Après plusieurs mois à me demander si mes filles (7 et 10 ans) n'étaient pas trop impressionnables, je me suis décidé à leur montrer l'un des nombreux chefs d'œuvre de Spielberg : Jurassic Park. Verdict : la grande a adoré, et la petite a davantage pleuré pour la mort de la vache ("la pauvre !") que par peur du T-Rex...
Si on exclut Gremlins, qui est davantage une comédie, Jurassic Park est le tout premier film d'horreur (soft, certes) auquel mes filles sont confrontées, et il leur a plu autant que ce que j'espérais. Il faut dire que, 33 ans plus tard, les effets visuels de Jurassic Park sont toujours absolument fabuleux et que la mise en scène de Steven Spielberg fait des miracles.
Le membre sgabedou, sur feu Vodkaster.com, avait sobrement appelé ce film Les Dents de la Terre. Cette formule tient du génie, car Jurassic Park reprend plusieurs procédés que le cinéaste avait utilisés dans Les Dents de la Mer, notamment le fait de passer par la suggestion progressive, plutôt que de montrer les dinosaures trop frontalement. Mais si le requin, lui, n'était visible que dans quelques scènes du film de 1975, Spielberg avait davantage de moyens à sa disposition en 1993. Les effets spéciaux, qui ont à peine vieilli, permettent à Jurassic Park d'être bien plus spectaculaire. Un véritable roller coaster cinématographique, en somme, mais avec une vraie patte d'auteur.
Sur une durée de 2 heures, le T-Rex ne pointe le bout de son nez qu'à la moitié, ce qui permet de garder un certain suspense et de faire durer le plaisir. Plus l'attraction principale du film se fait désirer, et plus l'excitation monte pour le spectateur. L'attente est longue mais jouissive, par l'intermédiaire d'idées aujourd'hui devenues cultes comme la scène du verre d'eau, terriblement brillante.
Après une première heure dans un décor ensoleillé, le ciel se couvre et la pluie tombe pour l'arrivée spectaculaire du tyrannosaure. Et lorsque celui-ci débarque enfin, Spielberg nous sort le grand jeu avec l'une des séquences les plus grandioses de sa filmographie. Même du haut de mes 38 ans, le cri du T-Rex m'a filé quelques jolis frissons.
L'arrivée du T-Rex est aussi impressionnante que parfaitement maîtrisée sur le plan de la mise en scène. Spielberg a le bon goût de ne mettre aucune musique durant toute l'attaque, ce qui impose une immersion totale. La caméra, toujours à hauteur des personnages, nous plonge avec eux dans cette situation infernale et incontrôlable. Le spectateur est figé devant la scène, les mains agrippant les accoudoirs, les yeux à l'affût de tout mouvement. On a peur pour ces gamins livrés à eux-mêmes, d'autant que les adultes n'en mènent pas large non plus.
À partir de là, le film est plongé dans l'ombre et la pluie, mais la lumière ne disparaît pas totalement. De temps en temps, entre deux plans de rétroviseurs, Spielberg nous laisse le temps de souffler au milieu de cette nuit interminable, notamment lorsqu'Alan et les deux enfants sont réveillés en haut d'un arbre par un diplodocus, sous une lumière somptueuse. Jurassic Park n'a pas pour seul but de faire peur, il veut aussi nous émerveiller, et ça marche du tonnerre.
Sam Neill, dont la disparition m'a fortement attristé il y a 3 semaines, apporte ici tout l'humour dont Jurassic Park avait besoin : subtil, par le biais de simples petites répliques. Il est bien aidé par Jeff Goldblum qui a finalement peu de scènes, mais dont le personnage est resté dans les mémoires de toute une génération. Ian Malcolm, de fait, est très amusant, plein de second degré, et Richard Darbois est exceptionnel pour le doubler en français.
De toutes façons, le casting entier est fantastique, que ce soit Laura Dern comme Richard Attenborough, ou encore Wayne Knight qu'on adore détester, et Samuel L. Jackson dans un tout petit rôle. Même les enfants, Ariana Richards et Joseph Mazzello, sont exceptionnels d'un bout à l'autre, avec une personnalité forte et des visages transformés par les différentes émotions de Lex et Tim.
La scène qui a le plus terrifié mon aînée fut celle de la cuisine, encore diablement efficace en 2026. Je ne l'avais pas vue depuis longtemps et, bon sang, elle fut aussi géniale à vivre que dans mon souvenir ! Encore une fois, Spielberg utilise le hors champ pour maintenir le suspense, mais n'hésite pas non plus à placer sa caméra sous des angles ingénieux pour montrer à la fois les gamins effrayés au premier plan et les dinosaures qui chassent à l'arrière. La séquence est maîtrisée de bout en bout et Spielberg réutilisera d'ailleurs ce principe de cache-cache dans la géniale scène de la cave de La guerre des mondes. Un réalisateur qui sait se servir de l'espace pour nous immerger.
Bref, Jurassic Park est toujours aussi génial, autant que la musique culte de John Williams qui accompagne cet univers avec talent. Un excellent divertissement à montrer à ses enfants.