El reino m'a été conseillé par Damien, qui continue – pour mon plus grand plaisir – de me faire découvrir le cinéma espagnol. Ce thriller politique à la mise en scène magistrale est palpitant.
El reino nous embarque dans une spirale : celle d'un puissant homme politique qui voit sa vie s'effondrer face aux scandales de corruption qui menacent son parti. Trahi par ses alliés, il lutte pour sauver sa carrière mais également sa famille et sa vie. Durant deux heures, la musique impose une tension permanente, il n'y a aucun moment de répit et Sorogoyen maîtrise son rythme à la perfection.
Le montage d'Alberto del Campo est dynamique et d'une efficacité redoutable : il utilise régulièrement des plans très courts, afin que le film ne souffre d'aucune longueur. Par exemple, lorsque Manuel débarque quelque part, on le voit sortir d'une voiture, entrer dans un bâtiment, parcourir des couloirs, tout ça de manière entrecoupée à l'aide de plans de deux ou trois secondes seulement. C'est un thriller nerveux, d'une efficacité redoutable, qui colle le personnage principal au plus proche sans éterniser les moments inutiles.
Et puis parfois, Sorogoyen décide au contraire d'utiliser des plans-séquences pour nous faire vivre certaines situations tendues en temps réel, comme une course contre la montre qui donne l'impression que le personnage sombre dans un engrenage de plus en plus dangereux. Je me souviendrai notamment d'un plan de 10 minutes sans aucun cut et plein de suspense. J'ai été pris dans la scène, incapable d'en décrocher les yeux. Je n'avais qu'une pensée : "bon sang, comment ça va finir ?".
Le réalisateur, de plus, a l'intelligence de ne pas nommer le parti fictif présenté dans le récit : El reino parle d'un système de corruption général qui envahit la politique, mais également les médias et la justice. Manuel lui-même est loin d'être un saint car il participe amplement à ce système, et c'est d'ailleurs toute la force du film. Antonio de la Torre est excellent d'un bout à l'autre et mérite totalement sa récompense aux Goyas – et le film n'a pas non plus volé ses autres prix : meilleur réalisateur, scénario, musique, montage... Antonio de la Torre est par ailleurs soutenu par un casting sans faille, chaque acteur et chaque actrice incarnant les différentes dents du rouage.
Bárbara Lennie, notamment, est marquante malgré un temps d'écran assez faible. Dans la peau d'une journaliste elle-même soumise à un manque de liberté, l'actrice que j'avais déjà trouvée phénoménale dans L'accusé est ici magistrale. La dernière scène du film consiste en un dialogue puissant qui va me rester en mémoire très longtemps, et qui rend El reino particulièrement cynique et réaliste. Je ne m'attendais pas à ce dénouement, mais il est très malin et fait l'effet d'un coup de poing lorsque le générique apparaît.
Bref, El reino est génial ; je vous le conseille et je remercie Damien pour la découverte. Je ne me serais jamais dirigé naturellement vers un thriller politique, thème qui ne me passionne pas habituellement. Cependant, lorsque c'est fait avec brio et intelligence, on ne peut que savourer de la première à la dernière minute.