En 2008, je criais à qui voulait l'entendre qu'Into the Wild était mon film préféré. Je pense l'avoir vu 10 fois avant 2010. Puis les années ont défilé et, à force de grandir et de ne plus regarder le film de Sean Penn, il a progressivement baissé dans mon estime, devenant presque un vieux souvenir de jeune cinéphile.
L'heure était donc venue de vérifier si Into the Wild méritait toujours sa place dans mon top 100. La réponse est oui, bien sûr. Non pas parce qu'il serait objectivement l'un des 100 meilleurs films de tous les temps (ça fait bien longtemps que cette notion n'existe plus sur le blog...), mais parce qu'il s'agit tout simplement de l'un de ceux qui ont marqué ma vie, et continueront de la marquer.
Lorsque le film est sorti, j'allais avoir 20 ans. J'étais plus jeune que Christopher McCandless et qu'Emile Hirsch. La philosophie du jeune aventurier me fascinait. Je l'admirais sans doute, et j'avais même prévu d'entreprendre un périple similaire, qui ne s'est jamais concrétisé. Voilà pourquoi Into the Wild (le film, mais aussi le livre de Jon Krakauer) était devenue mon histoire vraie favorite : car elle était tragique et inspirante. Alexander Supertramp était une sorte d'exemple, un mec cool, un guide !
Qu'en reste-t-il 20 ans plus tard, alors que j'approche doucement de la quarantaine ? Et bien aujourd'hui, même si je ne suis pas encore devenu un vieux con, je suis bien plus vieux que Christopher McCandless. Il est devenu un gamin à mes yeux. J'adore toujours ses idées, je comprends son parcours, mais il n'est plus le héros que je m'étais créé. Bien que son rêve me touche toujours autant, je suis obligé de voir en lui une part d'égoïsme et de naïveté. D'inconscience. Car Chris McCandless ne s'était pas suffisamment préparé et, surtout, il a fui la réalité au lieu de l'affronter.
Pour autant, et c'est là que Sean Penn a fait fort, Into the Wild fut tout aussi passionnant à regarder à 38 ans qu'à 19. Mon âge a doublé, mais Into the Wild s'adresse toujours à moi. Seulement, il me parle différemment. Désormais, je pense aux parents de Chris, superbement campés par William Hurt (déchirant lors de sa dernière scène) et Marcia Gay Harden. Je pense également à sa soeur Carine, qu'il a tout simplement abandonnée derrière lui. Jena Malone est peu présente dans le film, mais elle intervient de temps en temps en voix off. Les répliques qu'elle lâche sont d'une tristesse !
Et lorsque mon âge aura encore doublé, comment Into the Wild continuera-t-il de me parler ? Je n'ai aucun mal à l'imaginer : à 76 ans, je m'effondrerai devant le personnage de Ron Franz, magnifiquement campé par le regretté Hal Holbrook – qui me fera lâcher une larme à tout âge. J'aurai peut-être, comme Mr Franz (de son vrai nom Russell Fritz), des regrets, ceux de ne pas avoir suffisamment profité de ma vie. Et Christopher McCandless redeviendra alors peut-être un héros, qui me poussera dans mes retranchements et me donnera envie d'escalader à nouveaux les montagnes.
Into the Wild est magnifique et grandit en nous, car on peut s'appuyer sur différents personnages et différentes histoires qui nous toucheront les unes après les autres au cours de notre vie. Alors certes, le point de vue de Sean Penn est assez biaisé : son personnage est vu comme un petit génie qui a tout compris à la vie et qui l'apprend aux autres. Mais ça n'empêche pas le spectateur de se faire son propre avis sur la question, car c'est bien plus subtil et ambigu que ça. Le garçon fait beaucoup d'erreurs, il continue d'avancer, motivé par sa souffrance familiale, mais il laisse aussi de la douleur sur son passage à travers les gens qu'il rencontre.
Au niveau de la réalisation, Sean Penn fait quelques fautes de goût, notamment dans les ralentis ou les fondus enchaînés. Mais il parsème aussi son film d'idées fabuleuses qui donnent un ton très mélancolique, bien aidé par les musiques de Michael Brook et d'Eddie Vedder. D'ailleurs, ces deux compositeurs donnent au film toute son âme, ils ont fait un boulot monstrueux.
Pour accompagner ces musiques, Sean Penn nous régale de plans aux couleurs somptueuses. Il insiste sur la nature en prenant le temps de la filmer. La beauté de certains paysages nous hypnotise. On vit cette épopée avec Chris, c'est un véritable voyage visuel doté d'un montage particulièrement efficace.
On aime également suivre les diverses rencontres que le personnage fait au cours de son aventure, inspirées des véritables personnes que McCandless a croisées en 1991-1992 et qui ont laissé leur témoignage dans le roman biographique de Jon Krakauer.
J'aime beaucoup la relation entre Chris et Tracy, qui n'emprunte pas les chemins qu'on aurait pu en attendre et qui vient renforcer à l'écran le caractère déterminé et solide de Chris. Les regards de Kristen Stewart, encore très jeune actrice à l'âge de seulement 16 ans, sont fascinants. Emile Hirsch, quant à lui, est exceptionnel à chaque instant, durant 2h30. On n'a qu'une envie : que Chris trouve enfin sa paix intérieure.
Bref, Into the Wild est un film avec lequel on peut grandir, et qui résonne différemment à chaque étape de notre vie. Gamin, on admire Christopher McCandless. Adulte, on le juge. Vieillard, j'imagine qu'on l'envie.