisateur pour son cinéma humaniste, romantique et contemplatif. Mais l'intérêt de La légende de Bagger Vance ne réside pas dans les rebondissements ou les retournements de situation, non. Il s'agit plutôt de poésie de l'image, de douceur musicale, de bienveillance envers les personnages. C'est joli, tout simplement.
C'est sans compter sur la photographie, parfois splendide, où la lumière est travaillée avec délicatesse pour créer des atmosphères enveloppantes et des instants d'émotion. Je pense notamment à deux scènes, lorsque Junuh (Matt Damon) se concentre au point d'effacer tout ce qui l'entoure. Redford alterne entre des gros plans sur ses yeux et des plans larges sur le paysage, comme si le personnage entrait en communion avec le terrain de golf. On a même droit à quelques travellings compensés, extrêmement cohérents, qui ajoutent un peu d'immersion. S'ajoutent à ça des musiques sensibles et discrètes, jamais grandiloquentes, qui touchent juste. La BO, signée Rachel Portman, est un point fort du film.
Bref, j'ai adoré La légende de Bagger Vance et je suis ravi que Lopo me l'ait suggéré, car je ne serais pas allé naturellement vers ce film. Un joli moment qui fait du bien, merci !