Voilà, après 15 ans d'attente, j'ai enfin vu The Fall. Pour les nostalgiques du blog (s'il y en a quelques uns parmi vous), vous pouvez en effet remonter dans le temps jusqu'en 2011, via ce lien, pour constater que le film de Tarsem Singh figurait déjà à l'époque dans ma liste des films "à voir en priorité".
De nombreuses fois, j'ai failli le voir. Et puis ça ne s'est jamais fait. Cet oubli est aujourd'hui réparé grâce à Tanuki qui, en gagnant le dernier jeu organisé sur le blog, m'a recommandé le visionnage de The Fall. Je la remercie, car ce fut une très belle expérience. Bien qu'il n'ait peut-être pas comblé toutes mes attentes – et après 15 ans à le ruminer, c'est plutôt normal –, il est maintenant temps pour moi de le digérer, car l'originalité de The Fall ne laisse pas indifférent.
Il s'agit d'un film atypique et extraordinaire, mais j'ignore encore s'il est censé rejoindre les rangs de mon top 500. Du cinéma inhabituel et surprenant.
The Fall, c'est l'histoire d'une rencontre dans un hôpital : celle d'Alexandria, une petite fille de cinq ans qui s'est fait mal en chutant, et de Roy, un cascadeur qui a perdu l'usage de ses jambes suite à un accident et souhaite en finir avec la vie. Lorsque Roy raconte à Alexandria une histoire, celle-ci prend naissance dans l'imagination de la petite fille, mais aussi à l'écran.
J'avais de The Fall l'image d'un film très esthétique et rempli de couleurs, comme le sont les œuvres d'Alejandro Jodorowsky, dont le réalisateur indien Tarsem Singh s'inspire ici et là. Cette impression fut confirmée par mon visionnage : c'est une explosion de cinéma, de couleurs, mais aussi de véritables décors magnifiques (une vingtaine de pays ont accueilli l'équipe de tournage !). Formellement, il n'y a rien à redire, le film est une pépite visuelle lorsque le récit s'aventure dans toutes ces histoires contées par Roy et imaginées par l'enfant.
Du point de vue de la réalisation, là encore The Fall est un film maîtrisé de bout en bout. On y retrouve de la symétrie à la Kubrick, des travellings et des cadres millimétrés (parfois trop, d'ailleurs), et beaucoup d'espace et de plans larges qui permettent aux personnages d'exister.
Le montage est assez stupéfiant, alternant les séquences de conte et les dialogues bien réels dans l'hôpital. Rien que l'ouverture du film en noir et blanc est magnifique, il s'agit de l'un des plus beaux génériques que j'ai vus ces dernières années. L'utilisation de la Symphonie n°7 de Beethoven est peut-être un peu facile, mais bon, ça marche toujours !
On note aussi des transitions ingénieuses, comme celle ci-dessous lorsque le visage de l'un des personnages se fond dans le paysage désertique. Brillant.
Sur le fond, c'est peut-être un peu plus faible. Attention, le film de Tarsem Singh ne manque pas d'émotion. D'ailleurs, j'ai bien failli lâcher de nombreuses larmes lors de la séquence la plus déchirante du film. La façon dont ce conte évolue, afin de coller au plus près des idées noires de Roy, est absolument géniale. Le récit devient sombre, cruel, j'ai été pris à contre-pied par la tournure des événements fictifs, loin de mener à une happy end qu'on anticipe dans ce genre de contes. J'ai adoré ça, bon sang, c'était fou.
Sauf qu'en voyant les thématiques de The Fall (l'imagination, le conte, la relation père-enfant, la maladie), impossible pour moi de ne pas repenser à Big Fish de Tim Burton sorti 3 ans plus tôt. Et là, je dois bien l'avouer, The Fall souffre un peu de la comparaison. Les personnages, dans le film de Burton, ont une âme, ils symbolisent des choses poignantes et restent en tête longtemps après le visionnage. Dans The Fall, l'identité des divers personnages est bien plus floue et moins pertinente, à mon goût.
Bref, j'ai beaucoup aimé The Fall, malgré un petit bémol sur la double lecture conte / réalité, qui aurait pu être plus frappante. Néanmoins, je pense que le film va me marquer et je remercie Tanuki pour m'avoir poussé (enfin) à le découvrir. Une belle surprise que je vous recommande à mon tour.