Hier soir, M6 nous a proposé en première partie de soirée le film Into the Wild, de Sean Penn. J'espère que ça aura donné l'occasion à ceux qui ne l'avaient pas fait de découvrir ce chef d'oeuvre incontournable de 2008. Je l'ai vu 5 ou 6 fois depuis sa sortie et j'affirme sans honte que c'est clairement mon film préféré. Ce sublime road movie raconte de façon extrêmement fidèle l'histoire vraie de Christopher McCandless, un jeune homme de 22 ans qui a décidé du jour au lendemain (en 1990) de prendre la route sans prévenir personne. Il a ainsi laissé tomber une brillante carrière, sa famille, son argent pour partir en quête de lui-même. Un voyage spirituel de deux ans qui l'a mené sur les routes des Etats-Unis, au Mexique jusqu'en Alaska, son but ultime, où il a pu enfin se retrouver seul, en pleine nature (Into the Wild).

Premièrement, le film a été réalisé par Sean Penn. J'appréciais assez cet acteur avant (dans Mystic River ou 21 Grammes où il est poignant), mais le seul fait d'avoir pondu cette merveille qu'est Into the Wild lui donne mon respect éternel. Il faut dire que le bonhomme s'était intéressé à cette histoire dès la fin des années 1990 et aura mis 10 ans pour concrétiser son projet avec l'accord de la famille de Christopher McCandless. Pour le réaliser, il s'est très fortement inspiré du livre de Jon Krakauer, "Voyage au bout de la solitude". Commençons par parler un peu de ce livre, que je vous conseille de lire. Après avoir découvert le film, il a fallu que je lise cet ouvrage de Krakauer, ne serait-ce que pour savoir où était le vrai du faux, et pour avoir des détails supplémentaires sur ce jeune homme qui m'a tant touché. L'auteur du bouquin a mené son enquête sur Christopher McCandless après avoir appris dans un journal qu'on avait retrouvé le corps sans vie d'un jeune homme dans un bus abandonné au fin fond de l'Alaska. Il a donc parcouru les USA pour retrouver des personnes que Chris avait cotoyé, leur demander comment il était afin d'en savoir le plus possible pour retracer son parcours. Et en lisant le bouquin, j'avoue que j'ai été très surpris. Je savais que le film était tiré d'une histoire vraie et je pensais que de grosses libertés avaient été prises, eh bien même pas. C'est absolument dingue, mais 95% de ce qui est montré dans le film a réellement eu lieu. En parcourant le livre, on réalise à quel point le film est fidèle, et c'est incroyable de voir le boulot fourni par Sean Penn jusqu'à certains tout petits détails. Je croyais que Into the Wild était tiré d'une histoire vraie, alors qu'en fait il est une histoire vraie tout court. Tous les propos rapportés par les personnes qui ont croisé Christopher McCandless sont magnifiquement adaptés à l'écran, et il faut savoir que le jeune homme était tel que le film le décrit (à ceci près qu'il est montré un peu plus imbu de lui-même et sûr de lui dans le livre que dans le film). Seuls deux détails sont assez "différents" de la réalité : la descente en kayak et la mort de Chris. Dans le film, il est dit que le jeune homme a descendu tout le Colorado en kayak, en tant que débutant, ce qui est hautement improbable. Par contre, le livre explique que Chris a bien descendu une partie du Colorado, la partie basse qui est beaucoup moins tumultueuse et dangereuse. Concernant la mort de Chris, le film insiste sur une stupide erreur commise par le jeune homme, qui aurait confondu deux plantes similaires. En fait, d'après Krakauer il est plus probable que Chris avait bien identifié la plante en question (racines de patate douce), mais qu'en plus des racines il aurait également mangé les graines qui ne sont pas comestibles (et ça, personne ne le savait).
Qui était-il donc ? Lassé de la société, des relations conflictuelles entre ses parents, du matérialisme, il avait une idée dans la tête que personne ne pouvait lui enlever : il fallait qu'il abandonne tout derrière lui afin de découvrir qui il était vraiment. Selon lui, la société actuelle et le matérialisme empêchent l'Homme de montrer sa vraie Nature. Il est donc parti en quête de lui-même, loin de la société. Cette recherche spirituelle devait se terminer dans la solitude la plus totale au beau milieu de l'Alaska, seul face à la vie sauvage. Une aventure humaine qui l'a mené à rencontrer plein de monde (il a fallu qu'il travaille pour s'acheter l'équipement nécéssaire à sa survie). Et tout ce monde a vraiment été marqué par Chris, de façon positive, alors qu'il n'est resté que quelques jours avec eux, ou pas plus de deux semaines. Il a même eu un impact très fort sur Ron Franz (le petit père qui voulait l'adopter, dont le vrai nom a été modifié sur demande d'anonymat), c'en est presque bouleversant. Quel est alors le caractère de Chris ? Beaucoup de gens considèrent que c'est un égoïste, naïf et incompétent qui a eu finalement ce qu'il méritait, mais le livre de Jon Krakauer nous éclaire lui aussi un peu plus là-dessus. Il s'avère que, même s'il a été dégoûté par ses parents (comme le film le signale dans une excellente scène où Chris explique à Wayne qu'il en a marre de la société, des codes et des règles) et que ce fût certainement l'une des raisons de son départ, il n'y avait pas QUE ça, au contraire. Comme le dit la soeur de Chris (dans le film), il était guidé par autre chose : par un idéal qu'il voulait atteindre à tout prix. D'ailleurs, même s'il a failli renoncer à plusieurs reprises (probablement par un ras-le-bol, notamment lorsqu'il s'est pris une tempête de sable), sa motivation a toujours repris le dessus au dernier moment. Finalement, s'il n'était pas mort, je ne suis pas sûr que Chris aurait arrêté son voyage comme ça, car il avait une volonté de découvrir le monde et de creuser un peu plus cette philosophie de vie qui semblait lui convenir entièrement (mais il aurait continué dans une moindre mesure, car à la fin il se rend compte qu'on ne peut pas être heureux en restant reclus ainsi). Alors peut-être était-il un peu naïf, certes, mais au moins il a suivi ses rêves et a atteint son idéal de vie. Pour ceci, je ne peux qu'être admiratif de sa démarche. Même si le fait de ne donner aucune nouvelle à sa famille est dérangeant, il a vécu ce qu'il voulait vivre, et on n'a qu'une vie pour faire tout ça. Donc non, Chris n'était pas un asocial, d'ailleurs tous les gens qu'il a rencontré gardent un agréable souvenir de leur rencontre avec lui, le décrivant comme un homme intelligent, sympathique, qui aimait les gens. Seulement, il ne pouvait plus supporter de rester dans le moule social. D'ailleurs, certains critiquent le fait qu'à chaque fois que Chris rencontre des gens (notamment Jan/Rainey et Ron Franz), il fait preuve d'égoïsme en les quittant sans se retourner. Mais c'est pourtant clair : dans l'esprit de Chris, il part simplement à l'aventure pendant quelques temps en Alaska, puis va revenir pour passer du temps avec eux. Dans sa tête, Chris VA revenir et préfère ne pas passer du temps à se morfondre et à s'attacher trop aux personnes qu'il rencontre, sous peine de ne plus jamais avancer. Bref, pour finir Chris n'était à mon goût pas incompétent ni totalement inconscient (bien que légèrement). Même s'il n'avait pas énormément d'équipement, il a mis plus de 2 ans à se préparer à sa grande aventure en Alaska. Que ce soit l'entraînement physique comme les préparatifs, il était plus ou moins au point (par contre, même s'il s'était renseigné sur la façon exacte de découper et faire cuire le gibier, il n'a pas réussi à conserver sa viande de façon efficace). A ce propos, le bouquin nous en apprend une bonne, que je m'en vais vous relater : il se trouve que lorsque Chris note sur son journal qu'il n'aurait "jamais dû tuer cet élan", des gens ont cru bon de le critiquer en affirmant (se basant sur des photos retrouvées de la carcasse de l'animal) qu'il ne s'agissait pas d'un élan mais d'un caribou, et qu'il était pitoyable de ne même pas reconnaître l'animal qu'il avait tué. Eh bien Jon Krakauer rétablit la vérité en confirmant que l'animal était bien un élan, et j'avoue que ça m'a fait rire. Pour terminer ce petit paragraphe, je vous emmène sur ce lien qui décrit brièvement la personnalité de Chris McCandless en s'appuyant sur le bouquin.
Maintenant que j'ai parlé de Chris et du livre de Krakauer, je vais me reconcentrer sur le film de Sean Penn. Si ce film a directement pris la première place de mon top 10 des meilleurs films de tous les temps, c'est parce que l'histoire m'a touché. Soyons clairs : pour moi, le cinéma est à 50% une affaire d'émotion. C'est comme ça, vous ne me referez pas : je suis sensible à l'émotion sur grand écran et ça conditionne mes goûts. Into the Wild, pour moi, est un film magnifique en tous points, car il joue beaucoup sur cet aspect. Bien évidemment, la fin du film est d'une émotion négative extrême. La scène fait frissonner, nous tire des larmes. Toute la fin du film a une dimension dramatique incroyable, notamment avec ce passage où le père de Chris (admirablement joué par William Hurt) est effondré au milieu de la route, presque en pleurs, pendant que son fils note sur son livre que "le bonheur n'est réel que partagé". La musique de Michael Brook renforce cet effet avec la superbe musique "Where are they now ?", dramatique à souhaits. De plus, le fait de savoir qu'il a été retrouvé seulement 15 jours plus tard en rajoute.
Tout le film regorge de sublimes scènes, des paysages d'une beauté hallucinante, avec quelques jolis ralentis, et surtout accompagnés de musiques dignes de ce nom. Et pour ça, on remercie Eddie Vedder qui, avec notamment la musique The Wolf, nous immerge complètement dans le film, si bien que les 2h30 passent à une vitesse folle. On ne s'ennuie pas une minute, on savoure les images, la musique, on frissonne. Je suis à chaque fois scotché pendant 2 heures sur cet enchaînement d'images. Mais bien évidemment, le film ne s'arrête pas seulement à ça. Il est monté de manière assez particulière : d'un côté, il est divisé en quatre chapitres : l'Enfance, l'Adolescence, la Maturité, la Sagesse, et de l'autre il est chronologiquement désordonné au sein même de ces chapitres. Le but du film est tout d'abord de nous montrer le parcours de Chris avant d'arriver en Alaska (de 1990 à 1992) : les rencontres qu'il a faites, les lieux visités. Mais par moments on avance un peu pour nous préoccuper de la survie du jeune homme au sein de l'immensité de glace qu'est l'Alaska et l'histoire du Magic Bus (qui existe réellement bien sûr, et le film a été tourné dans ce même bus * correction : je me suis trompé en affirmant que le film avait été tourné dans le vrai bus 142, il s'agit en fait d'une réplique exacte du vrai bus (au millimètre près, d'où la confusion), Sean Penn et Emile Hirsch n'ont en effet pas souhaité tourner dans le vrai par respect pour la famille McCandless). Enfin, on a souvent en voix off l'histoire du point de vue de Carine McCandless, la soeur de Chris, qui nous raconte comme elle a perçu le silence de son frère, cette absence pesante, et nous précise également l'évolution de ses parents. Au milieu de toutes ces scènes, Eddie Vedder nous bombarde de beautés musicales d'un genre folk-rock, qui donnent une ambiance "routard" qui font du film un excellent road movie. De Society à Hard Sun, en passant par un plus mélancolique Long nights, il nous gâte pendant 2 heures. Sans oublier le sublime Best Unsaid de Michael Brook. Mais l'émotion atteint donc son sommet sur The Wolf, lorsque Chris est en Alaska et surplombe de magnifiques étendues de glace, que la caméra tourne autour de lui. Cette scène est indescriptible. Tiens, je vais mettre la musique là, parce que c'est toujours génial de la réécouter en dehors du film aussi :
Ce film a également été pour moi la révélation de Emile Hirsch, l'acteur principal. Ce mec est absolument dingue dans ce film. Pour ce rôle, Emile Hirsch fait preuve d'un talent démesuré (je trouve), avec énormément de jeux de regards. Il incarne le véritable Chris (ou Alexander Supertramp) de façon magistrale, totalement ancré dans la peau du personnage. On sent qu'il s'est énormément impliqué et c'est ça aussi qui rend le film passionnant. C'est d'ailleurs lui qui a réalisé toutes ses cascades, que ce soit dans la rivière ou pour escalader les rochers, et même dans la scène où il se retrouve complètement amorphe devant un ours. D'ailleurs, pour les besoins du film, l'acteur a perdu 20 kilos, sacrifiant son visage relativement rond et sa corpulence au détriment de traits émaciés et d'une silhouette filiforme. D'ailleurs, la différence est impressionnante entre le début et la fin du film. Enfin, il est aussi amusant de savoir que la montre que Emile Hirsch porte au poignet durant tout le film est en réalité la montre du vrai Christopher McCandless, un cadeau de la part de la famille. Bref, cet acteur est tout simplement captivant, il est quasiment présent dans toutes les scènes du film et sa prestation est juste l'une des meilleures que j'ai vu depuis longtemps pour un film de ce genre (il égale probablement celle de Tom Hanks dans Seul au Monde). Il est poignant dans de nombreuses scènes (notamment lorsque Jan lui demande si ses parents savent où il est) et totalement crédible. Concernant les autres acteurs, ils sont également incroyables. Qui plus est, ce sont des comédiens relativement inconnus, sauf pour Kristen Stewart qui a, depuis, une cote de dingue grâce à la saga Twilight et William Hurt qui est touchant, poignant et parfait comme souvent. Catherine Keener et Brian Dierker sont excellents dans les rôles du couple de hippies Jan et Rainey, et la palme des personnages "secondaires" revient pour moi à Hal Holbrook qui incarne le "petit vieux" Ron Franz. Très très touchant, plus particulièrement à la fin du film où il demande à Chris d'être son petit-fils, question à laquelle il n'aura jamais de réponse. A noter également la participation de Jim Gallien qui interprète son propre rôle, celui du mec qui a déposé Alex Supertramp au bout d'une route enneigée de l'Alaska et lui a donné ses bottes car il trouvait que l'équipement du garçon était assez faible. Le dernier homme à avoir vu Chris vivant.N'hésitez pas à commenter ci-dessous, ou à venir discuter sur Twitter !
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Voir aussi : Into the Wild (critique), La BO d'Into the Wild, Les meilleurs films de 2000 à 2010, Les 20 films les plus tristes ou émouvants, The Indian Runner.