Header cover

Pain Hustlers - de David Yates - Critique

Pain Hustlers - de David Yates - Critique

     Voici le 20e et dernier film du concours, qui m'a été proposé par M-J. Pain Hustlers, ou Marchands de douleur, s'inspire vaguement d'une affaire réelle : celle de la promotion agressive et frauduleuse d'un médicament dangereux, le fentanyl, par une société pharmaceutique prête à tout pour maximiser ses profits. Ce film, qui se veut être une comédie dramatique, m'a déçu sur la forme comme le fond.

 

     Cet article contient de nombreux spoilers.

 

Pain Hustlers - de David Yates - Critique

     Je suis navré, M-J, mais Pain Hustlers m'a laissé totalement sur le carreau, notamment parce que je n'ai pas compris ce que souhaitait faire David Yates avec ce sujet. Ou plutôt si, je l'ai compris, mais c'est précisément le problème. Marchands de douleur s'inscrit dans la lignée des récits dénonçant les dérives de l'industrie médicale, où la logique financière prend le pas sur l'éthique, sauf que le film prend étrangement le parti de celle qui est à l'origine de tous ces drames, plutôt que de nous faire compatir pour les victimes.

    Toute l'intrigue est centrée sur Liza Drake (jouée de manière très creuse par Emily Blunt) et les conséquences humaines sont à peine survolées, ce qui laisse une impression désagréable.

 

Pain Hustlers - de David Yates - Critique

     Le film est coupé en deux parties. Dans la première, Yates mise sur la comédie, avec un côté "cool" à la Ocean's Eleven ou Le loup de Wall Street, et la musique entraînante qui va avec ce genre de récits. On a une galerie de personnages caricaturaux, entre la fille décontractée et pyromane qui se fait exclure de son école (Chloe Coleman, très à l'aise dans ce rôle et peut-être même la seule au casting à proposer quelque chose d'original), soutenue par sa mère qui l'élève seule (Emily Blunt, globalement insipide), ou encore le grand patron cynique (Andy Garcia) et l'employé véreux (Chris Evans, qui remplit toutes les cases du cliché du cadre commercial sans scrupules). 

     Ce dernier engage Liza dans son entreprise lors d'une scène totalement lunaire : la jeune femme se présente sans aucune qualification et le gars prend le risque de trafiquer lui-même le CV pour qu'elle puisse rejoindre l'entreprise. Pourquoi ? Parce qu'elle a su deviner son métier après un verre de whisky dans un bar ? On ne comprend pas très bien. 

 

Pain Hustlers - de David Yates - Critique

     Vient ensuite la folle ascension de Liza qui passe, en moins de trois mois, d'une situation précaire à une vie de milliardaire. Un jour, femme paumée prête à travailler dans un strip-club pour gagner le minimum, le lendemain grande stratège du marketing, dont David Yates déroule le tapis rouge à chaque apparition. Le réalisateur s'essaye à filmer de grandes fêtes clairement inspirées du Loup de Wall Street de Scorsese mais la comparaison est terrible, surtout qu'Emily Blunt ne suscite absolument pas le même engouement que DiCaprio, et que David Yates est loin d'être un virtuose derrière sa caméra.

     Je passe sur tous les clichés que le film accumule dans cette première partie : l'entreprise qui donne des conférences en emportant la foule comme s'il s'agissait d'une secte, ou encore la fille de l'héroïne, gravement malade, permettant de justifier que Liza n'est pas "si mauvaise". Et c'est là que Pain Hustlers fait à mon avis la pire des erreurs...

 

Pain Hustlers - de David Yates - Critique

     Car la deuxième partie du film n'est qu'une tentative désespérée de faire passer Liza pour une pauvre femme victime de cette entreprise. Le discours est clair : oui, elle a participé à tuer de nombreux patients. Oui, elle s'est enrichie jusqu'à plus soif sur le dos de ces morts. Mais vous comprenez, elle ne l'a pas fait exprès... elle ne s'est pas rendue compte. Et puis sa fille va mourir si elle ne gagne pas ces $450 000, alors elle ne mérite pas la prison comme tous les autres.

     David Yates n'a qu'une idée en tête : se servir du drame pour qu'on ait de l'empathie pour Liza... et pas pour les victimes, non ! Ça, il s'en fout un peu. Ce qui l'intéresse, c'est que le spectateur s'apitoie sur le sort de Liza, jusqu'à la séquence du tribunal qui est profondément absurde : Liza est condamnée à 18 mois de prison, et Yates nous présente ça comme une tragédie, comme si le spectateur devait compatir pour cette pauvre femme.

    Dans la salle d'audience, l'épouse d'une victime, dont la vie a été gâchée par Liza et ses associés, est émue par le discours horriblement cliché de l'accusée. Même moi, qui n'ai suivi cette histoire que de loin durant 1h30, j'avais envie que cette femme cupide finisse au trou, et vite. Alors pourquoi veut-on nous la rendre sympathique, au point d'en faire l'enjeu dramatique central du film ? C'est incompréhensible.

    Quant aux interviews en noir et blanc, n'en parlons même pas, c'était le pompon. Je n'avais aucune envie d'éprouver de l'empathie pour Liza, mais David Yates a voulu m'y contraindre. C'était étrange.

 

Pain Hustlers - de David Yates - Critique

      Pour résumer, M-J, j'espère que tu ne m'en voudras pas d'avoir été aussi négatif sur le film que tu m'as conseillé (à charge de revanche ?), mais le traitement bizarre de cette affaire m'a hérissé le poil. Entre comédie non assumée et drame qui vise à côté. J'ai vu ici une accumulation de clichés, et très peu de profondeur chez les personnages, déjà vus mille fois ailleurs. 

 

 

Retour à l'accueil
Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article