Ce dimanche, je me suis attaqué au visionnage de Fanny et Alexandre, film vers lequel je ne serais jamais allé si je n'y avais pas été forcé par FG. Par-dessus le marché, plutôt que de m'imposer les 3h08 de la version cinéma, FG m'a conseillé la version de 5h12, découpée selon 4 épisodes initialement diffusés à la télévision.
Je remercie FG pour cette découverte car, malgré sa longueur, il faut admettre que cette œuvre est un sacré morceau de cinéma.
Je ne parlerai pas de coup de cœur, car le cinéma de Bergman m'a toujours paru froid et distant, et ce n'est pas Fanny et Alexandre qui va me faire changer d'avis sur le sujet.
On va rapidement éliminer le gros souci du film (à mon sens) : il s'agit de sa première partie, qui est par ailleurs la plus longue. Durant 1h36, je me suis franchement demandé si j'allais tenir le coup jusqu'au deuxième épisode, car je crois que Bergman aurait aisément pu se passer de cette introduction interminable et chiante au possible. Ce sont presque deux heures qui s'éternisent pour présenter les différents personnages un soir de Noël (dont certains n'interviendront quasiment plus par la suite), par l'intermédiaire de scènes osées qui ont réduit mon intérêt à néant.
Fort heureusement, le film devient de plus en plus passionnant à partir du deuxième épisode, où le père de Fanny et d'Alexandre est remplacé par l'évêque Edvard, un homme cruel et strict qui va transformer la vie de cette petite famille en véritable enfer. Mettre ainsi en scène la toxicité et l'emprise d'un homme sur une jeune femme affaiblie par le deuil, c'est assez rare pour un film de 1982. Jan Malmsjö est parfait dans ce rôle dur et impitoyable, tout comme Ewa Fröling assure son rôle à merveille dans la peau d'une femme seule et fragile, aveuglée par une dépendance que le spectateur peine à comprendre. L'actrice a un regard impressionnant.
J'ai lu ici et là que le titre du film était trompeur car l'essentiel de l'intrigue tourne autour d'Alexandre : la petite Fanny ne possède en effet que trois ou quatre lignes de dialogues. Cependant, je ne suis pas d'accord, car ce sont bien Fanny et Alexandre qui vont le plus souffrir de cette situation, de cet homme machiavélique. Même s'ils parlent peu, se rebellent peu, et apparaissent peu à l'écran, le confort et la sécurité des deux enfants sont bel et bien les enjeux du film.
Côté mise en scène, Ingmar Bergman est toujours aussi précis voire clinique dans sa démarche, c'est un style qui peut déplaire. Les plans sont longs, souvent silencieux, on a droit aux classiques cliquetis d'horloges en guise de fond sonore et ce n'est pas toujours ma tassé de thé. À d'autres moments, au contraire, on se sent happés par cette atmosphère froide et lancinante, et Fanny et Alexandre offre alors de vrais moments de pure contemplation. L'une des premières séquences du film, par exemple, m'a entièrement conquis. Il s'agit de l'introduction d'Alexandre qui s'ennuie dans la maison et imagine des choses, bercé par les tintements d'une boîte à musique. La mélodie est si jolie que je me suis senti moi-même bercé. C'était très beau.
De même, les décors sont superbes, ainsi que la photographie. Bien que la plupart des scènes se passent en intérieur, les rares instants en extérieur sont aidés par une belle lumière. Le film a gagné 4 Oscars et n'a franchement pas volé ceux de la meilleure photographie et meilleure direction artistique.
Sur le plan scénaristique, Fanny et Alexandre emprunte des chemins inattendus. Bien que Bergman (qui a écrit lui-même le scénario) soit un habitué des figures fantomatiques, je ne les attendais pas dans ce récit pourtant très ancré dans le réel. Alexandre est régulièrement soumis à des apparitions de personnes décédées qui ajoutent un peu d'horreur à l'ensemble. Les apparitions du père, elles, sont souvent mélancoliques, douces et agréables. Mais ce n'est pas toujours le cas : les deux sœurs dans le grenier sont franchement flippantes, et je ne parle même pas du tout dernier fantôme, qui m'a réellement glacé le sang.
En conclusion, je remercie FG pour m'avoir poussé à découvrir ce monument de plus de 5 heures. Un sacré morceau, parfois trop long, mais souvent passionnant et riche en idées. Je n'hésiterai pas à le conseiller dans cette version longue, car la version théâtrale est vraisemblablement plus décousue. L'effort vaut le coup.