Il en aura fallu du temps. L'échelle de Jacob est un thriller psychologique d'Adrian Lyne sorti en 1990 et ça faisait environ 20 ans qu'il était sur ma liste des "films à voir en priorité". Avec le temps, il est passé entre les mailles du filet, et je suis bien content d'avoir pu rattraper cet oubli aujourd'hui. L'échelle de Jacob est exceptionnel sur tous les plans, un véritable coup de cœur, une expérience marquante qu'il me semble indispensable d'avoir vécue au moins une fois dans sa vie.
Jacob a subi un événement traumatisant et inexpliqué, vécu lors de la guerre du Vietnam. Il a vu ses compagnons mourir sous ses yeux pour des raisons obscures et revoit certaines images sous forme de flashs dans son esprit. Quelques années après les faits, depuis son retour à New York, il vit des choses troublantes et effrayantes au quotidien : il se sent poursuivi par des hommes aux visages déformés, oppressé par une menace dont il ne comprend pas l'origine. Pire encore : il ne parvient plus à distinguer la réalité. Je n'en dis pas plus : L'échelle de Jacob est un film psychologique, sombre, parfois horrifique. Tout est maîtrisé d'une main de maître du début à la fin.
Le scénariste Bruce Joel Rubin avait le vent en poupe en 1990 puisque, la même année, il a signé le scénario de Ghost de Jerry Zucker. Les deux films sont assez différents, même si on y retrouve des thématiques proches – notamment le deuil et le passage vers l'au-delà. L'échelle de Jacob est prenant d'un bout à l'autre, tout particulièrement parce qu'on ne sait jamais ce que vit Jacob exactement : est-il malade ? traumatisé ? fou ? mort ? Même après la révélation finale, le spectateur est laissé avec une fin ouverte, car on ne sait pas vraiment où se trouvent le vrai et le faux dans tous les délires du personnage principal.
Tout ce qui concerne les souvenirs – notamment au sujet de Gabe, le fils décédé du protagoniste – est magnifiquement traité, avec une sublime touche d'émotion qui m'a percuté en plein cœur. Qui de mieux que Macauley Culkin pour incarner ce petit bonhomme joyeux que la vie a arraché des mains de ses parents ? Je ne peux pas être objectif, car je vénère tout ce qui est lié aux souvenirs et à la nostalgie au cinéma, surtout lorsqu'ils prennent la forme de flashs bouleversants, avec ce grain d'image spécifique à ce genre de séquences. Je me souviendrai longtemps de ces flashs éphémères avec Macauley Culkin, entrecoupés d'écrans noirs et silencieux, au rythme de battements de cœur irréguliers. Pfiou. Je raffole de ça, c'est mon point sensible. Très sensible.
En plus de ces quelques voyages dans le passé, Jacob traverse plusieurs réalités différentes : parfois en présence de son ex-femme, parfois en présence de sa nouvelle petite amie, et parfois dans des hallucinations cauchemardesques, morbides et sanglantes qui m'ont beaucoup marqué pour leur violence. Dans une séquence, le personnage est emmené sur un brancard dans des couloirs de plus en plus sombres, de plus en plus glauques, de plus en plus traumatisants. C'est une véritable descente aux enfers qui nous fait basculer dans l'horreur la plus pure.
Pour ne rien gâcher, le casting est de haute volée – Tim Robbins en tête, évidemment. L'acteur est ici démentiel : Jacob est à la fois torturé, perdu et terrifié par ce qui lui arrive. Les yeux de Robbins transpirent l'effroi ou le désespoir. Pour l'accompagner, Elizabeth Peña est excellente en petite amie dépassée par les événements (et pas très cool : brûler des photos est un acte scandaleux), tout comme Pruitt Taylor Vince qui incarne à la perfection un traumatisé de la guerre du Vietnam.
En conclusion, L'échelle de Jacob est un film proche de la perfection, que j'ai hâte de revoir pour en comprendre davantage. Une expérience folle, saisissante, poignante, jusqu'au dénouement d'une logique implacable. Chef d'œuvre.