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Spencer - Analyse et comparaison avec Shining

Spencer - Analyse et comparaison avec Shining

      Cinq ans après avoir été conquis par Spencer, j'ai tardé à revisionner ce film. Beaucoup trop tardé. J'avais peur que la petite claque que j'avais prise n'ait plus d'effet la deuxième fois, peur que les émotions ne soient plus au rendez-vous, peur que le jeu de Kristen Stewart me sorte par les yeux, comme j'ai pu le lire dans de nombreuses critiques. 

     En 2021, c'est tout excité que j'avais intégré Spencer dans mon top 100. Puis, durant cinq ans, j'ai vu naître progressivement un sentiment : la honte de voir ce film parmi mes grands chouchous. Trop souvent, j'ai lu des critiques assassines sur Spencer, et je me suis posé des questions : "Mon vieux, t'as sans doute déliré... il est peut-être temps de supprimer ce film de ton top 100 ?".

    Mais avant, il fallait que je le revoie, pour comprendre quelle folie m'avait animé ce jour-là...

 

Spencer - Analyse et comparaison avec Shining

     Cet après-midi, j'ai donc redonné une chance à Spencer, et bon sang... Le film de Pablo Larraín a véritablement sa place parmi mes chouchous, il va donc y rester. 

    Je comprends que beaucoup de spectateurs soient restés sur le côté. Je comprends que Spencer ne passionne pas les foules. Mais je tiens à réexpliquer pourquoi ce film me touche personnellement. Spencer me bouleverse parce qu'il nous présente une femme qui souffre de l'intérieur, sans chercher à être un biopic. Le réalisateur l'a d'ailleurs annoncé à de multiples reprises : si vous souhaitez voir un film sur Lady Di, sur les événements qui lui sont arrivés, sur sa vie, alors vous vous trompez de film.

    Car Spencer, c'est en fait une fable, une plongée de trois jours dans la peau d'une femme qui ne se sent pas à sa place, et qui en souffre jusqu'à la moelle. C'est une descente dans la nostalgie de quelqu'un qui regrette le passé et ne voit pas son avenir. Qui cherche tous les moyens pour respirer, mais qui étouffe malgré tout.

 

Spencer - Analyse et comparaison avec Shining

      Kristen Stewart est merveilleuse. Son jeu a été énormément critiqué, car les amoureux de la Princesse Diana n'ont pas apprécié ses mimiques, son accent, sa posture. Mais pour moi, l'actrice incarne à chaque seconde la douleur intérieure de son personnage, sa souffrance psychologique, son envie de liberté. Diana, ici, n'est pas la femme de Charles. Elle n'est pas la mère de William et Harry. Comme l'indique le titre du film, on a affaire à Diana Spencer, à la petite fille qui s'émeut de récupérer le blouson de son père accroché à un épouvantail, et qui cherche à fuir la famille royale pour retrouver sa famille de sang. Son père, sa maison d'enfance.

     Voilà des thématiques qui me détruisent le cœur. 

 

Spencer - Analyse et comparaison avec Shining
Spencer - Analyse et comparaison avec Shining
Spencer - Analyse et comparaison avec Shining

     La double séquence autour de la maison d'enfance résonne en moi de façon profonde, et c'est la principale raison pour laquelle Spencer est un film aussi cher à mes yeux. Les pleurs de la princesse dans la bâtisse abandonnée me serrent les entrailles. Les plans sur Diana qui exprime sa liberté en dansant dans les pièces vides du palais me font penser aux plus belles heures de Terrence Malick. Elle viennent contrebalancer la séquence exceptionnelle à l'église, lorsque le personnage se sent prisonnière de sa situation, et qu'elle se soumet aux non-dits imposés par la famille royale.

 

     Et les couleurs, mon dieu, les ambiances ! La caméra de Pablo Larraín offre des mouvements qui donnent du volume, de la grâce, de l'élégance, mais elle ne fait pas tout. Il faut saluer la française Claire Mathon à la photographie, mais aussi Ralf Schreck à la direction artistique, ou encore Jonny Greenwood à la musique, car tous font un boulot magnifique. 

     J'ai, une fois de plus, été ébloui par les lumières. À titre d'exemple, la scène de dialogue entre Kristen Stewart et Timothy Spall est baignée dans la plus belle lumière du soleil couchant, en plein dans la golden hour. Que c'est somptueux !

 

Spencer - Analyse et comparaison avec Shining
Spencer - Analyse et comparaison avec Shining

    Tout est sublime et je n'aurai plus jamais honte d'affirmer que Spencer me touche au plus profond. Je vous redirige vers mon article de l'époque pour les détails.

 

Les parallèles entre Spencer et Shining

 

     Pour conclure cet article et tenter d'apporter un autre niveau d'analyse, je voulais passer un moment à décrire toutes les influences de Stanley Kubrick sur le film de Pablo Larraín. J'étais passé à côté de nombreuses choses la première fois, mais aujourd'hui j'ai fait la liste. 

     Spencer, au-delà d'être une fable sensorielle, est construit comme un film d'horreur. L'effondrement psychologique de Diana n'est pas sans rappeler l'isolement de Jack Torrance, d'autant que certaines musiques aux violons bien prononcés nous plongent souvent dans l'enfer mental que vit le personnage. 

     Voici donc tous les parallèles que j'ai pu voir entre Spencer et le chef d'œuvre de Kubrick :

 

Spencer - Analyse et comparaison avec Shining
Spencer - Analyse et comparaison avec Shining

    Le film débute de la même manière : une voiture sillonne les routes en plan zénithal pour parvenir à une grande bâtisse. Que ce soit l'Hôtel Overlook comme le Palais de Sandringham, ces bâtiments sont des prisons pour leurs personnages, qui s'enferment dans l'isolement voire la folie.

 

Spencer - Analyse et comparaison avec Shining
Spencer - Analyse et comparaison avec Shining
Spencer - Analyse et comparaison avec Shining
Spencer - Analyse et comparaison avec Shining

     Les décors sont similaires, avec ce goût pour la symétrie qu'avait Kubrick. Dans Shining, les plans-séquences ou les plans fixes nous immergent dans ces grandes pièces terrifiantes. Dans Spencer, c'est le même effet : Diana est perdue et affronte d'immenses corridors, mais elle suffoque à chaque coin de couloir.

 

Spencer - Analyse et comparaison avec Shining

     La cuisine de Shining contient une chambre froide avec des étagères, qui apparaît sous forme de grand frigo dans Spencer. Dans le film de Kubrick, avec ces morceaux de barbaque congelés, le message est clair : c'est la mort qui réside dans les murs de l'hôtel. Pour Pablo Larrain, c'est le contraire : Diana se meurt à l'intérieur mais cherche désespérément à être libre, à vivre.

 

Spencer - Analyse et comparaison avec Shining
Spencer - Analyse et comparaison avec Shining

     Le labyrinthe comme symbole de cette prison. Lorsque Diana arrive au palais, on retrouve un plan similaire au labyrinthe de Shining. L'idée est la même : les personnages s'engouffrent dans un lieu qui menace leur santé. Un peu plus tard dans le film, Pablo Larrain utilise un travelling latéral pour montrer Diana qui retourne vers le château contre son gré. Ce mouvement de caméra, bien sûr, est omniprésent dans Shining.

 

Spencer - Analyse et comparaison avec Shining

     Ici, Jack Nicholson domine la maquette du labyrinthe, Jack Torrance contrôle sa famille. Dans Spencer, on retrouve la même configuration avec un billard, et la même posture pour Kristen Stewart. Chacun des deux personnages est sur le point de craquer psychologiquement. Mais contrairement à Jack Torrance, Diana ne contrôle rien, elle est en position de faiblesse. Diana aimerait imposer ses choix pour ses deux garçons, mais la famille royale et les protocoles l'en empêchent.

 

Spencer - Analyse et comparaison avec Shining

     Dans Shining, Danny joue avec des petites voitures sur la moquette, et il est interrompu par des fantômes qui souhaitent jouer avec lui. Dans Spencer, le train électrique est laissé à l'abandon sur le tapis, pour montrer que le jeu n'a pas sa place dans cette maison. D'ailleurs, Diana attend de réveiller ses fils au beau milieu de la nuit pour leur proposer de jouer avec eux, ou pour leur offrir un cadeau d'anniversaire. Un peu plus tôt, on a également droit à un flashback de Diana dans son enfance, jouant au cerceau avec ses frères et sœurs. Sa famille d'enfance, elle aussi, a une présence fantomatique et douloureuse dans son esprit.

 

Spencer - Analyse et comparaison avec Shining

     On retrouve le costume de Mr Grady (Shining) sur les épaules de Timothy Spall, lui aussi très strict dans son attitude.

 

Spencer - Analyse et comparaison avec Shining
Spencer - Analyse et comparaison avec Shining
Spencer - Analyse et comparaison avec Shining

     Niveau décors, on ne peut pas passer non plus à côté de la salle de bains verte et jaune, ainsi que le miroir qui sert de révélation aux personnages. Dans Shining, Jack découvre que la femme qu'il embrasse n'est pas celle qu'il croyait. Dans Spencer, Diana découvre dans le miroir qu'elle ne parle pas à son amie Maggie, mais à une autre employée.

 

Spencer - Analyse et comparaison avec Shining

     Dans Shining, Jack court à travers la brume pour poursuivre sa famille dans un but meurtrier. Dans Spencer, Diana s'éloigne également de la maison à la recherche de sa famille, mais le but est ici purement nostalgique.

 

Spencer - Analyse et comparaison avec Shining

     Ce parallèle est plus capillotracté, mais on retrouve une même idée : la photo figée, bloquée dans le temps.

 

Spencer - Analyse et comparaison avec Shining

     Je termine avec le plan dans la voiture, très révélateur de ce que veulent raconter les deux films. Dans Shining, Jack et sa famille discutent en début de film. Ils sont heureux mais ils vont vers la gauche du cadre : c'est annonciateur de malheurs et de drames. Dans Spencer, le plan se situe au contraire à la fin du film et la petite famille se dirige vers la droite du cadre : ils évoluent positivement, dans la direction du bonheur.

 

     Voilà tout pour Spencer, que je suis ravi d'avoir redécouvert aujourd'hui.

 

 

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