Quelques films visionnés récemment, parmi lesquels trois longs-métrages qui ont marqué l'histoire du cinéma, et deux courts-métrages récents que je vous conseille.
Le vent (1928)
Bientôt centenaire, Le vent de Victor Sjöström est l'un des derniers grands films du cinéma muet, à une période où le parlant venait tout juste de pointer le bout de son nez. C'est l'histoire d'une fille qui emménage dans une zone extrêmement venteuse. Peu à peu, ce vent la fait sombrer dans une angoisse profonde. J'ai vu une version sur Youtube plutôt récente, accompagnée de la musique de The Edge Ensemble qui offre une belle dimension dramatique à cette œuvre.
Le vent est omniprésent durant 1h15, s'imposant presque comme personnage principal devant l'actrice Lillian Gish, elle-même surprenante par son jeu intérieur, tout en retenue (assez rare dans le cinéma muet). Le réalisateur a déployé de grands moyens pour donner une force à ce vent, que ce soit visuellement comme par le son. Grâce à d'énormes ventilateurs et des tonnes de sable, le vent apparaît dangereux, palpable, menaçant. C'est d'autant plus réaliste que le film a été tourné dans des décors réels (le désert du Mojave), région déjà venteuse avant même d'y rajouter des effets.
Au-delà de l'événement naturel, le vent est ici une métaphore pour parler de l'état psychologique de cette jeune fille, de sa peur face à un monde hostile : le vent l'encercle et la menace jusqu'à la rendre folle. Un film immersif et audacieux pour l'époque.
Frankenstein (1931)
Pilier du cinéma d'horreur, Frankenstein fut précurseur de bien des manières. On ne peut pas enlever au film ses qualités : la créature est impressionnante et le maquillage particulièrement réussi. Mais surtout, le film a fixé de nombreux codes du genre : le savant fou, le monstre qui naît de l'orage, l'opposition science / nature, ou encore la réflexion sur les limites de cette science.
J'ai apprécié mon visionnage, cependant Frankenstein m'a légèrement déçu, compte tenu de son statut. Certains aspects sont survolés car le film se concentre principalement sur le côté visuel, sur la terreur qu'inspire la créature. De ce côté, c'est certes réussi (la première apparition du monstre est franchement marquante grâce à l'allure de Boris Karloff), mais pour le côté humain, je suis resté sur ma faim. Je m'attendais à un personnage plus complexe, moins creux. On a du mal à compatir pour le monstre, ou à comprendre ses motivations.
Il n'empêche que Frankenstein était une révolution pour l'époque, et qu'il mérite amplement son statut.
La porte du paradis (1980)
Le casting est exceptionnel : j'ai adoré retrouver un jeune Christopher Walken, mais aussi Isabelle Huppert que j'ai mis beaucoup de temps à reconnaître (c'est la voix qui m'a aidé). La porte du paradis est parfois considéré comme le grand chef d'œuvre maudit de Michael Cimino, mais pour le coup j'ai un peu de mal à comprendre ce qui lui vaut ce statut. Outre quelques scènes marquantes, voire difficiles (celle du viol, par exemple), j'ai trouvé La porte du paradis assez confus, laborieux même. Beaucoup de personnages secondaires m'ont semblé inutiles et, du côté des principaux, j'ai parfois eu du mal à identifier leur position.
Le film est ambitieux visuellement, certes. Les décors, les costumes nous plongent en plein western et la lumière est souvent superbe. Mais ça manque de vie et de sensations. Je ne suis pas certain de le revoir un jour, car l'intérêt me semble limité pour presque 4 heures de film. Dans quelques semaines, malheureusement, je l'aurai entièrement oublié.
Ceci confirme ce que je pressentais : le véritable chef d'œuvre de Cimino reste pour moi Voyage au bout de l'enfer : montage maîtrisé, émotion palpable, tension dramatique à son paroxysme. Je n'ai pas retrouvé tout ça ici.
Whitetail (2020)
Voilà un court-métrage qui prend son temps (16 minutes) pour instaurer son ambiance ! Whitetail, réalisé par Josh Minyard, prend place dans une forêt : un couple a prévu une petite partie de chasse qui va mal tourner. D'un point de vue scénaristique, le film accumule pas mal de clichés – deux jeunes gens se séparent au milieu des bois, coup classique –, mais l'atmosphère sombre et menaçante est franchement réussie, d'autant que le film se déroule en plein jour. J'ai particulièrement aimé la deuxième partie, centrée sur la fille. Je ne vais pas trop en dévoiler, n'hésitez pas à y jeter un coup d'œil.
Sit in silence (2011)
Voilà tout ce que j'attends d'un court-métrage : efficacité, mystère, ambiance. Sit in silence ne dure que 5 minutes. Pourtant, c'est un univers à lui tout seul, qui nous laisse avec beaucoup de questions. Les idées ne sont pas franchement nouvelles, mais ça fonctionne à merveille tout en faisant travailler l'imagination : pourquoi ? comment ? et la suite ? J'avais envie d'en savoir plus.