Her. Voilà un autre exemple de film qui est devenu un coup de cœur immédiat lorsque je l'ai découvert à sa sortie, et que je n'avais jamais revu. L'heure est donc à la réévaluation : le drame de Spike Jonze est-il aussi poignant et pertinent en 2026 ?
Oui et mille fois oui. À l'ère de l'explosion de l'intelligence artificielle, d'ailleurs, Her n'est plus tellement un film d'anticipation, car le futur qu'il décrit est désormais notre présent. Le film fait état de la solitude de plus en plus prononcée d'une partie des êtres humains, qui se replient sur la technologie pour tenter de ressentir des choses.
La solitude est l'une des thématiques les plus importantes d'Her, mais le propos le plus frappant porte sur le jugement des autres et sur la réalité des émotions que nous vivons. Her nous questionne : si Theodore ressent des choses puissantes par le biais d'une intelligence artificielle, cela veut-il dire que ses émotions sont artificielles, elles aussi ? Si le sentiment amoureux ne cible pas une personne réelle, est-il nécessairement factice ? Le film est remarquable de ce point de vue, car le personnage de Theodore est traité avec sensibilité et compassion, sans le considérer comme l'homme misérable que certains pourrait voir en lui.
Le casting est parfait pour mettre en place tous ces points de vue, notamment les actrices. Amy Adams en amie compréhensive, Rooney Mara en ex-compagne incrédule, Olivia Wilde en femme qui recherche de l'authenticité, Scarlett Johansson en amoureuse invisible, toutes sont fabuleuses.
Amy Adams, notamment, donne la réplique à Joaquin Phoenix dans des conversations profondes autour de ce sujet (à savoir : certaines émotions peuvent-elles être considérées comme "fausses" ?), et j'aime tout particulièrement le caractère intime de ces scènes. La lumière est sombre, mais douce et tamisée.
Par ailleurs, Spike Jonze fait parfois des choix de montage absolument sublimes, avec des flashbacks silencieux. Après 13 ans, j'avais oublié ces passages, mais il est indiscutable qu'ils ont joué une part importante dans mon appréciation de Her. Ces flashs, qui apparaissent parfois à l'image sans musique, m'ont mis dans tous mes états. On peut citer le moment où Theodore se souvient du visage de la fille du rendez-vous, ou encore de la signature des papiers du divorce. Lorsque Catherine prend le stylo pour conclure la séparation, on assiste à un pur moment suspendu, de ceux que je chéris, de ceux qui me font aimer le cinéma. Theodore repense aux plus beaux moments de leur relation, et on n'entend que le crissement de la mine sur le papier en fond sonore. Que c'est poignant.
Her est parcouru de grands moments de mélancolie, comme la chanson au ukulélé qui m'a fait fondre en un instant. C'est d'autant plus dur que le film nous achève ensuite avec sa conclusion inévitable : comme toute relation, les plus réelles comme les plus artificielles, celle entre Theodore et Samantha doit se terminer. Ici, elle se conclut dans la souffrance, et cette douleur est bien réelle, pas numérique.
Her fait toujours partie de mes films chouchous, car son propos est intelligent, en avance son temps en 2013, un peu comme l'avait été Lars and the real girl en 2007. C'est assez triste, d'ailleurs, car je ne suis pas sûr qu'un tel sujet serait abordé de manière aussi sensible aujourd'hui.
Il règne dans ce film une intimité émouvante, une atmosphère délicieuse, car le spectateur rentre dans le jeu et pourrait presque tomber amoureux, lui aussi, de la belle voix de Scarlett Johansson. Un petit chef d'œuvre.
Vous pouvez également lire mon précédent article sur le sujet.