Wouaw, quelle surprise ! Je continue sur l'autoroute des coups de cœur avec un film totalement fou des Wachowski que je voulais voir depuis longtemps. Speed Racer, c'est le genre d'expériences qui ne ressemblent à aucune autre, et qui divisent : chef d'œuvre insolite ? nanar ridicule ? Les architectes de Matrix ont accouché d'un blockbuster mal-aimé mais qui, selon moi, est un film à voir absolument.
Ce qui est bien, avec les Wachowski, c'est qu'on ne sait jamais à quoi s'attendre lorsqu'on lance l'un de leurs films. À chaque fois, la proposition est étonnante et originale. Tous leurs projets – Matrix, Cloud Atlas, Sense8 – sont des œuvres uniques et innovantes. Ça foisonne toujours d'idées révolutionnaires, qui explosent dans tous les sens et forment un ensemble solide et cohérent. Speed Racer, même s'il n'a pas conquis le public à sa sortie, est aussi de cette trempe : une fois le film terminé, on ne sait pas très bien ce qu'on vient de regarder, mais le mot "génie" effleure les lèvres.
Les 15 premières minutes de Speed Racer sont hallucinantes. On assiste à un déferlement d'action, d'effets spéciaux spectaculaires mêlés à des fonds verts surréalistes qui nous embarquent dans un univers totalement à part. Les réalisatrices n'ont pas besoin de nous expliquer où nous sommes, ni quand nous sommes, elles nous propulsent directement sur le circuit à vitesse maximale, et on doit faire ce qu'on peut pour prendre le train en marche. Pour autant, tout est clair et lisible alors que les premières minutes mélangent flashbacks et temps présent : en quelques séquences, on a déjà tout compris à cette origin story.
L'univers de Speed Racer est dingue, rempli de couleurs qui explosent à l'écran et d'effets numériques directement inspirés de l'esthétique japonaise (le film est une adaptation d'un manga sorti en 1966 puis développé en anime en 1967, Mach GoGoGo de Tatsuo Yoshida). Ciel rose, tons saturés, explosions multicolores, Speed Racer a un sacré style, mais assez inhabituel pour des spectateurs occidentaux, ce qui peut expliquer les critiques mitigées.
Le montage, quant à lui, est également sous influence japonaise : visages qui apparaissent en surimpression, flashbacks qui glissent dans l'image sans transition classique... Tout coexiste dans un même cadre, en utilisant différentes couches, donnant alors l'impression d'une narration qui fonce aussi vite que les pilotes. C'est à la fois spectaculaire et frais. Jouissif.
On ajoute à ça toute une collection d'acteurs géniaux, qui m'ont fait passer de sourires en sourires. Emile Hirsch est parfait dans ce rôle de pilote déterminé, tout comme Susan Sarandon en mère supportrice. Et puis, il y a John Goodman. Toujours aussi drôle, agréablement bourru. Et puis, il y a Christina Ricci, qui brille à chaque apparition. Je n'ai cessé d'aimer cette actrice depuis que je l'ai découverte ado dans Sleepy Hollow. Elle est de plus en plus rare sur les écrans, malheureusement, mais trouve ici un rôle pétillant voire explosif. En bonus : je n'ai pas pu cacher mon immense plaisir de revoir Matthew Fox, qu'on ne voit plus en salles depuis maintenant 10 ans.
Bref, Speed Racer est fou, original. Malgré son côté kitsch, c'est un anti-nanar : son excès visuel est volontaire et assumé, avec une réelle démarche esthétique ultra-stylisée. De plus, c'est un bijou de maîtrise au niveau du montage. Clairement un film qu'il faut avoir vu une fois dans sa vie.