Oscar du meilleur film en 2019, Green Book est un road trip tiré d'une histoire vraie : celle d'un pianiste (Dr Don Shirley) et de son chauffeur (Tony Lip) en 1962. Ce scénario académique me faisait un peu peur, car il s'agit clairement d'un aimant à récompenses – d'ailleurs, ça n'a pas manqué. Sous le conseil de LV426, je me suis enfin lancé, et le verdict est bien plus positif que ce que je craignais. Un film au déroulement très attendu, mais parfaitement exécuté.
Green Book était calibré pour les Oscars : il est ici question de racisme dans l'Amérique ségrégationniste, vu sous l'angle consensuel d'une amitié inattendue entre deux hommes dont les préjugés vont être brisés par leur rencontre. Les performances des acteurs sont elles aussi oscarisables, entre Viggo Mortensen et sa transformation physique (prise de poids, travail sur l'accent et la gestuelle) et Mahershala Ali, plus intérieur et subtil. Finalement, le film souffre donc précisément du problème qui m'empêchait de le découvrir, à savoir que l'intrigue ne surprend jamais : Green Book suit un chemin attendu, semé de toutes les embûches qu'on s'attend à rencontrer. Il n'y a guère de temps forts ni d'émotion particulière, mais...
Car il y a un "mais" : le film de Feter Farrelly est passionnant de bout en bout, notamment grâce à la présence des deux acteurs, chacun phénoménal dans son registre. Mahershala Ali a remporté l'Oscar du meilleur acteur dans un second rôle et c'est mérité, mais je ne comprends pas pourquoi Viggo Mortensen ne l'a pas décroché lui aussi, tant il habite son personnage. Dans la peau d'un rustre qui cache une véritable finesse, l'acteur est exceptionnel.
La relation entre Don Shirley et Tony Villelonga est irrésistible et j'ai parfois eu l'impression de ne faire que sourire et rire (jusqu'aux éclats, parfois) durant deux heures. Ça fait beaucoup de bien de voir une comédie douce et optimiste sur un tel sujet. Malgré les déconvenues que subissent les deux hommes durant leur périple, il n'y a jamais de victimisation ni de scènes larmoyantes ou apitoyantes. C'est l'humain qui prend le dessus, grâce aux dialogues superbement écrits, plutôt que l'émotion. D'ailleurs, la musique n'est jamais au centre du film, elle est discrète et totalement oubliable, mais c'est une qualité : le ton est très juste, c'est une vraie prouesse. C'est d'autant plus étonnant que Peter Ferrelly est un habitué des comédies bien grasses et potaches (Dumb and Dumber, Mary à tout prix, Bon à Tirer, etc.). Tant de sensibilité venant de ce réalisateur, c'est plutôt déstabilisant.