Un homme engage une grande avocate suite à une accusation de meurtre. Ensemble, ils vont retracer les événements depuis le début de l'affaire. Thriller espagnol sorti en 2016, Contratiempo ne me serait sans doute jamais parvenu aux oreilles si Damien ne me l'avait pas conseillé lors de sa victoire au dernier jeu. Merci, donc, pour cette découverte, même si le film a tout de même quelques défauts d'écriture...
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L'accusé est un vrai film à énigme, pour lequel il est important d'être concentré afin de bien suivre le cours des événements. A l'aide de flashbacks, on écoute la version de l'accusé tout en doutant de celle-ci, pour essayer de démêler le vrai du faux. La première heure n'est pas loin d'être parfaite : la situation initiale est intrigante et prenante, on a affaire à un véritable polar, sombre et mystérieux.
Les deux comédiens sont excellents, notamment Bárbara Lennie, parfaitement crédible en jeune femme prête à mentir et à cacher un corps pour sauver sa peau. La mise en scène nous plonge dans le thriller dès les premières minutes avec une ambiance noire très efficace, tout en disséminant les indices qui pourront (ou non) mener Adrián et Laura à se faire démasquer. Le spectateur se pose ainsi des dizaines de questions : qui sont les témoins ? Les preuves ont-elles bien été dissimulées ? Où sont les failles ?
Malheureusement, L'accusé s'embourbe ensuite dans des retournements de situation à n'en plus finir, qui gâchent un peu la crédibilité du scénario. À force de vouloir nous surprendre en créant un labyrinthe de possibilités, le film finit par accumuler les invraisemblances, jusqu'au twist final qui ne tient vraiment pas debout. La révélation en fin de film, certes, est surprenante, mais elle m'a complètement gâché le reste, car je n'y ai pas cru une seule seconde.
Pourtant, j'avais senti le coup venir. Pour être fortement habitué (et grand amateur) des films à twists, j'avais compris dès le milieu du film que l'avocate n'était pas celle qu'on croyait être. Je m'étais plutôt imaginé une flic, ou une proche des victimes en quête de vérité. Mais la propre mère du jeune disparu, ça, je ne m'y attendais pas. À mon goût, cette idée ne marche absolument pas : il est impossible que les deux parents de la victime parviennent à mettre un tel plan en place sans aucun moyen, ça me paraît complètement irréalisable. Je ne vais pas énumérer ici toutes les incohérences que ça implique, car la plupart sont listées dans cette critique d'un membre de SC. Quand on y repense, tout ceci n'a effectivement aucun sens et je pense que L'accusé aurait du mal à tenir un deuxième visionnage...
En plus de ça, la dernière partie du film est terriblement verbeuse : l'avocate et l'accusé imaginent des plans en cascade et ne s'agit plus que d'un long dialogue qui finit par s'éterniser, malgré l'intensité de la musique. Si l'idée était d'asséner au spectateur un flot d'informations afin qu'il ne voie pas les failles du scénario, ce n'est pas très efficace : le film m'a laissé avec une impression de faux film intelligent.
Pour conclure, j'ai tout de même beaucoup apprécié mon visionnage (j'ai mis une note de 3/5, le film était très agréable à suivre et à dénouer) et je suis ravi d'avoir pu découvrir ce thriller espagnol, car c'est un cinéma que j'explore peu. Je trouve juste dommage que la belle mise en scène et l'atmosphère sombre – très réussie et saisissante – soient gâchées par un lot d'invraisemblances et un final très bancal. C'est frustrant : L'accusé aurait pu être un superbe polar bien ficelé (il en prenait d'ailleurs le chemin !), mais je vais sans doute davantage en retenir son histoire abracadabrantesque. Ne m'en veux pas, Damien, ce ne sera donc pas un coup de cœur cette fois-ci !