Au programme de cet article : une jolie romance des années 30, deux découvertes marquantes, et une déception.
L'intruse (1935)
Bien qu'extrêmement méconnu, le film d'Alfred E. Greene m'a permis de continuer de découvrir la carrière de Bette Davis, qui m'avait conquis dans Eve (Mankiewicz) et surtout Now, Voyager (Irving Rapper). Dans L'intruse (Dangerous, en anglais), elle interprète une ancienne comédienne de théâtre alcoolique, Joyce Heath, persuadée de porter la poisse à tous ceux qu'elle croise. Bette Davis donne ici la réplique à Franchot Tone, qui interprète un admirateur naïf qui croise Joyce par hasard dans un bar. De cette rencontre naît une relation aussi intense qu'impossible, une histoire d’amour chaotique entre un homme sincère et une femme brisée, incapable de croire encore au bonheur.
Le scénario de L'intruse est finalement assez classique, et le film vaut principalement pour la présence des deux acteurs, absolument fabuleux. Bette Davis, à une époque où les femmes étaient souvent cantonnées à des figures lisses et séduisantes, incarne ici une personne antipathique, instable et imparfaite. Malgré un léger surjeu, l'actrice traduit avec talent le côté lunatique de Joyce : passant du sarcasme odieux à la fragilité, elle rend son personnage complexe voire ambigu. Bette Davis a d'ailleurs gagné l'Oscar de la meilleure actrice pour ce rôle, ce qui est parfaitement mérité : sans sa performance, L'intruse aurait certainement été un film oublié.
L'intruse n'est pas particulièrement un chef d'œuvre, donc, mais il vaut le coup d'œil pour son casting.
Chat noir, chat blanc (1998)
Un vrai bonheur. J'entends parler de Chat noir, chat blanc depuis plus de 20 ans et je l'ai apprécié du début à la fin. Le film d'Emir Kusturica est un tourbillon d'événements loufoques et de personnages hauts en couleurs, une grande farce menée tambour battant (littéralement) par le cinéaste. Ayant adoré Arizona Dream (plus poétique) et dans une moindre mesure Underground (plus politique et tragique), j'ai été surpris par le ton comique et absurde de Chat noir, chat blanc, mais surtout par l'énergie constante qui est déployée durant plus de deux heures. Le film se rapproche davantage d'un Tout est illuminé (de Liev Schreiber).
La musique omniprésente et la mise en scène excessive donnent l'impression d'une intrigue qui ne s'arrête jamais : c'est un joyeux bordel, généreux, bourré d'idées et de personnages comiques. Un coup de cœur.
La Cité de Dieu (2002)
Enfin vu ce chef d'œuvre du cinéma brésilien, signé Fernando Meirelles et Kátia Lund. Je m'attendais à une déception, car on m'a plusieurs fois rabâché les oreilles avec La Cité de Dieu, mais ce fut finalement la superbe découverte tant attendue. Le film est passionnant, palpitant même : une claque brutale qui m'a attrapé dès les premières minutes pour ne plus me lâcher.
Le spectateur est plongé au cœur des favelas de Rio et le film regorge d'idées de mise en scène inventives (les quelques transitions pour passer d'une époque à l'autre sont subtiles et fluides). Tels des journalistes, Meirelles et Lund posent un regard assez neutre sur la violence et la criminalité : rien n'est romancé, il n'y a ni misérabilisme, ni jugement. La Cité de Dieu montre surtout comment l'absence d'avenir et la misère sociale peuvent conduire des enfants à alimenter un système violent dont il est difficile de se sortir.
Le casting est exceptionnel, majoritairement constitué d'acteurs inconnus notamment chez les enfants : la plupart sont bouleversants et habités par leurs rôles. C'est un film choc issu d'une histoire vraie, mais qui a le mérite de ne pas chercher à ressembler à un documentaire. Une pépite de cinéma.
Sans filtre (2022)
Deux mannequins et influenceurs sont invités sur un yacht pour une croisière de luxe. Malheureusement, le capitaine refuse de sortir de sa cabine et une tempête vient gâcher le gala. Le synopsis de Sans filtre m'avait attiré ; je m'attendais à du mystère voire du suspense, mais j'ai très vite déchanté. Après quasiment une heure d'introduction interminable, les personnages se retrouvent sur le bateau et j'ai pensé que ça allait prendre une tournure inquiétante ou ludique, mais pas du tout.
Sans filtre se transforme rapidement en autre chose : une satire grotesque et lourde. Lorsque tous les passagers se mettent à gerber et chier partout, je n'ai pas pu cacher mon immense déception. C'est un cinéma que je déteste, un cinéma provocateur et facile, gratuit, qui cherche davantage à dégueuler bêtement qu'à montrer subtilement. Je dois l'admettre, lorsque j'ai vu que les événements prenaient une tournure à la Men de Garland ou The substance de Fargeat, j'ai stoppé mon visionnage au bout d'1h15, lorsque j'ai vu que je n'étais qu'à la moitié (le film est atrocement long). Östlund accumule des métaphores grossières qui sont d'une lourdeur symbolique insupportable. Bref, j'ai passé mon chemin.