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Le crime du 3e étage - de Rémi Bezançon - Critique

Le crime du 3e étage - de Rémi Bezançon - Critique

     Film français inspiré de Fenêtre sur cour, par le réalisateur du Premier jour du reste de ta vie, avec une très jolie affiche et un duo d'acteurs charmants : comment pouvait-on m'attirer en salles autrement ? Malheureusement, si Le crime du 3e étage est globalement sympathique, il est davantage une lucarne sur courette qu'une véritable comédie-thriller palpitante.

 

Le crime du 3e étage - de Rémi Bezançon - Critique

     Colette est professeure de cinéma, spécialiste du cinéma d'Hitchcock. Un jour, en observant l'appartement situé en face de sa fenêtre, elle est persuadée de voir son voisin assassiner sa femme. Ni une, ni deux, elle embarque son mari, un écrivain pantouflard, dans une enquête dangereuse pour découvrir la vérité. 

     Le crime du 3e étage est effectivement un film sympathique, notamment grâce à l'alchimie entre Laetitia Casta et Gilles Lellouche à l'écran. Ce petit jeu est plutôt amusant et les deux comédiens parviennent à nous embarquer – tant bien que mal – dans cette histoire lourdement écrite. Quelques scènes sortent du lot, non pour l'intrigue mais pour les rares instants d'humour que Casta et Lellouche nous offrent (la scène des lunettes de soleil, ou encore le moment de tendresse au restaurant, sont de jolies idées). 

 

Le crime du 3e étage - de Rémi Bezançon - Critique

     Cependant, on a peu de choses à se mettre sous la dent et il est difficile de savoir dans quel genre se situe Le crime du 3e étage. S'il s'agit d'une comédie, elle tombe souvent à plat à cause de dialogues trop écrits et parfois surjoués. S'il s'agit d'un thriller décalé à la manière de François Ozon (Mon crime, 8 femmes), le ton n'est pas assez poussé : ça hésite en permanence entre le réalisme et la référence méta, mais Rémi Bezançon ne choisit aucun camp. Les voix off gâchent des scènes de suspense qui auraient pu être prenantes mais qui deviennent surexplicatives (sans raison !). Les clins d'œil façon "le film est conscient d'être un film" sont de trop, à tel point que je ne savais plus si Le crime du 3e étage se prenait au sérieux où s'il s'agissait d'une sorte de parodie douce. Malheureusement, il semblerait que le film se prenne un peu trop au sérieux dans la référence, et c'en est parfois gênant. À un moment, le personnage de Casta dit : "normalement, dans les films d'Hitchcock, c'est ici qu'une musique stressante vient amplifier la tension". Suite à cette remarque, quelques notes de musique démarrent pour ponctuer la scène. Cette astuce est d'une lourdeur phénoménale. 

     Et puisqu'il faut parler de l'hommage au cinéma d'Hitchcock, je suis franchement dubitatif. Rémi Bezançon a bien révisé ses classiques et c'est chouette : on retrouve tantôt la lumière de Fenêtre sur cour (même Laetitia Casta a des airs de Grace Kelly), tantôt les escaliers en plan zénithal chers au maître, mais aussi le rideau de douche de Psychose, le travelling compensé de Vertigo, et j'en passe. On a même droit à la silhouette d'Hitchcock qui sort d'un hôtel, lourdement appuyée par le regard de Laetitia Casta qui se retourne sur son passage de manière exagérée. Comble du comble : une interview d'Hitchcock, qui revit à l'écran pour nous expliquer comment construire une scène de suspense. Rien n'est suggéré, tout est expliqué. On a davantage l'impression de suivre un cours de Colette / Rémi Bezançon à propos de la technique d'Alfred Hitchcock, plutôt qu'un vrai film qui s'en inspire. 

 

Le crime du 3e étage - de Rémi Bezançon - Critique

     De plus, Le crime du 3e étage insiste sur l'importance d'avoir un "méchant" de qualité. Mais Guillaume Gallienne, avec sa voix doucereuse et sa délicatesse légendaire, est bien loin d'incarner un tel ennemi. J'ai beau adorer le comédien pour toutes les qualités qu'on lui connait, il est ici en décalage complet avec le rôle qu'il est censé avoir. Il n'inspire aucune peur, aucune menace, et ce n'est pas son maquillage fantomatique (lors des scènes de théâtre) qui arrange les choses. Le personnage semble davantage pitoyable et mou, que capable de violence. 

    Pour conclure, Le crime du 3e étage partait d'une bonne idée mais se retrouve gâché par une narration très lourde et un scénario surréaliste. J'ai attendu pendant 1h45 un twist hitchcockien (je pensais que Colette avait organisé tout ceci avec l'accord de ses voisins pour raviver la flamme romanesque chez son mari !), mais même le dénouement fut décevant. Tant pis.

 

 

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R
Le policier/thriller/whodunit cinéphile, c'est tout un genre par chez nous. Mais c'est souvent un peu mou du genou.<br /> Voir certains films de Bonitzer (j'attends de voir son Maigret quand même) ou le parfum vert de Pariser aussi. C'est sympa, référencé, mais ça casse pas trois pattes à un canard.
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S
Le thriller policier français a du mal à se démarquer, oui. On manque peut-être d'acteurs qui auraient les épaules pour ce genre de rôles.