Je vais me fâcher avec les fans de la première heure de Bertrand Blier, mais tant pis. Beau-père est sorti il y a 45 ans, et d'aucuns diront qu'il est important de le remettre dans le contexte de son époque. Cependant, ce film qui raconte l'éveil et la découverte sexuelle d'une mineure par son beau-père de 30 ans a de quoi faire grincer des dents. Ariel Besse (15 ans lors du tournage) et Patrick Dewaere (33 ans) ont des contacts explicites qui mettent mal à l'aise, et qui dépassent malheureusement mes limites. Je sais bien que les conditions de tournage étaient différentes et moins encadrées à l'époque, mais ça n'excuse pas tout. Car il ne s'agit pas seulement d'une idylle cachée et silencieuse. Ils se touchent, s'embrassent.
Le film est globalement encensé par les français. Certains parlent d'une jolie histoire d'amour impossible, certes tabou, mais émouvante. Et puis merde, quoi, on peut plus rien dire, on peut plus rien faire. Aujourd'hui, dans notre triste époque, le film aurait été censuré, et puis merde, Coluche il ne pourrait plus exister dans cette société, et bla bla bla.
Qu'on me comprenne bien : je ne suis pas contre la thématique du film. Évoquer des sujets aussi délicats que l'inceste, c'est nécessaire, et Beau-père n'encourage pas ces pratiques. Ce n'est donc pas le scénario qui me chiffonne, mais l'utilisation d'Ariel Besse pour incarner cette jeune fille manipulatrice. Ce qui m'inquiète, ce sont aussi les réactions de certains spectateurs devant ce qu'ils considèrent être un chef d'œuvre. J'ai lu des critiques qui m'ont estomaqué, des choses qui m'ont fait froid dans le dos. Par exemple : qu'il est regrettable qu'un adulte ne puisse plus caresser la poitrine d'une mineure sur un tournage aujourd'hui. Oui, regrettable ! Ce sont sans doute les mêmes qui trouvent que Gainsbourg avait un côté cool lorsqu'il expliquait à Houston qu'il voulait la baiser. Pourquoi pas.
Pour en revenir au film, vous m'excuserez, mais voir un type de 30 balais tripoter une gamine de 14 ans, c'est pas mon délire. Le fait que certains qualifient ça de romance... ça me sidère. Je pense même que ça me terrifie. Beau-père aurait pu être autrement plus ambigu, fin, sensible. Ici, Ariel Besse déclame froidement des répliques apprises par cœur et absolument pas réalistes. À quel moment une gamine insiste à ce point pour obtenir des faveurs sexuelles de son beau-père ? Bertrand Blier décrit ici une jeune fille manipulatrice, qui finit par avoir raison de celui qui l'a élevée : devant son assurance et ses arguments, l'homme craque. Je ne tiens pas à faire de mauvais procès au cinéaste, mais le comportement de Marion dans ce film laisse un arrière-goût désagréable de fantasme tordu. M'enfin, je suis peut-être trop coincé, trop prude ? Trop con ? Ok.
On pourrait me rétorquer que le but est de provoquer. Que c'est du cinéma. Et c'est peut-être bien le seul argument que je pourrais entendre, car niveau mis en scène, Beau-père est travaillé. Si on met de côté la controverse, ce film est superbe tant sur l'image que sur l'utilisation de la caméra, il faut l'admettre. Patrick Dewaere, quant à lui, est toujours aussi fou, aussi doué, et je suis persuadé que son comportement sur le tournage fut le plus respectueux possible à l'égard de sa jeune partenaire.
C'est du cinéma, oui. Mais Ariel Besse, elle, ce n'est pas un personnage. C'est une actrice, ou plutôt une gamine dont l'image a été exploitée jusqu'à être montrée seins nus sur de grandes affiches à travers la France, sans son accord ni celui de ses parents. L'image qu'elle donne dans Beau-père, au-delà même de l'inceste, c'est celle d'une "femme-objet", comme le dit Marion lorsqu'elle explique à son Rémi qu'il peut faire ce qu'il veut d'elle. Je ne vois pas bien l'intérêt.
C'est du cinéma, oui. Mais lorsque, sur le tournage de Cannibal Holocaust, un acteur décapite et dépèce une tortue pour les besoins du film, on ne dit pas que c'est du cinéma. On dit que c'est dégueulasse, car la réalité a dépassé la fiction. Dans Beau-père, c'est pareil. Quand une actrice de 14 ans se montre nue à l'écran et qu'elle enchaîne des répliques qui n'ont aucun sens pour une ado de cet âge, et bien c'est dégueulasse.