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Une bataille après l'autre - de Paul Thomas Anderson - Critique

Une bataille après l'autre - de Paul Thomas Anderson - Critique

      Après ma grande déception suite à l'incompréhensible succès critique de Licorice Pizza en 2022, je suis allé voir Une bataille après l'autre un peu à reculons. En effet, si pour certains, "PTA" est l'un des plus grands réalisateurs du 21e siècle, mon ressenti est bien plus mitigé. Certes, je n'ai pas encore vu son film le plus acclamé (There will be blood). Ça ne m'empêche pas d'avoir un avis sur ce que j'ai vu et, pour moi, l'unique chef d'œuvre de Paul Thomas Anderson est Magnolia, que j'avais trouvé quasiment parfait. Le reste de sa filmographie m'évoque plutôt un gros "mouais". The Master valait beaucoup pour son casting mais m'a semblé globalement confus. Hard Eight était sympa mais oubliable. Quant à Inherent Vice et Licorice Pizza, j'ai encore du mal à comprendre pourquoi ils ont suscité autant d'intérêt à leur sortie.

 

Une bataille après l'autre - de Paul Thomas Anderson - Critique

      Cette année, une fois de plus, le nouveau film de PTA est encensé par le public (surtout provenant de communautés de type Twitter ou Letterboxd, dont les tendances me font souvent grincer des dents). Certains y vont de leurs superlatifs : meilleur film de l'année, chef d'œuvre ultime... On lit même des choses assez surprenantes venant de professionnels de la critique : par exemple, que chaque scène du film pourrait être étudiée en école de cinéma (vraiment ?).

     Pour ma part, je ne suis qu'un cinéphile amateur et mon avis compte moins que ceux-là, mais je tiens à nuancer. Oui, Une bataille après l'autre est un excellent film, bien rythmé, (sur)prenant. Je vous le conseille sans aucune hésitation : c'est probablement ce qui se fait de mieux dans nos salles cette semaine. Malgré tout, il s'agirait de modérer certains propos et de calmer un peu l'excitation, car le film – aussi efficace et jouissif soit-il – n'est tout de même pas l'incroyable "révolution de cinéma" que certains semblent vouloir voir.

 

Une bataille après l'autre - de Paul Thomas Anderson - Critique

       Ne croyez pas que le film m'ait déçu, car cette séance fut un putain de plaisir : il faut admettre que Paul Thomas Anderson maîtrise son rythme effréné et qu'il n'y a presque rien à jeter durant 2h40. De nombreuses séquences sont de sacrées merveilles. Je pense notamment à la course-poursuite finale sur la route ondulée, absolument brillante par sa mise en scène originale, et c'est loin d'être la seule à m'avoir tapé dans l'œil. Le réalisateur sait maintenir son suspense et, au milieu de toute cette énergie qui file à vive allure, il prend parfois son temps pour instaurer une situation, afin qu'on ait le temps de s'y plonger.

 

Une bataille après l'autre - de Paul Thomas Anderson - Critique

      Le spectateur est maintenu en haleine du début à la fin et je prendrai un immense plaisir à redécouvrir cette intrigue dans quelques temps, lorsque je l'aurai un peu oubliée. Voir 2h40 filer aussi vite, ce n'est plus si fréquent au cinéma... Ici, ça va de rebondissement en rebondissement, avec des points de vue multiples (parfois à la limite du chaotique, tout de même), mais également des personnages captivants.

      Et là, il faut saluer le travail des acteurs qui font un sans-faute. J'ai envie de commencer par Chase Infiniti, dont c'est ici le premier rôle au cinéma. C'est une pure révélation et j'ai hâte de la revoir dans le futur. On sent qu'elle a un véritable potentiel, une sensibilité de jeu qui ne demande qu'à exploser.

 

Une bataille après l'autre - de Paul Thomas Anderson - Critique

      Dans les rôles masculins, là, peu de surprises. Leonardo DiCaprio est immense, évidemment. J'attendais peut-être davantage d'humour de la part de son personnage, ce qui va à l'encontre de la bande-annonce : finalement, Une bataille après l'autre est très sérieux, on est loin de la comédie d'action qui nous était vendue lors de la promo. Benicio del Toro, quant à lui, fait du Benicio del Toro. Ce n'est pas son plus grand rôle, mais l'acteur est délicieux alors on ne va pas se priver. Quant à Sean Penn, il campe un antagoniste furieux et efficace. L'acteur est parfait dans le rôle, mais le personnage manque cruellement de subtilité dans l'écriture : Lockjaw est une brute sanguinaire, raciste, tout ce que vous voulez, et il n'est défini que par sa méchanceté. Pour la nuance, on repassera.

 

Une bataille après l'autre - de Paul Thomas Anderson - Critique
Une bataille après l'autre - de Paul Thomas Anderson - Critique

      Côté scénario, je suis désolé, mais on ne trouvera rien de révolutionnaire dans Une bataille après l'autre. Le gros méchant nazi qui fait des grimaces traque un ancien rebelle ainsi que sa gentille fille. Ça se poursuit, ça se flingue, c'est du déjà-vu. Quant au couplet du père qui n'est peut-être pas véritablement le père... c'est terriblement rasoir.

     Même dans la mise en scène, si on exclut la toute dernière partie du film, je n'ai pas relevé grand-chose de croustillant ni de mémorable. Sauf erreur de ma part, on a généralement des champs/contrechamps pour les discussions, et les scènes d'action n'ont rien de bien nouveau. Pour celles-ci, on se farcit les grands classiques de la course-poursuite : caméra embarquée qui suit les véhicules dans les rues étroites, carambolages au beau milieu de la ville, sorties de route... Sur ce plan-là, je ne retiendrai pas grand-chose d'Une bataille après l'autre. C'est fun à regarder, c'est efficace, c'est lisible. Mais c'est du déjà-vu. 

 

Une bataille après l'autre - de Paul Thomas Anderson - Critique

      Bref, ce nouveau film de Paul Thomas Anderson est un pur moment de plaisir sur grand écran, avec quelques bonnes idées qui le font sortir du lot. Je vous recommande chaudement son visionnage en salles, vous ne vous ennuierez pas et vous bénéficierez d'un casting 4 étoiles : confirmation pour les solides têtes d'affiche, mais surtout révélation d'une jeune comédienne. Pour autant, je me sens à l'écart de cette presse et de ce public qui encensent le film à outrance. M'enfin, j'ai l'habitude.

 

 

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R
J'ai adoré le film, un très grand moment du cinéma américain des 5 dernières années selon moi.<br /> Mais là où je suis d'accord avec toi, c'est que PTA avec ce film ne fait pas une révolution, mais s'inscrit dans une tradition, la veine du cinéma spectaculaire américain, qu'il régénère tant elle faisait grise mine ces derniers temps.<br /> Au vu des derniers films du bonhomme, je ne savais pas que le film serait autant un film de genre, autant un film d'action, et aussi peu ou plutôt aussi discrètement et pourtant d'une manière éclatante au final un film d'auteur.<br /> <br /> Il ne fait donc pas vraiment le grand film moderne que beaucoup y voient à tort à mon sens, mais un très grand film de genre, un tour de force cinématographique qui convoque les images du film d'action, du film de course poursuite, du thriller paranoïaque, dans un film à la puissance visuelle à mon sens ébouriffante, mais pas réellement novatrice.<br /> <br /> C'est peut-être parce que le cinéma grand public américain est aussi minable ces dernières années que celui-ci brille particulièrement, mais quelle claque quand même.
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S
D'accord, je note. De toutes façons j'ai bien prévu de voir les deux un de ces quatre !
R
Je pense surtout au film d'action et au thriller, auquel OBAA (en anglais, le français ça donne pas grand chose...) se rattache.<br /> Toutes les grandes scènes ont trait à l'action, à la course poursuite, à la fuite. Les scènes de contexte semblent n'être qu'un développement préalable à la résolution des conflits et des noeuds scénaristiques, qui ont tous lieu dans de grandes scènes d'action débridées.<br /> Analyse tarabiscotée, il peut y avoir sur le film : sur le trumpisme, la fracturation de la société, etc etc. mais tout passe dans le rouleau compresseur d'une trame narrative de genre : survivre, s'échapper, sauver, poursuivre.<br /> <br /> De manière générale, c'est l'esprit classique d'un cinéma hollywoodien tout entier dévolu à la fluidité, à la clarté, à l'appréciation immédiate du film qui semble avoir ressurgi avec ce film, permettant à tous les publics d'être saisi (ou pas).<br /> <br /> Et concernant le cinéma de PTA, je pense que Phantom Thread est probablement celui qui serait le plus à même de t'intéresser, plus que There Will be Blood à mon sens. Un film qui est à la fois romantique et pervers, et présentant des personnages hors des conventions, avec élégance.
S
Oui, je comprends, le film est efficace sur toute la durée, c'est indéniable, et puis la caméra de Paul Thomas Anderson fait des merveilles parfois. Mais étonnamment, je pense que dans 2 semaines j'aurai oublié les 3/4 du film. <br /> <br /> Pour le "film de genre", tu penses à quels éléments en particulier ?