Oui, oui et oui. Project Hail Mary est une comédie de SF rafraîchissante, bourrée de références et d'humour, mais aussi d'émotion. Bref : un cocktail d'idées qui fonctionne à merveille durant 2h30. Son seul défaut : à force de s'inspirer de ses aînés, il lui manque sa propre personnalité. Faisons la liste.
Projet dernière chance est une franche réussite que je vous encourage à aller voir en salles. Les réalisateurs Phil Lord et Christopher Miller se sont manifestement inspiré de tout ce qui a fait le succès des chefs d'œuvre de SF intergalactiques pour obtenir ce projet abouti, cohérent et excitant. Pour ce mélange de genres, Ryan Gosling porte le film seul sur ses épaules et s'en sort à merveille, sans jamais en faire trop, sans être grotesque ni larmoyant. L'acteur est brillant, et il le montre une fois de plus à quiconque en douterait encore.
Seul sur Mars et Moon
Grace est seul, voué à une mort certaine. Cette situation donne lieu à la fois à de beaux moments d'émotion qui rappellent Sam Rockwell dans le chef d'œuvre méconnu de Duncan Jones (Moon) et à des scènes plus légères qui font penser à Matt Damon dans le délicieux The Martian de Ridley Scott. D'ailleurs, Seul sur Mars et Projet dernière chance sont tous les deux adaptés de romans du même auteur : Andy Weir. L'influence du premier film est ici flagrante.
Tout comme les deux acteurs cités, Ryan Gosling est au centre de Projet dernière chance durant près de trois heures, et on ne voit pas le temps passer avec lui. On le voit se débrouiller, on le suit dans son aventure, dans sa tentative de comprendre ce qu'il fait ici. Les musiques permettent de ne pas faire peser une ambiance trop lourde sur le spectateur : le ton est léger, mais pas au point d'en oublier l'importance de cette mission.
Sunshine
Il est difficile de ne pas penser au film de Danny Boyle avec cette histoire de Soleil qui meurt à petit feu, et qu'il faut réactiver à tout prix pour sauver l'humanité. Ce côté "mission contre la fin du monde" est assez classique dans le cinéma de SF, mais c'est toujours une valeur sûre pour le spectateur. Là où Sunshine choisissait la voie horrifique, Project Hail Mary emprunte des chemins comiques qui correspondent davantage aux bottes de Ryan Gosling : l'acteur est doué pour l'autodérision et c'est un pur bonheur à chaque instant.
The Arrival
Le film de Denis Villeneuve est probablement la référence la plus évidente, et ce qui donne à Projet dernière chance tout son charme : la rencontre entre le personnage principal et une autre forme de vie. La relation entre Rocky et Grace est extraordinaire, drôle, touchante, fascinante. Les dialogues sont superbement écrits, jusqu'à aboutir à des séquences d'une grande émotion, qui frappent sans prévenir. On s'attache à ce caillou vivant et il n'est pas difficile de se mettre à la place des deux personnages. Projet dernière chance est avant tout une histoire d'amitié interstellaire, une rencontre insolite et charmante. Génial à suivre à l'écran, car les idées sont merveilleuses. J'aime beaucoup, comme dans Premier Contact, cette idée de tenter de comprendre le langage de l'autre. Une plongée fascinante dans l'inconnu.
Interstellar
Le film est beau. Graphiquement, on a droit à des plans qui donnent des étoiles dans les yeux, comme avait été capable de le faire Christopher Nolan avec ses visuels inoubliables. Ici, je n'oublierai pas cette scène à travers la ligne Petrova, pleine de couleurs et de lumières magnifiques. Au cinéma, j'en ai pris plein les yeux.
En plus de la photographie sublime (et d'une femme aux longs cheveux roux qui reste sur Terre en attendant des informations cruciales pour sauver la Terre), Projet dernière chance emprunte à Interstellar son côté épique : bien que le film soit léger, il est capable de nous emporter dans des scènes bourrées de suspense. Je pense évidemment au moment où Grace et Rocky tentent de s'extraire d'une orbite difficile à quitter. La séquence est époustouflante. À en serrer les accoudoirs de son fauteuil.
Gravity
Le film de Lord et Miller fait également penser à Gravity, notamment pour sa mise en scène. On retrouve, comme dans le film de Cuarón, cette caméra qui tourne ou qui flotte autour du personnage, ou encore des jeux de reflets dans les vitres du vaisseau. De même, la scène lors de laquelle Grace s'évanouit, à la limite du point de non-retour, n'est pas sans rappeler la résistance de Ryan Stone dans Gravity, qui s'en sort toujours in extremis.
Projet dernière chance
Au milieu de toutes ces influences, on peut alors se poser une question : Project Hail Mary a-t-il une identité propre ? Si chaque scène du film nous fait penser à un autre, comment pourra-t-on s'en souvenir durablement ? Peut-être grâce à cet immense mélange des genres que Lord et Miller sont parvenus à maîtriser avec brio ? C'est léger, mais émouvant. C'est léger, mais épique. C'est léger, mais intelligent. Projet dernière chance, c'est tout ça à la fois.
Est-ce suffisant pour sortir du lot ? Le temps le dira, mais cette accumulation d'influences est sans doute le bémol de ce film, et la raison pour laquelle je ne le placerai pas (pour le moment) dans mon top 500. J'attends de voir s'il passera l'épreuve du temps.