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À bout de course - de Sidney Lumet - Critique

À bout de course - de Sidney Lumet - Critique

     Magnifique drame réalisé en 1988 par Sidney Lumet, À bout de course raconte l'histoire d'une famille atypique. Artie et Annie Pope sont en cavale depuis 15 ans depuis qu'ils ont pris part à un attentat à la bombe dans les années 70. Forcés de fuir et de changer d'identité régulièrement pour échapper au FBI, ils imposent à leurs deux enfants une vie stricte, pleine de mensonges. Problème : leur fils Danny, 17 ans, est plein d'ambitions : il tombe amoureux d'une fille de son lycée et songe à intégrer la prestigieuse école de musique de Juilliard, risquant de mettre à mal l'organisation familiale...

 

À bout de course - de Sidney Lumet - Critique

    À bout de course est un film d'une grande délicatesse, où le réalisateur parle de défaillances éducatives de la manière la plus originale qui soit. Le postulat de départ, en effet, est assez insolite et nous plonge dans une famille peu ordinaire mais pourtant attachante. Hormis le jeune frère Harry, dont la vie et les émotions sont très peu explorées (renforçant ainsi l'idée d'une enfance totalement abandonnée), Danny et ses parents sont tous les trois touchants et Lumet nous montre chacun de leurs points de vue au fur et à mesure du récit. Il le fait de manière douce, sans mélodrame ni spectacle, observant simplement les conséquences de ce choix de vie difficile, de cette instabilité prolongée par un père qui ne pense qu'à sa liberté. 

 

À bout de course - de Sidney Lumet - Critique

     Le film est parcouru de moments de douceur mais aussi de souffrance silencieuse : celle de Danny, évidemment, qui ne peut pas grandir comme un ado normal et se voit contraint d'abandonner ses rêves pour obéir à son père, mais également d'Annie, une maman rongée par la culpabilité, bien plus lucide que son mari sur l'avenir de son fils. Tous les personnages du film sont pleins de contradictions, nuancés, ce qui les rend très humains. 

    Ce qui m'a le plus frappé, dans À bout de course, c'est qu'aucune fin ne pourra contenter le spectateur. Quoiqu'il arrive, le dénouement de cette histoire implique de la souffrance ou de la tristesse. Même si les parents sont censés assumer la responsabilité de leurs actes, on n'a (étrangement !) pas envie que cette famille explose. Ainsi, une demi-heure avant la fin du film, j'ai dû faire ce constat amer : en fait, il n'y a pas de "bonne fin" possible. Même si Danny finit par s'émanciper, ça sera teinté de regrets et de malheur.

 

À bout de course - de Sidney Lumet - Critique

      En plus d'un scénario exceptionnel et d'une mise en scène maîtrisée (certains plans contemplatifs ou intimistes sont magnifiques), Lumet parvient à procurer énormément d'émotions à travers ce récit. À part le père, assez dur (et interprété par un Judd Hirsch d'une présence époustouflante – par ailleurs, je n'en reviens pas que cet acteur continue de tourner aujourd'hui à 90 ans !), tous les personnages ont bien failli me faire verser une larme. River Phoenix, bien évidemment, est touchant dans la plupart de ses interactions, que ce soit lorsque Danny se livre totalement à Lorna ou, au contraire, quand il intériorise toutes ses émotions.

     Mais il n'est pas seul à tenir le film sur ses épaules, loin de là : Christine Lahti est poignante dans le rôle d'une mère qui souhaite le meilleur pour ses enfants, et j'ai tout particulièrement adoré la scène au restaurant, lorsqu'Annie fait face à son propre père. Cette discussion est clairement mon moment préféré du film, notamment grâce à Steven Hill dans la peau d'un père profondément blessé, incapable de cicatriser, débordant de ressentiment mais aussi d'amour. Les dialogues sont subtils, l'interprétation des deux acteurs est dingue. Un grand moment que je n'oublierai pas et que j'ai déjà hâte de placer dans le top de mes "scènes les plus marquantes de 2025".

 

À bout de course - de Sidney Lumet - Critique

     Pour conclure, À bout de course est un chef d'œuvre qui m'a ému, passionné, fait réfléchir. Un immanquable du cinéma.

 

 

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Z
Chef d'oeuvre. PLS totale a la fin
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S
Exactement. Ça m'a fait penser à la fin de Cinq pièces faciles, tu quittes le film avec un pincement.