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Les K d'or - de Jérémy Ferrari - Critique

Les K d'or - de Jérémy Ferrari - Critique

     Ça, ça fait mal. D'autant plus mal lorsqu'on est, comme moi, un énorme fan de Jérémy Ferrari en tant qu'humoriste. Cette première réalisation m'inquiétait déjà depuis la bande-annonce, mais la déception est confirmée : Les K d'or est une comédie bordélique, clichée, naïve, qui flirte à mon goût avec le pire de la comédie française au cinéma.

 

Les K d'or - de Jérémy Ferrari - Critique

     Pourtant, Ferrari, je l'aime dans chacun de ses projets. Je l'aime depuis le 8 octobre 2010, lorsqu'il a fait sa première apparition dans On n'demande qu'à en rire (véritable émission doudou, dont je n'ai jamais raté un seul épisode durant 4 ans). Son humour noir incisif, qui "va trop loin" tout en étant hilarant et abouti, c'est du caviar. J'ai vu ses trois spectacles, plusieurs fois sur scène, et un nombre incalculable de fois en DVD. J'admire leur côté documenté et engagé, ainsi que le sens de l'improvisation, mais surtout l'écriture précise et intelligente. Chaque spectacle est, pour moi, l'assurance de rire aux éclats durant trois heures.

    Et puis j'ai vu Les K d'or au cinéma hier soir. Et là, je dois bien le dire, je ne comprends pas le projet. Je ne comprends où est l'humour de Ferrari là-dedans, il est absent. Je m'attendais à un film irrévérencieux, noir, pourquoi pas absurde et parodique. Mais je ne m'attendais pas à un tel ramassis de clichés de l'humour, de vannes éculées et inoffensives, d'interprétations grotesques. 

 

Les K d'or - de Jérémy Ferrari - Critique

    Un seul sentiment a dominé durant ma séance : Jérémy Ferrari aime se regarder et se prend trop au sérieux. Le personnage de Noé n'a aucune profondeur. Si encore sa superficialité était tournée en dérision, ça aurait pu marcher, mais ce n'est jamais le cas. Noé entre dans un sauna avec des muscles ruisselants, Noé lance des regards pleins de sagesse et des sourires compatissants, mais Noé n'est jamais ridiculisé alors qu'il s'agit globalement d'un connard sans âme. Tout ça est très condescendant. Jérémy Ferrari manquerait-il d'autodérision ? 

 

Les K d'or - de Jérémy Ferrari - Critique

     Le côté parodique ne fonctionne pas et m'a renvoyé à de sombres heures du cinéma français. Je n'irai pas jusqu'à l'associer aux Nouvelles Aventures d'Aladin, mais je vais être honnête : par moments, ça en a la même saveur, la même superficialité, la même vulgarité. Face à l'écran, j'ai parfois eu le sentiment que Les K d'or visait le même public. Le film n'apporte aucune réflexion sur quoi que ce soit, les personnages n'ont aucune profondeur. Pire : ils accumulent les clichés insupportables au possible.

     En effet, si on oublie facilement le personnage de Noé (effacé, inexistant), il est par contre impossible de passer à côté de Zoulika, jouée par Laura Felpin. Ferrari a fait le pire des choix : utiliser la comédienne pour lui faire jouer son personnage le plus abominable. Durant 1h30, Felpin use et abuse de son rôle de cagole cassos, avec un accent zyva grotesque qui ne m'a pas décroché un seul sourire. J'avais déjà du mal à supporter ce personnage le temps d'un sketch de 5 minutes, alors sur toute la durée d'un long-métrage... J'ai bien failli quitter la salle au bout d'une demi-heure tant je n'en pouvais plus. Pourtant, Laura Felpin est capable de finesse, elle peut même incarner des personnages sophistiqués, alors pourquoi la reléguer encore à cet affreux cliché vulgaire ?

 

Les K d'or - de Jérémy Ferrari - Critique

    Heureusement, Eric Judor vient relever un peu le niveau avec un personnage marrant, renforcé par les talents d'improvisation de l'acteur. Aucune grande surprise, ceci dit, pas même le twist qu'on voit venir des kilomètres à l'avance. Mais au moins, l'humoriste m'a fait rire. Et encore, je parle de quelques pouffements sur 1h30 : aucun éclat de rire, car aucune blague ne méritait vraiment de s'en décrocher la mâchoire. Les musiques, censées nous accompagner dans ce rythme effréné, sont répétitives et n'aident pas en ce sens.

    Même les thématiques du film sont aux fraises : l'héritage de Kadhafi n'est qu'une fine toile de fond qui n'apporte aucune matière à l'intrigue, ni même au personnage principal. On s'en fout un peu, finalement, ce n'est qu'une course-poursuite interminable dont on peine à comprendre les enjeux. Tout n'est qu'un prétexte à enchaîner des sketches de façon foutraque, avec des scènes pseudo-émotionnelles au beau milieu (la relation entre Zoulika et Prashi : d'où ça sort ?). Une fois le film terminé, je me suis demandé ce que j'avais vu, et pourquoi je l'avais vu. Ceci étant dit, les décors sont magnifiques et on ne peut pas le nier.

    Bref, je ne comprends pas comment ce film peut s'inscrire dans la carrière de Jérémy Ferrari : ça ne lui ressemble pas et je suis incapable de défendre cette comédie d'aventure ratée. Ça ne m'empêchera pas d'être au rendez-vous pour le prochain spectacle de l'artiste, mais la déception est immense.

 

 

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J
Je n'ai pas regardé tout l'article pour ne pas me faire spoiler, mais juste le debut qui m'a refroidi 😭 j'étais hypé quand je suis allé voir le trio et qu'ils avaient passé la bande annonce, tant pis, ca sera pas encore cette fois qu'on aura une bonne comédie française .. je le regardais quand même mais au moins j'en attend plus grand chose, une peu comme Kaamelott !
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S
Ah mais c'est peut-être juste moi... Le film a tout de même de bons retours ! Je serai curieux de savoir ce que t'en penses quand tu le verras ;) Si la bande-annonce t'a fait marrer, franchement y'a moyen que le film te plaise.