En 1900, des élèves d'une école privée partent en pique-nique à Hanging Rock, une étrange formation rocheuse au sud de l'Australie. Quelques unes décident de s'aventurer plus loin sur le rocher et disparaissent sans laisser de trace. Réalisé en 1975 par Peter Weir, Pique-nique à Hanging Rock est un film énigmatique qui m'a été conseillé par Juvl, que je remercie pour cette proposition.
J'ai beaucoup aimé Pique-nique à Hanging Rock qui est un film étonnant et inhabituel. Ce n'est pas étonnant car Peter Weir est un réalisateur passionnant, à l'origine de nombreux films qui ont forgé ma cinéphilie. Parmi eux, The Truman Show est évidemment un incontournable, et je vous conseille le méconnu The Mosquito Coast avec Harrison Ford. Cependant, Pique-nique à Hanging Rock (son deuxième long-métrage seulement) serait davantage à rapprocher du Cercle des Poètes Disparus qu'il réalisera 14 ans plus tard. Bien que les deux films traitent leurs sujets différemment, on y retrouve le cadre du pensionnat strict (pour garçons dans le film de 1989, et pour filles dans Hanging Rock), de l'autorité oppressante, de la transition entre l'adolescence et le monde adulte... Dans les deux cas, c'est un événement tragique qui vient fissurer l'institution.
Mais surtout, j'ai retrouvé la lumière douce de Dead Poets Society, avec son grain si particulier. L'image est lumineuse et semi-floue notamment dans les scènes en extérieur ; à ce titre, j'ai adoré la première partie du film, lors de laquelle les protagonistes sont attirées par Hanging Rock de manière mystique, sous un soleil de plomb. Les images sont sublimes et même obsédantes, il faut dire que la musique est aussi puissante que mystérieuse, elle impose une atmosphère dingue dès les premières secondes du film. Clairement, la BO de Gheorghe Zamfir va me rester longtemps en tête pour l'effet produit durant le visionnage : cette flûte et cet orgue sont entêtants et le compositeur donne à Pique-nique à Hanging Rock une dimension surnaturelle et fascinante.
Visuellement, le film a clairement inspiré de nombreuses œuvres devenues elles-mêmes cultes par la suite, je pense au mystère qui entoure les sœurs Lisbon dans Virgin Suicides (quatre jeunes filles portant des vêtements souples et blancs, qui intriguent les garçons et sont entourées d'une aura insaisissable), mais on pense aussi à des films comme Midsommar. Bref, j'ai été happé par l'ambiance visuelle et sonore du film dans la première partie, la mise en scène est très originale. Les plans sur les rochers ont un bel impact à l'image, soit par l'intermédiaire de fondus enchaînés qui permettent de renforcer le lien entre les filles disparues et Hanging Rock, soit par diverses paréidolies inquiétantes (par leurs formes, la plupart des rochers font penser à des visages).
La deuxième partie du film est bien plus obscure : on reste enfermés dans le pensionnat et on suit les conséquences de ces disparitions sur les autres membres de l'école. Sara, une élève qui admirait Miranda, va perdre toute envie de vivre. L'une des professeures, Mademoiselle de Poitiers, est troublée par l'événement, déstabilisée par son côté surnaturel. Quant à la directrice, Madame Appleyard, elle est rongée par la culpabilité, bien qu'elle ne souhaite pas l'admettre. Chacune des actrices marque l'écran par ses apparitions, d'autant que la plupart ont peu d'expérience dans le cinéma à l'époque de la sortie du film (à part Rachel Roberts).
Dans la première partie, Anne-Louise Lambert est fascinante et superbement mise en valeur par l'image, bien que son personnage ait peu de relief. Ensuite, les trois actrices Rachel Roberts, Helen Morse et Margaret Nelson portent la deuxième moitié du film sur leurs épaules, jusqu'à la dernière minute.
Bref, Pique-Nique à Hanging Rock a un côté mystique qui m'a beaucoup surpris. Le film flirte avec le surnaturel, avec un scénario ambigu (adapté d'un roman de Joan Lindsay) qui se moque de s'encombrer de grandes révélations. J'ignore, pour le moment, si le film finira dans mon top 500. C'est bien possible. Une expérience déstabilisante, frustrante aussi, mais franchement marquante.