Header cover

TKT - de Solange Cicurel - Critique

TKT - de Solange Cicurel - Critique

     Voilà un film qui va passer totalement inaperçu, et qui va devenir une véritable pépite méconnue. Le cinéma belge, 3 ans après Un monde de Laura Wandel, nous apporte une autre petite merveille sur le thème du harcèlement scolaire. D'une durée de 1h20, TKT (t'inquiète) propose un point de vue original et déchirant sur le sujet. Si vous en avez la possibilité, je vous conseille d'aller le découvrir en salles. 

 

TKT - de Solange Cicurel - Critique

       TKT est un film qu'on devrait montrer dans toutes les écoles. En effet, il s'adresse tout particulièrement aux jeunes, qu'ils soient victimes ou bourreaux. "Le film s'adresse aux jeunes". C'est une phrase bateau, écrite comme ça, mais elle n'a pourtant jamais été aussi vraie : Solange Cicurel adopte ici un point de vue spécialement étudié pour toucher directement les ados concernés, via un procédé franchement malin.

      En effet, TKT est très habile (et novateur) dans son concept : Emma, une lycéenne de 16 ans, est admise aux soins intensifs, dans le coma, mais son esprit déambule dans la chambre de l'hôpital. Voyageant dans le passé, par bribes, elle essaye de reconstituer le puzzle... Comment est-elle arrivée ici ? Pourquoi ? Dans le même temps, elle observe les réactions de ses proches suite à ce drame.

 

TKT - de Solange Cicurel - Critique

      Ce film est beau, tout simplement. Dès les premières minutes, j'ai été étonné et saisi par cette idée d'une ado "fantôme" qui juge ses propres actes d'un point de vue extérieur, et qui tente de comprendre comment elle aurait pu faire les choses différemment. Le propos est intelligent, car toute potentielle victime de harcèlement peut, en regardant TKT, saisir l'occasion de voir sa propre situation sous un autre angle.

     Durant 1h20, le spectateur se demande pourquoi cette enfant rejette à ce point l'aide de ses parents, pourquoi elle s'isole elle-même. Emma en fait elle-même l'observation : il y avait sans doute moyen de s'en sortir autrement... Mais le harcèlement isole, le harcèlement ronge, le harcèlement tue. C'est un triste constat.

 

TKT - de Solange Cicurel - Critique

      Ce qui est fort, dans TKT, c'est que la vie d'Emma semble pouvoir lui épargner tout ce harcèlement. Au début du film, elle est plutôt populaire et évolue au sein d'un cercle d'amis proches, dans un lycée normal. Ses parents, très à l'écoute, bienveillants, repèrent son mal-être et tentent de communiquer. Si, malgré tout cet environnement, une fille comme Emma n'est pas à l'abri d'une tentative de suicide, alors qu'advient-il de tous ces enfants qui n'ont pas droit aux mêmes conditions familiales, et qui peuplent aujourd'hui nos établissements scolaires ? Une telle violence est insupportable.

     Le drame principal, c'est qu'Emma se cache derrière des "t'inquiète" qui lui permettent d'éviter ce sujet tabou, de minimiser ses soucis. Ses parents, eux, malgré leurs inquiétudes, lui font confiance : après tout, c'est une ado. Elle a des problèmes d'ado. Jamais elle ne penserait à se faire du mal. 

     Alors j'ai pleuré. J'ai pleuré parce que je suis père de deux filles, mais surtout parce que je suis enseignant. Des ados comme Emma, j'en ai forcément vu passer sans jamais rien remarquer. Au cours de ma carrière, j'en ai aidé une, ou deux. Trois maximum. Mais combien sont passé(e)s sous mon radar ? Et mes propres filles, comment pourrai-je leur épargner toutes ces horreurs ? C'est effrayant.

 

TKT - de Solange Cicurel - Critique
TKT - de Solange Cicurel - Critique

      Côté mise en scène, TKT n'est pas nécessairement tape-à-l'œil, je dirais même relativement passe-partout, même si certaines transitions sont vraiment jolies pour passer du présent au passé, au simple contact d'un objet. Le casting, lui aussi, a quelques petites faiblesses notamment chez certains jeunes. Mais bon sang, je suis obligé de placer ce film dans mes coups de cœur, parce que j'ai été ému en sortant de la salle, parce que le sujet est bien trop important pour ne pas le mettre en lumière. Oui, TKT ressemble à un immense spot de prévention de 80 minutes. Mais c'est un film réfléchi, surprenant, émouvant. 

      Pour ne rien gâcher, les rôles principaux sont tenus par des comédiens solides. Lanna de Palmaert est parfaitement crédible dans le rôle titre, surtout pour un premier film. Certains dialogues ou répliques ne tombent pas très juste, mais on pardonne car le sujet est fort. Stéphane de Groodt est également touchant, ça fait du bien de voir une figure paternelle douce et bienveillante au cinéma. Et puis, surtout, TKT est le tout dernier film d'Emilie Dequenne, qui nous a tristement quittés il y a quelques mois... Ici encore, elle livrait une performance juste et incarnée.

 

TKT - de Solange Cicurel - Critique

     Pour conclure, j'ai bien conscience que je m'emballe un peu. Certains, même, trouveront ça crétin car ils n'auront pas été aussi sensibles à la proposition de Solange Cicurel. Mais je m'en fous : il est important d'aller voir ce film et d'encourager le cinéma à approfondir le thème du harcèlement, qui détruit des milliers d'enfants. C'est un film qui donne à réfléchir, en apportant un point de vue tout à fait original. J'applaudis la démarche.

 

 

Retour à l'accueil
Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article