Noir et Blanc, deux orphelins aux caractères bien différents, sèment la terreur dans la ville de Taraka. Lorsqu'un chef yakuza débarque avec l'intention de contrôler la ville et de tuer les deux jeunes perturbateurs, ceux-ci se rebellent violemment.
Amer Béton, voilà un film d'animation japonais sorti en 2006 dont je n'avais jamais entendu parler. Il aura fallu la proposition de Zerousse pour que je le découvre : ce fut un excellent moment, merci !
Pour le moment, il faut bien le dire, vos propositions me régalent et risquent d'être difficiles à départager. Amer Béton m'a fasciné pour son style visuel, mélange de 2D (majoritairement) et de 3D (par bribes, notamment lorsque la caméra passe en vue subjective). Tekkonkinkreet – nom du manga original de Taiyō Matsumoto – est relativement unique graphiquement, avec ses perspectives exagérées ou déformées, ses personnages aux traits anguleux, mais également la représentation de la ville qui n'est pas sans rappeler des œuvres plus récentes (Piltover dans Arcane, par exemple, d'ailleurs la dualité Noir/Blanc fait évidemment penser à Vi/Jinx). Cette ville, qui semble vivante, on y est immergés de la première à la dernière minute. Ce grand labyrinthe est un personnage à part entière, on ressent toute son histoire à chaque coin de rue.
Les personnages, de leur côté, ont un véritable style, bien qu'on peine à comprendre leurs motivations ou leurs traumatismes. J'ai eu énormément de mal à m'y attacher. Il y a un côté brouillon organisé, mais ce flou est paradoxalement très satisfaisant car on se sent embarqués dans cette intrigue comme si on la prenait en cours de route, comme si les personnages existaient dans cet univers en dehors du film. A la fin, je ne suis pas certain d'avoir franchement compris qui étaient Noir et Blanc en tant que personnes, mais l'ensemble (personnages + décors + histoire) m'a semblé parfaitement cohérent et consistant.
Plusieurs séquences sont accompagnées des belles musiques du groupe britannique Plaid, certaines ayant une sacrée portée émotionnelle. Ce qui m'a le plus charmé, cependant, c'est la tournure que prennent les événements dans la dernière partie. Sans trop spoiler, Amer Béton emprunte des chemins (sur)prenants, jusqu'à un dernier acte qui m'a cloué à mon siège. Autant certains passages du film m'ont paru parfois ennuyeux, car étranges, autant les 20 dernières minutes sont exceptionnelles par leur ambiance sombre, via l'exploration psychologique d'un personnage torturé par ses démons. J'ai adoré cette plongée dans l'univers du Minotaure, les visuels sont puissants et l'atmosphère absolument dingue.
Pour résumer, Amer Béton est original et déstabilisant. Bien que je n'aie pas toujours été emballé par les choix scénaristiques, il est difficile de prévoir à l'avance ce qu'il va se passer, et je valide à 100% la conclusion terriblement envoûtante. Pour ce film d'animation japonais réalisé par un américain, c'est une réussite ! Merci encore à Zerousse pour la découverte.