Il y a deux mois, lorsque j'ai subi mon 3e film de Tarkovski (Stalker), je me suis réjoui car j'étais persuadé qu'il s'agissait de ma dernière tentative avec le cinéaste en 2025. Sauf que j'avais oublié un détail : Solaris, sorti en 1972, faisait également partie de mes objectifs de l'année... C'est donc avec une flemme considérable et un soupir d'agacement que j'ai inséré le DVD dans le lecteur, persuadé de vivre un 4e long calvaire.
Mais là, surprise : pour la première fois, le cinéma d'Andreï Tarkovski est parvenu à me captiver. Non pas que la mise en scène soit franchement différente de ses autres films, mais là au moins, j'ai eu l'impression de suivre une histoire avec des personnages vivants. Il y a de la matière, de la vie dans les dialogues, du mouvement dans l'image, ce qui donne tout de suite une autre dimension à ces longs plans qui m'ont tant emmerdé dans Nostalghia ou Le miroir.
Bien que le film soit toujours très froid, on ne va pas se mentir, il est bien plus accessible : j'ai enfin pu sentir un peu d'émotion, et cette émotion est sublimée par la caméra. Enfin, j'ai pu saisir la beauté de l'art du réalisateur. Ici, les personnages pleurent, crient parfois, et Tarkovski utilise un montage assez efficace entre rêveries, flashbacks, souvenirs, hallucinations. Pour quelqu'un comme moi, qui suis sensible à la thématique du passé et du deuil, c'est donc la première fois que je me suis senti touché par un personnage chez Tarkovski. Il faut un début à tout.
Les 2h46 sont passées relativement vite, d'autant que j'avais quelques repères pour me permettre d'apprécier Solaris à sa juste valeur. Je n'ai pas lu le roman d'origine de Stanisław Lem, sorti 10 ans auparavant, mais j'avais adoré la version de Steven Soderbergh avec George Clooney et Natascha McElhone en 2002. J'avais vu le film assez jeune (peu après sa sortie) et c'est probablement l'une de mes premières expériences de "mindfuck" devant un film. La beauté des images, l'aspect confus des situations, le côté obsédant des souvenirs du personnage, tout ça m'avait subjugué. Ici, j'ai retrouvé ces mêmes sensations et c'est quelque chose qui me parle totalement.
Et puis, pour poursuivre dans les références, le film de Tarkovski est sorti 4 ans après 2001 : L'odyssée de l'espace de Kubrick, et il n'est pas difficile d'y voir de nombreux parallèles : la science-fiction, la peur de l'inconnu, les images belles et lentes, la symétrie, les couloirs courbes, le scénario aux multiples interprétations. Je n'ai pas pu m'empêcher de comparer les deux œuvres et d'attribuer à Solaris les mêmes qualités qu'au chef d'œuvre de Kubrick.
Bref, je ne vais pas rentrer dans les détails car j'ai à peine pris le temps de chercher à analyser Solaris, mais je tenais à écrire un article à chaud pour crier une chose : ENFIN, j'ai apprécié un Tarkovski ! Et pour marquer le coup, il rejoint mon top 500.