On poursuit la semaine avec un autre film que je n'avais pas tenté depuis plus de 10 ans, bien qu'il figure parmi mes 50 films préférés depuis 2013. The Broken Circle Breakdown (dont je préfère pour une fois le titre français Alabama Monroe) est un superbe drame belge signé Felix Van Groeningen. L'un des films les plus tristes du monde.
Cet article dévoile plusieurs points importants du scénario.
Alabama Monroe est un joli cocktail de plusieurs talents réunis autour du même projet. Il s'agit à la base d'une pièce de théâtre flamande de Johan Heldenbergh et Mieke Dobbels, centrée sur Elise et Didier, deux musiciens qui vivent une histoire passionnée jusqu'à ce que leur fille Maybelle reçoive un diagnostic de cancer.
Felix Van Groeningen était déjà ami avec l'acteur Johan Heldenbergh, qui tient ici le premier rôle et qui travaille régulièrement sous la direction du cinéaste (La merditude des choses, Belgica, ou même son premier film Steve+Sky). Lorsque le réalisateur a assisté à la pièce, il a été conquis et a choisi de la réécrire pour le grand écran avec le scénariste Carl Joos.
Mais l'une des grandes forces du film réside dans son montage : le monteur belge Nico Leunen a su adapter cette histoire de manière cinématographique, en alternant les scènes de passé et de présent avec fluidité et intelligence, parfois comme un puzzle à reconstituer.
Alabama Monroe est une vraie pépite, qui aborde la mort mais également l'amour, le deuil. Le film, outre ses thématiques évidentes, parle aussi de croyances : les personnages s'interrogent sur la vie après la mort, sur la façon de voir les signes, et ragent contre des politiques religieuses qui freinent les avancées médicales. Van Groeningen tape surtout sur l'Amérique et W. Bush.
Sur les croyances, le film pose également des questions d'éducation : il est en effet délicat d'expliquer la mort à son enfant malade.... Tout ceci participe à des discussions passionnantes qui rendent le film d'autant plus profond : Alabama Monroe ne s'attarde pas seulement sur la tristesse des personnages, il développe le fond de leurs pensées, leurs raisonnements psychologiques.
Les deux comédiens principaux sont exceptionnels de justesse, que ce soit Johan Heldenbergh dans sa rage explosive comme Veerle Baetens, exceptionnelle d'intensité. L'actrice se transforme complètement, capable aussi bien de jouer la femme amoureuse des débuts comme la mère détruite et endeuillée, cruelle dans ses paroles.
Et puis, bien sûr, Alabama Monroe ne serait pas ce qu'il est sans sa musique, signée Björn Eriksson, qui joue également dans le film comme l'un des membres du groupe de bluegrass. La BO d'Alabama Monroe est entêtante, entraînante, envoûtante. La musique participe à l'émotion du film, que ce soit dans les moments de joie comme de deuil, elle m'a déchiré en 2013 et continue de me hanter régulièrement.
Elle n'accompagne pas seulement les images, elle fait partie intégralement de la narration. Les personnages sont en effet musiciens et les chansons deviennent, au cours du film, un moyen d'exprimer ce qu'ils ne parviennent plus à se dire. Pour ne rien gâcher, les chansons sont interprétées par les acteurs eux-mêmes.
The Boy Who Wouldn't Hoe Corn fait partie de mes morceaux préférés notamment grâce au banjo, la mélodie est enjouée et pleine de vie. Je suis reparti pour l'écouter en boucle durant des semaines. Mais c'est Sand Mountain qui fournit le plus d'émotion, car elle survient à divers moments pour exprimer des émotions radicalement différentes : elle unit Elise et Didier (c'est la chanson de sa demande en mariage), mais les sépare aussi : la dernière séquence du film est déchirante.
Bref, je suis ravi d'avoir renoué avec ce film, même si ça me faisait peur : entre mes deux visionnages, je suis devenu père, l'émotion n'est donc pas exactement la même... Alabama Monroe est sublime.