Ces cinq films m'ont marqué à leur manière, à tel point que je dois tous les placer parmi mes coups de cœur. Je vous les conseille sans aucune hésitation, d'autant que tous sont disponibles sur Youtube.
La maison ensorcelée (1906)
La maison ensorcelée est un court-métrage franco-espagnol de 6 minutes, réalisé par Segundo de Chomón en 1906. Le cinéaste fut l'un des principaux rivaux de Georges Méliès en début de siècle, et La maison ensorcelée est considéré comme l'un des tous premiers films de maison hantée du cinéma. Difficile de ne pas s'émerveiller devant l'ingéniosité de certains effets spéciaux, aux balbutiements du cinéma fantastique. Le film est un concentré d'idées amusantes ou étranges, qui s'enchaînent durant ces quelques minutes sans temps mort. Tout y passe : stop motion, substitution d'images pour faire apparaître des personnages en surimpression ou faire disparaître des objets, montage habile, mouvements de caméra qui simulent une maison penchée, etc. Le film est un petit bijou.
L'homme à la caméra (1929)
Le documentaire expérimental soviétique de Dziga Vertov est une véritable pépite, je me suis pris au jeu durant ces 67 minutes. Comme annoncé en début de film grâce à un carton, L'homme à la caméra est une expérience de cinéma pour le moins inédite. L'idée était de s'extraire des conventions de l'époque en proposant un film sans sous-titres, sans scénario, et sans théâtre, afin d'explorer toutes les possibilités du cinéma en tant qu'art.
L'homme à la caméra m'a d'autant plus passionné qu'il est précurseur du genre "documentaire sans paroles", il a clairement influencé des réalisateurs comme Godrey Reggio pour son Koyaanisqatsi qui, soit dit en passant, est le plus beau documentaire du monde et l'un des films les plus hypnotiques qui soient (arrangez-vous pour le voir d'urgence).
Le film de Vertov, quant à lui, regorge d'idées et de plans iconiques (l'œil-caméra), mais il possède surtout un montage ingénieux, intelligent, imposant un rythme parfait à toutes ces images qui se succèdent parfois sans relation entre elles. Un film captivant, avec un aspect "méta" assez révolutionnaire pour l'époque (film dans le film). Bref, un chef d'œuvre à voir absolument.
La dame du vendredi (1940)
Bon sang, quel film que celui-là ! Je m'attendais à tout, sauf à ça. La dame du vendredi, réalisé par Howard Hawks, est une comédie qui file à mille à l'heure dans ses situations, ses dialogues, ses idées. On y suit deux journalistes fraîchement divorcés, interprétés par Rosalind Russell et Cary Grant. Lorsque la première décide de quitter la ville pour refaire sa vie avec un autre homme, le second va tout faire pour la garder près de lui, en lui rappelant qu'elle ne vit que pour l'effervescence de son métier.
Côté effervescence, on est servis : la trame ne s'arrête pas une seule seconde, les personnages partent et viennent dans tous les sens, parlant parfois les uns par-dessus les autres. Le spectateur est plongé dans ce monde journalistique qui n'a pas le temps de respirer une seule seconde : les personnages sont toujours à l'affût du scoop, prédisant ou manipulant les événements, écrivant des articles de manière frénétique. Lorsqu'Hildy se voit obligée de gérer à la fois son scoop, l'écriture de son article, les allées et venues répétées de ses collègues, les coups de fils intempestifs, la malice de son ex-mari, la déception de son futur mari mais également la colère de sa future belle-mère, le film atteint un niveau de vitesse terriblement satisfaisant. J'ai tout fait pour ne pas en perdre une miette, c'était un délice absolu. Howard Hawks fait preuve d'une véritable maîtrise du montage et du rythme, mais aussi des dialogues (le film est adapté d'une pièce de Hetch et MacArthur, The Front Page). Sans oublier le propos sur les journalistes sans cœur face aux drames de la vie : heureux qu'une victime ait survécu à une chute parce qu'elle peut encore dévoiler certaines infos.
Et puis, surtout, le timing de la comédie est absolument parfait, on jongle sans arrêt entre ces deux personnages superbement écrits et incarnés : Rosalind Russell est épatante de rapidité et de crédibilité dans ce rôle, tandis que Cary Grant use de multiples mimiques parfois hilarantes. Certaines répliques ou clins d'œil, également, tombent particulièrement justes. Je pense, par exemple, au moment où Burns cherche à quel acteur ressemble son rival Bruce Baldwin (joué par Ralph Bellamy), puis qu'il retrouve enfin son nom : "Il ressemble à Ralph Bellamy !". Très amusant.
Bref, La dame du vendredi est l'un de ces films que j'aurai envie de revoir encore et encore, car on ne s'y ennuie pas une seconde. Vous pouvez le voir ci-dessous en excellente qualité et en VOSTFR.
Cope (2025)
Ce court-métrage de 6 minutes, réalisé par Anthony Sutcliff, est superbe. Il ne reste plus que 6 semaines à vivre à Liam. Personne n'est au courant de sa mort imminente : ni ses amis, ni sa femme, ni ses enfants. En attendant l'heure fatidique, Liam tente de faire comme si de rien n'était... Je n'en dis pas plus : Cope est frappant dès les premières secondes grâce à son ambiance dramatique (la musique est somptueuse), et finit de nous achever dans une conclusion très originale. Un film qui parle de vie, de mort, d'envie de vivre. Tout ce que j'aime.
J'ai dû le revoir pour décider s'il devait entrer ou non dans mon top 500. Il le mérite amplement pour son impact émotionnel.
(Note : je ne sais pas si vous aussi vous subissez les horribles doublages automatiques français de Youtube, mais par pitié, basculez ça en VO).
Father and Daughter (Père et fille) (2000)
Ce court-métrage d'animation de 9 minutes est signé Michael Dudok de Wit, que je connaissais déjà pour l'incroyable La tortue rouge, sorti en 2016. La tortue rouge, lui aussi, était un sublime drame familial sans dialogues. Père et fille, quant à lui, raconte l'histoire d'une petite fille qui voit son père partir en barque et ne jamais revenir. Toute sa vie, elle va alors retourner sur le lieu de la disparition, en quête de ce papa perdu. Le film est une merveille d'émotion, tout en délicatesse. Il n'a pas volé son Oscar.